Forcalquier : deux gendarmes percutés, le parquet fait appel après une peine jugée trop légère

Un homme de 38 ans a délibérément foncé sur deux motocyclistes de la gendarmerie de Manosque le 24 avril. Condamné à un an ferme, il fait l'objet d'un appel du parquet.

Forcalquier : deux gendarmes percutés, le parquet fait appel après une peine jugée trop légère
Illustration Sophie Garnier / info.fr

Le 24 avril 2026, un automobiliste originaire des Mées a percuté deux gendarmes motocyclistes à Forcalquier après une course-poursuite de 11 kilomètres. Condamné le 28 avril à cinq ans dont un an ferme sous bracelet électronique, le parquet de Digne-les-Bains a fait appel dès le 30 avril.

Vendredi 24 avril 2026, en fin de matinée, deux gendarmes de la brigade motorisée de Manosque ont été renversés par un automobiliste sur la commune de Forcalquier. L’homme, âgé de 38 ans et originaire des Mées, avait refusé un contrôle routier pour non-port de ceinture de sécurité entre La Brillanne et Forcalquier. Quatre jours plus tard, le tribunal correctionnel de Digne-les-Bains a rendu son verdict. Le parquet a aussitôt annoncé faire appel.

L’essentiel

  • 24 avril 2026 : deux gendarmes de la brigade motorisée de Manosque blessés aux chevilles et aux poignets lors d’une poursuite à Forcalquier, l’un projeté sur 20 mètres.
  • 11 km : longueur de la course-poursuite entre La Brillanne et Forcalquier avant l’impact délibéré.
  • 28 avril 2026 : condamnation à 5 ans de prison dont 1 an ferme sous bracelet électronique et 4 ans avec sursis probatoire par le tribunal correctionnel de Digne-les-Bains.
  • 30 avril 2026 : le parquet de Digne-les-Bains fait appel de la condamnation, la qualifiant de « gifle adressée à toute la République ».
  • Trois blessés : les deux gendarmes et une civile touchée de manière collatérale lors de l’incident.

Une poursuite de 11 km, un impact délibéré

Tout commence par un contrôle banal : non-port de ceinture de sécurité. L’automobiliste refuse de s’arrêter. Une course-poursuite s’engage sur la RD4085, entre La Brillanne et Forcalquier, sur environ 10 à 11 kilomètres, selon La Provence.

À l’approche de la piscine municipale de Forcalquier, l’homme dirige délibérément son véhicule sur les deux motos des gendarmes. L’un des agents est projeté sur 20 mètres. Son collègue est également renversé. Tous deux souffrent de blessures légères aux chevilles et aux poignets et sont hospitalisés. Une civile présente sur les lieux est également blessée de manière collatérale, selon La Provence et le site Ici Provence.

L’individu est interpellé dans la foulée. Les dépistages d’alcool et de stupéfiants se révèlent négatifs. Lors de sa garde à vue, il explique avoir agi dans un état dépressif, voulant provoquer un « suicide par police interposée », selon Haute Provence Info et BFMTV.

Tentative de meurtre ou violences aggravées : la qualification retenue

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Le procureur de la République de Digne-les-Bains, Antoine Pesme, a confirmé les qualifications retenues : violences volontaires aggravées avec incapacité totale de travail supérieure à huit jours sur agents des forces de l’ordre, et refus d’obtempérer. La qualification initiale de tentative de meurtre, évoquée en garde à vue, n’a pas été retenue pour le jugement, selon Haute Provence Info.

L’individu, au casier judiciaire vierge, a été présenté en comparution immédiate le 28 avril devant le tribunal correctionnel de Digne-les-Bains.

Un an ferme sous bracelet électronique : le parquet fait appel

Le tribunal a prononcé une peine de cinq ans d’emprisonnement, dont un an ferme aménagé sous bracelet électronique et quatre ans avec sursis probatoire. L’absence d’antécédents judiciaires et l’état psychologique de l’individu ont visiblement pesé dans la décision.

Le parquet de Digne-les-Bains n’a pas attendu pour réagir. Dès le 30 avril 2026, il a annoncé faire appel de la condamnation. France 3 Provence-Alpes cite le terme employé par le parquet : une peine qualifiée de « gifle adressée à toute la République ». L’affaire sera donc réexaminée par la cour d’appel d’Aix-en-Provence.

Pour des affaires de refus d’obtempérer ayant entraîné des blessures sur forces de l’ordre, les sanctions pénales varient fortement selon les circonstances et le profil du prévenu.

Soutien unanime des autorités

Les réactions officielles ont été rapides. La Gendarmerie nationale a posté sur X dès le 24 avril :

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, s’est également exprimé le jour même :

La préfète des Alpes-de-Haute-Provence, Isabelle Tomatis, a de son côté publié un message de soutien sur Facebook, condamnant « les violences contre les forces de l’ordre », selon le post officiel de la préfecture. Ces prises de position illustrent l’attention portée au niveau national aux incidents impliquant des agents en service, y compris dans des départements ruraux comme le 04. La gendarmerie de Haute-Loire avait récemment organisé des portes ouvertes pour renforcer le lien avec la population - une démarche qui contraste avec ce type d’incident.

Contexte dans les Alpes-de-Haute-Provence

Le département des Alpes-de-Haute-Provence (04) compte environ 165 000 habitants, répartis sur un territoire majoritairement rural. Manosque, avec ses quelque 22 000 habitants, est la commune la plus peuplée du département et abrite la principale brigade motorisée. Forcalquier, sous-préfecture, est distante d’une vingtaine de kilomètres.

Les refus d’obtempérer en zone gendarmerie sont un phénomène national en hausse. À l’échelle nationale, malgré une baisse de 9 % des atteintes aux personnes recensées en 2025, les violences contre les forces de l’ordre restent une préoccupation documentée. En zone rurale, les poursuites sur routes départementales présentent des risques spécifiques pour les motocyclistes, dont la brigade de Manosque assure une part significative des contrôles sur l’axe Durance-Luberon.

Ce type d’incident rappelle également des affaires similaires jugées récemment ailleurs, comme la condamnation d’un conducteur à Orléans pour accident sous alcool avec permis suspendu, où la question de la sévérité des peines est également posée.

Prochaine étape : la cour d’appel d’Aix-en-Provence

L’appel du parquet de Digne-les-Bains, annoncé le 30 avril 2026, suspend l’exécution de la peine aménagée. La date d’audience devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence n’a pas encore été communiquée. Les deux gendarmes blessés, dont le statut de parties civiles reste à préciser, pourraient également se constituer dans cette procédure. Par ailleurs, dans les cas où des suspects interpellés après des faits graves font l’objet d’appel du parquet, la juridiction supérieure peut alourdir significativement la peine initiale.

Sources

Sophie Garnier

Sophie Garnier

Sophie est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Alpes-de-Haute-Provence (04), avec Digne-les-Bains pour chef-lieu. Spécialité du département : Verdon, ITER (fusion nucléaire) et lavanderaies de Valensole. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

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