Forges de Tarbes : les élus communistes d’Occitanie exigent une maîtrise publique face à la vente
Le groupe CRC à la région Occitanie réclame l'intervention de l'État avant la fin de la période d'exclusivité fixée au 25 mai 2026.
Les élus communistes du groupe CRC au conseil régional d'Occitanie ont publié un communiqué le 14 mai 2026 pour alerter l'État sur la situation des Forges de Tarbes. Europlasma, propriétaire du site, a annoncé sa cession pour 150 millions d'euros à un investisseur français anonyme. L'exclusivité court jusqu'au 25 mai.
Les élus communistes du groupe CRC au conseil régional d’Occitanie ont publié un communiqué le 14 mai 2026 pour alerter l’État sur la situation des Forges de Tarbes. Europlasma, propriétaire du site, a annoncé sa cession pour 150 millions d’euros à un investisseur français anonyme. L’exclusivité court jusqu’au 25 mai.
L’essentiel
- Cession annoncée : Europlasma a annoncé le 10 avril 2026 la vente de son pôle Défense, incluant les Forges de Tarbes, pour 150 millions d’euros à un investisseur français non divulgué.
- Délai serré : La période d’exclusivité court jusqu’au 25 mai 2026, avec un closing prévu au plus tard le 15 octobre 2026.
- Emplois et production : Le site emploie environ 70 à 90 salariés et produit des corps creux d’obus de 155 mm pour le canon Caesar.
- Contrat KNDS : KNDS France a sécurisé un contrat pluriannuel de 60 000 à 150 000 unités par an de 2026 à 2028, reconductible trois ans.
- Réaction politique : Le groupe CRC Occitanie réclame le 14 mai 2026 une maîtrise publique du site pour stopper ce qu’il qualifie de « pillage ».
Un appel lancé à dix jours de l’échéance
Le groupe CRC - Communistes, Républicains et Citoyens - au conseil régional d’Occitanie a diffusé son communiqué à dix jours de l’expiration de la période d’exclusivité accordée au repreneur. Le PCF Hautes-Pyrénées a relayé l’alerte sur X.
Les élus dénoncent, selon La Dépêche du Midi, les « logiques spéculatives » d’Europlasma : sous-investissement chronique, pratiques financières opaques et instabilité managériale. Ils estiment que l’identité de l’acquéreur - un investisseur français dont le nom n’a pas été communiqué - constitue un risque supplémentaire pour les emplois et le savoir-faire du site.
La demande est directe : que l’État impose une maîtrise publique sur les Forges avant que la transaction ne soit bouclée. Aucune réponse du gouvernement n’a été rendue publique à ce stade.
Un site stratégique au cœur de l’économie de guerre
Les Forges de Tarbes produisent des corps creux d’obus de 155 mm, les munitions utilisées par le canon Caesar de KNDS France. Dans un contexte de réarmement européen accéléré par le conflit en Ukraine, le site a retrouvé une importance industrielle inédite depuis des décennies.
En décembre 2025, KNDS France a signé un contrat pluriannuel avec les Forges pour la livraison de 60 000 à 150 000 unités par an entre 2026 et 2028, reconductible pour trois ans supplémentaires, selon le communiqué officiel de KNDS. L’État avait également apporté un soutien financier pour porter la cadence à 150 000 unités annuelles.
Pour les élus CRC, cette montée en charge sous financement public rend d’autant plus inacceptable une cession à un acteur privé non identifié. La question de la souveraineté industrielle dans le secteur des munitions - un enjeu qui dépasse le seul cas tarbais - s’invite ainsi dans le débat régional.
Europlasma : un repreneur lui-même sous pression
Europlasma a acquis les Forges de Tarbes en 2021 sous le nom de Tarbes Industry, alors que le site frôlait la liquidation judiciaire, selon Sud Ouest et Actu.fr. L’entreprise s’était alors spécialisée dans la production de munitions, profitant de la relance liée à la guerre en Ukraine.
Le 10 avril 2026, Europlasma a annoncé la mise en vente de l’ensemble de son pôle Défense - incluant les Forges de Tarbes et la Fonderie de Bretagne - pour 150 millions d’euros, selon Le Figaro et Boursorama. L’identité de l’acquéreur pressenti, qualifié d’« investisseur français », n’a pas été précisée. La période d’exclusivité peut être prolongée d’un mois, et le closing doit intervenir au plus tard le 15 octobre 2026.
Les raisons précises poussant Europlasma à se séparer de ce portefeuille n’ont pas été détaillées publiquement par le groupe à ce stade.
Contexte dans les Hautes-Pyrénées
Les Forges de Tarbes représentent l’un des rares sites industriels de défense du département. L’emploi industriel dans les Hautes-Pyrénées atteignait 11 145 postes en 2025, en hausse de 2,6 % par rapport à 2024 (10 861 postes), selon l’INSEE. Dans ce tissu, un site de 70 à 90 salariés reste modeste en volume mais pèse lourd en termes de savoir-faire et de positionnement stratégique.
Les Forges ont été créées en 1871 comme arsenal militaire, précisément pour éloigner la production d’armes de la frontière allemande après la défaite de 1870, selon Wikipedia et Le Point. Durant la Première Guerre mondiale, le site a employé jusqu’à 12 000 ouvriers et a été classé Secret-Défense. Un siècle et demi plus tard, il reste la seule usine française capable de produire ce type de corps creux d’obus de 155 mm, selon Actu.fr.
La trajectoire du site illustre les difficultés de maintien d’une base industrielle de défense en dehors des grands pôles comme Toulouse ou Bordeaux. Le dossier est suivi de près par les élus locaux et régionaux, toutes tendances confondues, même si seul le groupe CRC a pour l’instant formalisé une demande publique d’intervention de l’État.
Que peut faire l’État concrètement ?
Les élus CRC n’ont pas précisé dans leur communiqué les mécanismes juridiques qu’ils envisagent. Plusieurs options existent théoriquement : droit de préemption de l’État dans le cadre de la protection des industries stratégiques, prise de participation via un fonds public, ou encadrement des conditions de la cession par décret en Conseil des ministres au titre de la défense nationale. Aucune de ces pistes n’a été officiellement évoquée par le gouvernement à ce jour.
Le contexte politique national - marqué par les débats sur la recomposition de l’exécutif en fin de mandat - pourrait ralentir une éventuelle réponse institutionnelle dans les délais impartis.
Un closing prévu d’ici octobre
Si la période d’exclusivité expire le 25 mai sans prolongation, la transaction devrait de toute façon être finalisée avant le 15 octobre 2026. La fenêtre pour une intervention publique est donc réduite. Les salariés du site n’ont pas fait de déclaration publique recensée à ce stade. Les instances représentatives du personnel n’ont pas non plus été citées dans les sources disponibles.
Le dossier sera suivi lors des prochaines séances du conseil régional d’Occitanie, où le groupe CRC dispose d’une tribune pour maintenir la pression sur l’exécutif national.
Sources
- La Dépêche du Midi : Les élus communistes de la région Occitanie alertent l'État sur la situation des Forges de Tarbes
- KNDS France : KNDS France renouvelle son engagement auprès des Forges de Tarbes
- Actu.fr : Un mystérieux investisseur pourrait acquérir la dernière usine d'obus de France
- PCF Hautes-Pyrénées (X) : Communiqué groupe CRC Région Occitanie – Forges de Tarbes