Ferme du Forezan à Cognin : l’AJAS dénonce des maltraitances persistantes malgré les assurances de la mairie
L'association savoyarde de protection animale alerte sur des conditions inadaptées et des ventes illégales de chatons, sans réponse concrète de la municipalité depuis novembre 2024.
À Cognin, en Savoie, l'Association Justice Animaux Savoie (AJAS) réitère ses alertes sur les conditions de détention des animaux à la ferme pédagogique municipale du Forezan. Des rapports vétérinaires obtenus via demande CADA attestent de manquements. La mairie maintient son contrat avec le gérant.
À Cognin, en Savoie, l’Association Justice Animaux Savoie (AJAS) réitère ses alertes sur les conditions de détention des animaux à la ferme pédagogique municipale du Forezan. Des rapports vétérinaires obtenus via demande CADA attestent de manquements. La mairie maintient son contrat avec le gérant.
L’essentiel
- Rapports vétérinaires : obtenus par l’AJAS via une demande CADA, ils attestent de manquements au bien-être animal à la ferme du Forezan, bien que les détails soient caviardés.
- Manifestation du 9 juillet 2025 : l’AJAS a organisé un rassemblement devant la ferme pour dénoncer les conditions de vie des animaux.
- Novembre 2024 : un rendez-vous en mairie a eu lieu suite aux signalements de l’AJAS ; aucune mesure d’amélioration n’a été prise depuis.
- Ventes illégales : l’AJAS signale la vente de chatons issus d’une chatte non stérilisée se reproduisant en permanence sur le site.
- Ferme gérée depuis 2019 : Benjamin Monod assure la gestion de cette structure communale de 12 hectares, démentant toute maltraitance.
Une ferme municipale sous pression associative
La ferme du Forezan est propriété de la commune de Cognin depuis 1977. Restaurée en 1984 pour devenir un centre de sensibilisation à la nature, elle s’étend sur 12 hectares et accueille du public. Depuis 2019, Benjamin Monod en assure la gestion, avec un volet maraîchage biologique, selon les informations de ici.fr et du site Bienvenue à la ferme.
L’AJAS, l’Association Justice Animaux Savoie, documente depuis plusieurs années ce qu’elle qualifie de conditions de détention inadaptées. Les griefs sont précis : lapins et cochons d’Inde enfermés en clapiers, souvent seuls et sans possibilité de sortir, ânes maintenus dans un enclos sans abri face aux intempéries, une chienne attachée en permanence, y compris la nuit.
Des ventes illégales de chatons signalées
Parmi les griefs les plus graves figurent les ventes de chatons. Selon l’AJAS, une chatte présente sur le site se reproduit sans contrôle, faute de stérilisation. Les portées donnent lieu à des cessions à des particuliers, ce que l’association qualifie de ventes illégales au regard de la réglementation sur la cession d’animaux de compagnie.
L’association pointe également les interactions avec le public : Pauline Di Nicolantonio, présidente de l’AJAS, a déclaré à France 3 Auvergne-Rhône-Alpes que « les gens peuvent nourrir les animaux n’importe comment, les manipuler, ils peuvent hurler, fumer, boire et pour nous, ce ne sont pas des bonnes conditions ».
Des rapports vétérinaires obtenus par la voie administrative
L’AJAS ne s’appuie pas uniquement sur ses propres observations. L’association a obtenu des rapports vétérinaires via une demande CADA - Commission d’accès aux documents administratifs. Ces documents, selon l’AJAS sur son site, « attestent de manquements au bien-être animal ». Les passages de détail ont été caviardés avant communication.
L’existence de ces rapports constitue le point d’appui central de l’association pour exiger des mesures de la mairie. Contactée à plusieurs reprises, la municipalité n’a pas fourni de déclaration publique détaillée sur leur contenu, selon les sources disponibles.
La mairie maintient le cap, le gérant crie au harcèlement
En novembre 2024, un rendez-vous a eu lieu entre l’AJAS et la mairie de Cognin. Il n’a débouché sur aucune mesure concrète, selon Le Dauphiné Libéré et le site de l’association. La municipalité estime que tout se passe correctement à la ferme et ne compte pas modifier les termes du contrat de gestion avec Benjamin Monod.
Le gérant, de son côté, dément les accusations. Dans les colonnes du Dauphiné Libéré et sur France 3, il qualifie les actions de l’AJAS de « harcèlement mené par des extrémistes ». Il dit vivre difficilement cette situation.
Le 9 juillet 2025, l’AJAS a organisé une manifestation devant la ferme. L’événement a été couvert par Le Dauphiné Libéré et France 3, qui ont recueilli les deux positions. La tension entre les parties n’a pas faibli depuis.
Contexte en Savoie
La Savoie compte plusieurs fermes pédagogiques ouvertes au public, souvent portées par des communes ou des structures intercommunales pour maintenir un lien entre populations urbaines et monde agricole. Cognin, commune de l’agglomération chambérienne, a fait ce choix dès la fin des années 1970 avec le Forezan.
Les signalements de maltraitance animale dans des structures à vocation éducative sont rares en Savoie, mais le dossier du Forezan sort du lot par sa durée et son niveau de documentation. Les alertes de l’AJAS s’inscrivent dans un contexte national où le cadre légal sur la détention d’animaux dans les fermes pédagogiques reste peu précis, laissant une marge d’interprétation importante aux gestionnaires et aux contrôleurs. La réglementation sur la vente de chatons est en revanche claire : elle est soumise à déclaration et interdit les cessions sans identification de l’animal et inscription au LOOF ou équivalent pour les non-inscrits.
Une pétition en ligne appelle à mettre fin à l’exploitation animale au Forezan et à réorienter le site vers le maraîchage seul, volet déjà présent dans l’activité de Benjamin Monod, selon les informations disponibles sur le site de la ferme et miimosa.com. Le nombre de signataires n’a pas été communiqué dans les sources consultées.
Un modèle éducatif en question
Au-delà du cas du Forezan, l’AJAS interroge la pertinence du modèle des fermes pédagogiques lorsque les conditions d’hébergement des animaux ne correspondent pas aux standards de bien-être reconnus. Pauline Di Nicolantonio souligne que la vocation éducative d’une telle structure implique, selon elle, de montrer le respect des animaux, pas leur instrumentalisation.
La mairie n’a pas précisé si elle envisageait une visite de contrôle indépendante ou une révision du cahier des charges imposé au gérant. Aucune procédure judiciaire n’est mentionnée dans les sources disponibles à ce stade. Sur les questions de conditions de travail ou de prise en charge dans des structures financées par la collectivité, la transparence des documents administratifs reste un levier fréquemment utilisé par les associations.
La situation au Forezan s’apparente, par certains aspects, aux alertes sur des conditions inadaptées dans des établissements sous tutelle publique, où les rapports officiels existent mais peinent à déclencher des décisions.
La prochaine étape dépend désormais d’une éventuelle saisine des services vétérinaires de l’État ou d’une décision de la mairie de Cognin de mandater un contrôle indépendant. L’AJAS a indiqué poursuivre ses actions de sensibilisation et de pression institutionnelle.
Sources
- AJAS Savoie : Non aux animaux à la ferme pédagogique municipale du Forezan à Cognin
- Le Dauphiné Libéré : Manifestation contre la ferme du Forézan à Cognin : le gérant dément les maltraitances envers les animaux
- France 3 Auvergne-Rhône-Alpes : "C'est difficile à vivre" : accusé de maltraitance animale, le gérant dénonce un harcèlement
- ici.fr : À Cognin, la ferme du Forézan devient une exploitation maraîchère tout en accueillant le public