Méthane : des satellites traquent des fuites chroniques près des raffineries du sud de la France
Deux ONG ont inspecté une soixantaine de sites pétrogaziers français deux tiers présentent des émissions persistantes, dont un terminal à Fos-sur-Mer.
Des satellites ont permis à deux ONG, dont Carbon Mapper, de dresser un constat alarmant sur une soixantaine d'installations pétrogazières françaises inspectées, deux tiers occasionnent des fuites chroniques de méthane. Le terminal de Fos-sur-Mer concentre les émissions les plus importantes détectées en 2025. Ces résultats sont publiés le 4 mai 2026, jour d'une conférence internationale sur le méthane à Paris.
Des satellites ont permis à deux ONG, dont Carbon Mapper, de dresser un constat alarmant : sur une soixantaine d’installations pétrogazières françaises inspectées, deux tiers occasionnent des fuites chroniques de méthane. Le terminal de Fos-sur-Mer concentre les émissions les plus importantes détectées en 2025. Ces résultats sont publiés le 4 mai 2026, jour d’une conférence internationale sur le méthane à Paris.
L’essentiel
- Deux tiers : proportion des installations pétrogazières françaises inspectées par satellites présentant des fuites chroniques de méthane, sur une soixantaine de sites étudiés.
- 41 kg/heure pendant 24 jours : débit de la fuite détectée en octobre 2025 sur le terminal méthanier de Fos-Tonkin, soit l’équivalent de 3,3 tonnes de CO2 ou l’empreinte carbone d’une voiture sur 30 000 km.
- Deux fuites majeures en 2025 : les seules détectées en France par Carbon Mapper cette année-là, toutes deux localisées à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône).
- 70 Mt de méthane en 2020 : volume mondial des émissions du secteur pétro-gazier cette année-là, selon Connaissance des Énergies, représentant environ 5 % des gaz à effet de serre mondiaux.
- 4 mai 2026 : date de la conférence internationale sur le méthane à Paris, organisée par la France dans le cadre de la présidence du G7.
Une caméra infrarouge là où l’œil ne voit rien
À Fos-sur-Mer, à l’ombre des torchères et des cuves, une caméra infrarouge enregistre ce que personne ne distingue à l’œil nu. Des volutes de gaz s’échappent en continu de vannes, de joints, de canalisations vieillissantes. C’est du méthane - un gaz à effet de serre dont le pouvoir réchauffant est 80 fois supérieur à celui du CO2 sur vingt ans.
Depuis 2022, des satellites équipés de spectromètres permettent de localiser et de quantifier ces émissions à l’échelle d’un site industriel. Carbon Mapper, ONG américaine spécialisée dans la détection satellitaire des gaz à effet de serre, a inspecté avec un partenaire une soixantaine d’installations pétrogazières en France. Résultat, selon Le Monde : les deux tiers de ces sites présentent des fuites chroniques.
Fos-Tonkin : 41 kg de méthane par heure, pendant 24 jours
En 2025, Carbon Mapper n’a identifié que deux fuites majeures sur le territoire français. Les deux se trouvent à Fos-sur-Mer. La plus documentée concerne le terminal méthanier de Fos-Tonkin : selon Reporterre, la fuite a rejeté 41 kg de méthane par heure pendant 24 jours consécutifs en octobre 2025. Ce volume équivaut à 3,3 tonnes de CO2, soit l’empreinte carbone d’une voiture sur 30 000 kilomètres.
La zone industrialo-portuaire de Fos concentre trois raffineries et deux terminaux méthaniers. La raffinerie principale du site, cédée en novembre 2024 à Rhône Energies, représente à elle seule 12 % de la capacité de raffinage française, selon Connaissance des Énergies. C’est l’une des plus grandes concentrations d’infrastructures pétro-gazières du pays.
En juin 2025, une explosion sans victime sur un gazoduc de la société NaTran à Saint-Martin-de-Crau, commune voisine dans les Bouches-du-Rhône, avait déjà illustré les risques associés aux fuites de méthane dans ce bassin industriel, selon Le Monde.
Des émissions longtemps sous-estimées
Pendant des décennies, les industriels ont déclaré leurs émissions de méthane via des calculs théoriques, sans mesure directe. Les premières campagnes satellitaires à haute résolution, menées à partir de 2022, ont révélé un écart significatif entre les chiffres déclarés et les volumes réellement émis, selon le CNRS.
À l’échelle mondiale, les émissions de méthane du secteur pétro-gazier ont atteint près de 70 millions de tonnes en 2020, soit environ 5 % des gaz à effet de serre mondiaux, d’après Connaissance des Énergies. La crise sanitaire avait entraîné une baisse conjoncturelle de 10 % cette année-là, mais les niveaux sont remontés depuis.
Le méthane est un levier climatique rapide : contrairement au CO2, dont les effets persistent un siècle, il se dissipe en une dizaine d’années. Réduire les fuites de méthane constitue donc l’un des moyens les plus rapides de ralentir le réchauffement à court terme - un argument central dans les négociations climatiques internationales. La France pousse au G7 pour une réduction de 30 % des émissions de méthane d’ici 2030.
Contexte dans les Bouches-du-Rhône et en Occitanie
Le sud de la France, et plus particulièrement la zone de Fos-sur-Mer dans les Bouches-du-Rhône, constitue le principal foyer d’émissions pétro-gazières identifié sur le territoire national. La préfecture des Bouches-du-Rhône classe plusieurs installations de la zone parmi les sites soumis à autorisation au titre des ICPE (installations classées pour la protection de l’environnement).
En Occitanie, des fuites ont également été détectées autour de sites pétrogaziers, selon Le Monde, sans que les volumes précis n’aient été rendus publics dans les données disponibles à ce stade. Le réseau de gazoducs et de stockages souterrains qui traverse la région du Languedoc jusqu’aux Pyrénées représente une infrastructure sensible, dont l’état réel des émissions reste difficile à évaluer sans surveillance satellitaire continue.
Historiquement, les contrôles de l’inspection des installations classées reposaient sur des mesures ponctuelles et des déclarations des exploitants. L’arrivée des satellites à haute résolution spectrale modifie ce paradigme : les émissions deviennent traçables en temps réel, sans intervention sur site.
Paris, le 4 mai 2026 : une conférence pour accélérer
La publication de ces données coïncide avec la tenue, ce 4 mai 2026 à Paris, d’une conférence internationale de haut niveau sur le méthane, organisée par la France dans le cadre de sa présidence du G7. Selon le ministère de l’Écologie, la réunion vise à accélérer la réduction des émissions mondiales pour rester dans la trajectoire de limitation du réchauffement à +1,5°C.
France 24 rapporte que plusieurs pays producteurs d’hydrocarbures sont représentés. Les engagements pris lors de ce type de sommets restent volontaires, mais la pression des données satellitaires - désormais accessibles à des ONG indépendantes - modifie l’équilibre de la négociation : les fuites ne peuvent plus être niées faute de mesures.
La prochaine échéance formelle est la COP31, prévue en novembre 2026, où des engagements chiffrés sur le méthane pourraient être inscrits dans les contributions nationales. Les discussions du G7 à Paris posent déjà le cadre des négociations qui s’annoncent.
Quelle réponse des industriels ?
Les opérateurs des sites concernés n’ont pas répondu aux demandes de commentaire de Le Monde et Reporterre dans les délais de publication. Rhône Energies, nouveau propriétaire de la raffinerie de Fos depuis novembre 2024, n’a pas communiqué sur les résultats de l’étude satellitaire à ce stade.
Le cadre réglementaire européen contraint les exploitants à réduire leurs émissions de méthane dans les années à venir, via le règlement européen sur le méthane entré en vigueur en 2024. Les modalités de contrôle et les seuils exacts restent en cours de précision par les autorités françaises.
La prochaine étape concrète pour la France sera la remise, d’ici fin 2026, d’un inventaire national mis à jour intégrant les données satellitaires - un exercice que le ministère de la Transition écologique n’a pas encore planifié publiquement.
Sources
- Le Monde : La traque des fuites de méthane révèle une pollution persistante autour de sites pétrogaziers dans le sud de la France
- Reporterre : « Chasseurs de méthane », ils cartographient cette gigantesque menace invisible à l'œil nu
- Ministère de la Transition écologique : Conférence de haut niveau méthane – lundi 4 mai 2026
- France 24 : Climat : une réunion internationale à Paris pour accélérer l'action mondiale sur la réduction du méthane