Fécamp : les pêcheurs dans la tempête des quotas européens de maquereau

Les artisans côtiers normands dénoncent des restrictions qui menacent leur survie économique et celle de leurs familles.

Fécamp : les pêcheurs dans la tempête des quotas européens de maquereau
Illustration Céline Vasseur / info.fr

À Fécamp, les pêcheurs artisans sont en colère. Les quotas européens de maquereau pour 2026, initialement réduits de 70 %, pèsent lourd sur les familles côtières traditionnelles. Une révision partielle a eu lieu fin mars, mais les professionnels restent mobilisés.

L’hiver a été rude pour les marins-pêcheurs de Fécamp. Début 2026, Bruxelles leur allouait seulement 31 tonnes de maquereau pour les mois de janvier et février, sur un quota national total de 2 427 tonnes, selon Ouest-France. En cause : l’effondrement des stocks en Atlantique Nord, qui a conduit l’Union européenne à réduire les captures de 70 % par rapport à 2025, selon Franceinfo. Pour les artisans locaux, la facture est immédiate : une baisse estimée à 30 % du chiffre d’affaires, selon la même source.

Une aberration dénoncée depuis le quai

Dimitri Rogoff, président du comité régional des pêches de Normandie, ne mâche pas ses mots. Le 13 décembre 2025, il dénonçait auprès d’Euronews une conséquence concrète des quotas trop bas : les pêcheurs sont contraints de rejeter du maquereau mort en mer une fois leur limite atteinte. « Une aberration pour la ressource », selon ses propres termes. Une situation qui illustre les paradoxes d’une réglementation censée protéger les stocks mais qui, sur le terrain, produit l’effet inverse.

L’UE recule, mais pas assez

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Le 30 mars 2026, l’Union européenne a revu sa copie. La réduction des quotas est ramenée à 48 % au lieu des 70 % initiaux, pour s’aligner sur les pratiques du Royaume-Uni et de la Norvège, selon BFMTV. Un geste, mais réalisé contre l’avis des scientifiques. Olivier Le Nézet, président du Comité national des pêches maritimes (CNPMEM), a salué le 1er avril 2026 « un premier pas » tout en réclamant un véritable plan de gestion durable du stock, selon TF1 Info.

La ministre de la Mer, Catherine Chabaud, a reconnu l’urgence le même jour : l’UE doit négocier un accord multilatéral avec ses voisins « pour ne pas trop pressuriser la ressource », a-t-elle déclaré selon La Croix. Sans coordination internationale, la révision des quotas risque de n’être qu’un palliatif.

Un conflit qui dure depuis des décennies

Les tensions autour des Totaux Admissibles de Captures (TAC) ne sont pas nouvelles. La politique commune de la pêche existe depuis 1983, selon Toute l’Europe, mais les pêcheurs artisans français dénoncent régulièrement une application qui favorise les grands chalutiers industriels. En 2025 déjà, des manifestations similaires avaient agité la Bretagne et la Normandie lors des négociations à Bruxelles, selon Les Échos.

Prochaine étape : Le ministère de la Mer prévoit une consultation en vue d’un accord multilatéral sur le maquereau d’ici fin 2026, suite à la demande de la ministre Chabaud, selon Toute l’Europe. Pour les pêcheurs de Fécamp, l’attente se compte en caisses vides.

Sources

Sébastien Duval

Sébastien Duval

Correspondant à Rouen, suit le port, les tensions sur la pétrochimie, l'industrie pharmaceutique et les débats sur la pollution de l'air. Formé à l'ESJ Lille, il a commencé en PQR normande. Conviction : interroger les syndicalistes, les élus, les associations environnementales, croiser les rapports Atmo avant de conclure.

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