Fed : 46% des Américains blâment Trump pour la réticence à baisser les taux

Le compte-rendu de la dernière réunion révèle que de nombreux responsables souhaitent maintenir les taux inchangés jusqu'en décembre

Fed : 46% des Américains blâment Trump pour la réticence à baisser les taux
Façade imposante du bâtiment de la Réserve fédérale américaine à Washington Alexandre Mercier / INFO.FR

Le mercredi 19 novembre 2025, la Réserve fédérale américaine a publié le compte-rendu de sa dernière réunion, révélant qu'une majorité de participants se montre réticente à une nouvelle baisse des taux d'intérêt lors du prochain rendez-vous de décembre. Cette position intervient dans un contexte politique tendu où 46% des électeurs américains tiennent Donald Trump et les républicains responsables des blocages économiques actuels. Une situation qui complique les ambitions du président américain de voir la Fed assouplir sa politique monétaire pour stimuler l'économie.

L'essentiel

  • De nombreux membres de la Fed souhaitent maintenir les taux inchangés jusqu'en décembre 2025, selon le compte-rendu publié le 19 novembre
  • 46% des électeurs américains tiennent Trump et les républicains responsables du blocage économique, contre 37% qui blâment les démocrates
  • Le shutdown budgétaire affecte 1,4 million de fonctionnaires et menace 42 millions d'Américains dépendant de l'aide alimentaire
  • L'Assemblée nationale française a doublé la taxe Gafam de 3% à 6% le 28 octobre, malgré les avertissements sur les représailles américaines
  • L'emploi manufacturier américain recule avec 400 000 postes vacants, compromettant les objectifs de réindustrialisation de Trump

Selon BFMTV, « de nombreux participants ont suggéré que, compte tenu de leurs prévisions économiques, il serait probablement souhaitable » de laisser les taux inchangés « pour le reste de l’année », est-il rapporté dans ce compte-rendu publié ce mercredi 19 novembre. Cette révélation marque un tournant dans la stratégie monétaire américaine et constitue un revers potentiel pour l’administration Trump, qui multiplie les pressions pour obtenir une politique monétaire plus accommodante. Le timing de cette annonce n’est pas anodin : elle survient alors que le président américain traverse une période de turbulences politiques et économiques sans précédent.

Vue satellite : le contexte global d’une économie sous tension

L’économie américaine navigue en eaux troubles depuis plusieurs mois. Comme le rapporte Le Dauphiné Libéré, le pays fait face à un shutdown budgétaire historique qui paralyse l’administration fédérale. Plus de 700 000 fonctionnaires sont en congé sans solde et 700 000 autres travaillent sans salaire, tandis que 42 millions d’Américains modestes dépendant de l’aide alimentaire voient leur situation se précariser. Les compagnies aériennes doivent réduire le nombre de vols de 10% dans 40 aéroports très fréquentés en raison du manque de contrôleurs aériens, une situation explosive à l’approche de Thanksgiving.

Cette paralysie budgétaire a des répercussions directes sur la perception de la gestion économique républicaine. D’après les données publiées par Le Dauphiné Libéré, 46% des électeurs estiment que Donald Trump et son parti sont coupables du blocage, contre 37% qui accusent les démocrates. Cette défiance s’est matérialisée lors des scrutins locaux de début novembre, avec l’élection de deux gouverneurs démocrates en Virginie et dans le New Jersey, ainsi que celle de Zohran Mamdani comme maire de New York. L’économie, qui avait été un facteur clé de la victoire de Trump en 2024, joue désormais contre les républicains sur fond de mécontentement croissant contre la vie chère et les droits de douane qui ravivent l’inflation.

Vue aérienne : les acteurs d’une guerre commerciale qui s’intensifie

La politique protectionniste de Donald Trump ajoute une couche supplémentaire de complexité à la situation économique. Selon Public Sénat, le Trésor américain a annoncé une augmentation des droits de douane perçus pour 2025, atteignant 87 milliards de dollars. Pourtant, l’emploi manufacturier recule et 400 000 emplois restent vacants dans ce secteur, selon le US Bureau of Labour Statistics. Le secteur manufacturier rémunère en moyenne trois dollars de moins que le reste du secteur privé, révélant un manque d’attractivité structurel qui compromet les ambitions de réindustrialisation du président américain.

Les tensions commerciales ne se limitent pas aux frontières américaines. Comme le révèle L’Express, l’Assemblée nationale française a voté le 28 octobre pour doubler le taux de la taxe Gafam, passant de 3% à 6%, malgré l’opposition du gouvernement français. Le ministre de l’Économie Roland Lescure avait pourtant averti : « Si on introduit une taxe disproportionnée, on aura des représailles disproportionnées ». Il avait même imploré les parlementaires : « Soyez prudents, je vous en conjure ». Le député Jean-René Cazeneuve de Renaissance avait justifié la modération du taux à 6% plutôt que 15% initialement envisagé par le risque de « rouvrir une guerre commerciale entre la France et les Etats-Unis ».

Vue terrain : l’action détaillée de la Fed face aux pressions politiques

La position de la Réserve fédérale s’inscrit dans un contexte où l’indépendance de l’institution est mise à l’épreuve. Les minutes publiées ce mercredi montrent que les membres du Federal Open Market Committee (FOMC) privilégient une approche prudente, fondée sur l’analyse des données économiques plutôt que sur les considérations politiques. Cette posture marque une différence notable avec les attentes de l’administration Trump, qui souhaite une politique monétaire plus souple pour soutenir la croissance et faciliter le financement de ses projets d’infrastructure.

La décision de maintenir potentiellement les taux inchangés jusqu’en décembre reflète les préoccupations des responsables de la Fed concernant l’inflation persistante. Les droits de douane massifs imposés par Trump ont contribué à maintenir une pression inflationniste, rendant difficile pour la banque centrale de justifier un assouplissement monétaire. Cette situation crée un paradoxe : les politiques commerciales protectionnistes de Trump limitent la marge de manœuvre de la Fed pour baisser les taux, alors même que le président fait pression pour obtenir exactement cela.

Vue micro : l’instant décisif d’une confrontation annoncée

Le compte-rendu publié mercredi soir à 19h33 UTC constitue un moment charnière dans les relations entre la Maison Blanche et la Fed. Selon L’Opinion, Donald Trump a multiplié en six mois les décrets présidentiels, déclarant des états d’urgence exceptionnels dans divers domaines. Cette stratégie de création de crises pour apparaître comme le seul capable de les résoudre trouve ses limites face à une institution indépendante comme la Réserve fédérale, qui ne peut être contrôlée par décret présidentiel.

« De nombreux participants ont suggéré que, compte tenu de leurs prévisions économiques, il serait probablement souhaitable de laisser les taux inchangés pour le reste de l’année », selon le compte-rendu officiel de la Fed.

Cette formulation prudente mais ferme illustre la volonté de la banque centrale de maintenir son indépendance décisionnelle. Les marchés financiers ont réagi avec nervosité à cette annonce, anticipant une période prolongée de taux élevés qui pourrait freiner l’investissement et la consommation. Pour Trump, c’est un coup dur supplémentaire dans un contexte politique déjà fragilisé par les revers électoraux récents et le shutdown budgétaire qui s’éternise.

Vue 360° : tous les impacts d’une décision aux multiples ramifications

Les répercussions de cette position de la Fed s’étendent bien au-delà des frontières américaines. Comme le détaille Libération, Trump a annoncé en septembre une taxe de 100% sur les produits pharmaceutiques de marque ou brevetés à partir du 1er octobre, visant particulièrement l’industrie européenne. La Suisse, l’Allemagne, la Belgique, la France et l’Italie sont dans le viseur. Cette escalade tarifaire, combinée au maintien de taux d’intérêt élevés, crée un environnement économique particulièrement difficile pour les entreprises internationales.

Sur le plan intérieur, l’impact se mesure également en termes politiques. Les républicains, inquiets à un an des mid-terms, voient dans cette situation une menace électorale majeure. Le Dauphiné Libéré rapporte que les élections de mi-mandat sont traditionnellement défavorables au président en place, et la combinaison du shutdown, de l’inflation persistante et d’une Fed peu coopérative pourrait coûter cher au parti républicain. Les démocrates, de leur côté, tiennent bon et refusent de débloquer le financement du gouvernement tant que les républicains ne céderont pas à leurs exigences sur la prolongation des subventions pour l’assurance santé des Américains les plus pauvres.

En France, les parlementaires ont également adopté un « impôt universel » sur les multinationales qui pourrait rapporter 26 milliards d’euros au budget de l’État, selon L’Express. Le ministre Roland Lescure avait pourtant prévenu que ce serait « 20 milliards d’ennuis » en plus pour la France. Cette dynamique transatlantique illustre la complexité des relations économiques internationales à l’ère Trump, où chaque décision nationale peut déclencher une cascade de représailles et de contre-mesures.

« Si on introduit une taxe disproportionnée, on aura des représailles disproportionnées. Soyez prudents, je vous en conjure », avait imploré le ministre de l’Économie Roland Lescure selon L’Express.

La question demeure : jusqu’où ira cette confrontation entre l’indépendance de la Fed et les ambitions politiques de Trump ? Avec les mid-terms qui approchent et une popularité en berne, le président américain pourrait intensifier sa rhétorique contre la banque centrale, testant les limites institutionnelles du système américain. La réunion de décembre de la Fed sera scrutée avec une attention particulière, tant par les marchés financiers que par les observateurs politiques, car elle pourrait définir le ton des relations entre pouvoir exécutif et autorité monétaire pour les mois à venir. Dans ce bras de fer institutionnel, c’est l’équilibre délicat entre stabilité économique et ambitions politiques qui se joue, avec des conséquences potentiellement profondes pour l’économie mondiale.

Sources

  • BFMTV (19 novembre 2025)
  • Le Dauphiné Libéré (6 novembre 2025)
  • L'Express (29 octobre 2025)
  • L'Opinion (3 septembre 2025)
  • Libération (26 septembre 2025)
  • Public Sénat (1 août 2025)
Alexandre Mercier

Alexandre Mercier

Analyste économique et journaliste à INFO.FR. Formation supérieure en économie et communication. Spécialisé en rédaction web et analyse des marchés financiers. Couvre l'actualité économique française et internationale au quotidien. Passionné par la vulgarisation des sujets économiques complexes.