Fort-de-France : la vie chère toujours dans la rue, dix-huit mois après les émeutes
Les habitants de Martinique maintiennent la pression sur les prix alimentaires, malgré un protocole signé en 2024 et des résultats jugés insuffisants.
À Fort-de-France, les mobilisations contre la vie chère perdurent en ce printemps 2026. Le protocole d'accord signé en octobre 2024 affiche des baisses partielles, mais les familles modestes estiment que la situation n'a pas fondamentalement changé. Les assises populaires relancent la contestation.
Les prix alimentaires restent au cœur des préoccupations à Fort-de-France. En janvier 2026, l’Institut national de la statistique a enregistré une nouvelle hausse mensuelle de 0,3 % sur les produits alimentaires en Martinique, portée par l’alimentation hors produits frais (+0,5 %), selon l’Insee. Un signal faible, mais qui ravive les tensions dans un territoire où les denrées coûtent en moyenne 40 % plus cher qu’en métropole.
Un protocole aux résultats contestés
Le 16 octobre 2024, la préfecture, la collectivité territoriale de Martinique et les distributeurs ont signé un protocole d’accord prévoyant une baisse moyenne de 20 % sur 54 familles de produits, entré en vigueur le 2 janvier 2025 pour une durée de 36 mois. À fin octobre 2025, le bilan officiel de la préfecture fait état d’une réduction de 10,5 % sur les produits dits « CTM-État » et de 6,6 % sur les références « État+ », couvrant 6 000 références en rayon. La moitié de l’objectif, en gros.
Le 15 septembre 2025, un an après les émeutes, le bouclier qualité-prix a été étendu à 180 produits, dont 14 fournitures scolaires, selon France Info. Mais pour une grande partie des habitants, ces ajustements restent insuffisants. Selon un reportage de Ouest-France publié début 2026, la formule revient souvent : « rien n’a changé ».
Les assises populaires relancent la pression
Le mouvement prend une nouvelle forme au printemps 2026. Des assises populaires contre la vie chère se sont tenues à Fort-de-France, avec un meeting de clôture à l’Espace Laguerre. Plusieurs élus nationaux ont fait le déplacement, signe d’une résonance qui dépasse les frontières de l’île.
L’inflation globale a ralenti en 2025 - +1,1 % contre +2,8 % en 2024, d’après l’Insee - mais les prix alimentaires restent sous tension : +1,6 % sur un an en juillet 2025. Le contexte social reste fragile pour les ménages aux revenus modestes, les plus exposés à ces écarts structurels.
Un problème récurrent depuis des décennies
Ce n’est pas la première fois que Fort-de-France se mobilise sur ce terrain. En 2009, une grève générale de plusieurs semaines avait secoué l’île sur les mêmes enjeux, selon La 1ère. En 2022 et 2023, l’inflation alimentaire avait atteint respectivement +4,4 % et +9,8 %, rendant la situation explosive avant les émeutes de 2024, qui ont causé plus de 100 millions d’euros de dégâts et touché plus de 300 entreprises, selon Blast Info.
Le protocole de 2024 court jusqu’en 2027. La préfecture publie des bilans réguliers. Mais entre les chiffres officiels et le vécu des familles en caisse, l’écart reste le principal combustible de la mobilisation.
Prochaine étape : le suivi du protocole d’accord se poursuit jusqu’en 2027, avec de nouveaux bilans attendus de la préfecture de Martinique. Les résultats à mi-parcours seront déterminants pour évaluer si l’objectif initial de 20 % de baisse peut encore être atteint.
Sources
- Préfecture de Martinique : Bilan général à fin octobre 2025 – Protocole de lutte contre la vie chère
- Insee : Inflation en Martinique – janvier 2026
- Ouest-France : Vie chère en Martinique, « rien n'a changé » depuis le mouvement de septembre 2024
- France Info : Un an après la crise de la vie chère, la Martinique étend son bouclier qualité-prix