Fuites sur Rima Hassan : Darmanin enquête sur son propre ministère

Le garde des Sceaux saisit l'Inspection générale de la Justice après que son propre porte-parole a été désigné comme source des fuites lors de la garde à vue de l'eurodéputée LFI.

Fuites sur Rima Hassan : Darmanin enquête sur son propre ministère
Fuites sur Rima Hassan : Darmanin enquête sur son propre ministère Illustration par Claire Delattre / INFO.FR

Trois enquêtes ouvertes pour une seule question : qui a organisé les fuites pendant la garde à vue de Rima Hassan ?

L'essentiel — les faits vérifiés
  • Darmanin saisit l'Inspection générale de la Justice le 8 avril pour enquêter sur les fuites survenues pendant la garde à vue de Rima Hassan.
  • Le Canard Enchaîné désigne Sacha Straub-Kahn, porte-parole de la Chancellerie nommé par Darmanin, comme source présumée des fuites.
  • Trois enquêtes sont ouvertes simultanément : parquet de Paris, IGPN et IGJ.
  • Rima Hassan porte plainte pour violation du secret professionnel. Straub-Kahn contre-attaque en diffamation.
  • L'eurodéputée LFI est convoquée le 7 juillet 2026 pour être jugée pour apologie du terrorisme.

Gérald Darmanin a saisi l’Inspection générale de la Justice. Il l’a annoncé le 8 avril 2026 lors des Questions au gouvernement, en réponse au député LFI Thomas Portes. L’objet : les fuites massives survenues pendant la garde à vue de Rima Hassan, le 2 avril. Le problème : ces fuites mènent tout droit à la Chancellerie. Son propre ministère.

C’est un aveu.

3 enquêtes simultanéesParquet de Paris, IGPN et IGJ sont saisis pour identifier l'origine des fuites lors de la garde à vue de Rima Hassan
LES ENJEUX
Secret de l'instruction violé
Secret de l'instruction violé
Des informations couvertes par le secret de l'enquête ont été diffusées dans la presse trois heures après le début de la garde à vue, depuis les services du ministère de la Justice lui-même.
Indépendance de la justice
Indépendance de la justice
Le porte-parole de la Chancellerie est accusé d'avoir instrumentalisé une procédure judiciaire à des fins politiques, posant la question de la séparation entre communication ministérielle et action judiciaire.
Conflit d'intérêts institutionnel
Conflit d'intérêts institutionnel
Darmanin saisit l'IGJ - organe rattaché à son propre ministère - pour enquêter sur des fuites attribuées à un collaborateur qu'il a lui-même nommé.
Droits de la défense
Droits de la défense
La diffusion d'éléments non confirmés sur de la drogue de synthèse pendant la garde à vue constitue une atteinte potentielle à la présomption d'innocence de Rima Hassan.

Trois heures, et tout le monde savait

Le 2 avril 2026, vers 9h30, Rima Hassan se présente au 2e district de police judiciaire, dans le Xe arrondissement de Paris. Elle est placée en garde à vue dans le cadre d’une enquête pour apologie du terrorisme, liée à un tweet du 26 mars reprenant une citation de Kozo Okamoto, auteur de l’attentat de l’aéroport de Lod en 1972.

A 12h30, Le Parisien publie l’information. Trois heures. C’est le temps qu’il a fallu pour que la garde à vue d’une eurodéputée, couverte par le secret de l’enquête, devienne un feuilleton médiatique en temps réel.

Sauf que les fuites ne se sont pas arrêtées là. Dans les heures qui suivent, plusieurs médias relaient un détail explosif : de la drogue de synthèse - entre 1 et 1,90 gramme de 3-MMC - aurait été retrouvée sur l’eurodéputée. L’information n’a jamais été confirmée par le parquet. Les analyses toxicologiques sont toujours en cours. Rima Hassan affirme qu’il s’agit de CBD en résine, légalement acheté à Bruxelles, justificatif à l’appui.

Peu importe. Le récit était lancé. Apologie du terrorisme et drogue de synthèse. Le portrait était peint avant même la fin de la garde à vue.

Le Canard lâche un nom

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Le 7 avril, Le Canard Enchaîné désigne la source présumée des fuites : Sacha Straub-Kahn, porte-parole du ministère de la Justice. Nommé par Darmanin lui-même. Ancien community manager de Nicolas Sarkozy en 2016. Profil politique assumé.

Straub-Kahn dément. Il contre-attaque : plainte en diffamation et pour injures antisémites contre des messages reçus sur les réseaux sociaux. Le HuffPost rappelle qu’il avait déjà été épinglé pour avoir « menacé » un magistrat. Profil nerveux.

Problème. Darmanin ne peut pas ignorer l’accusation. Son porte-parole est mis en cause nommément dans une affaire de violation du secret professionnel. Le ministre est contraint de réagir.

Juge et partie

Darmanin saisit donc l’IGJ. Il le fait publiquement, à l’Assemblée nationale, devant les caméras. Geste fort. Geste nécessaire. Geste insuffisant.

Chronologie de l'affaire
26 mars 2026
Rima Hassan publie un tweet citant Kozo Okamoto, puis le supprime
2 avril 2026
Placement en garde à vue. Fuites dans la presse dès 12h30
3 avril 2026
Conférence de presse de Hassan. Le parquet ouvre une enquête pour violation du secret de l'instruction
7 avril 2026
Le Canard Enchaîné met en cause Sacha Straub-Kahn
8 avril 2026
Darmanin saisit l'IGJ. Hassan et Straub-Kahn portent plainte

Car la situation est ubuesque. Le garde des Sceaux ordonne une inspection sur des fuites qui proviendraient de son propre cabinet. Il enquête sur lui-même. Ou plutôt, il demande à un organe qui dépend de lui d’enquêter sur un homme qu’il a nommé.

Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée, résume : « Gérald Darmanin doit rendre des comptes. » Éric Coquerel réclame la démission de Straub-Kahn, voire celle du ministre. Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, avait « regretté » les fuites dès le 4 avril sur BFM TV. Regretté. Pas condamné.

Trois enquêtes, une évidence

Récapitulons. Le parquet de Paris enquête pour violation du secret de l’instruction depuis le 3 avril. L’IGPN a été saisie pour vérifier si les fuites proviennent des services de police. L’IGJ est désormais saisie pour le versant Chancellerie. Trois enquêtes parallèles.

Côté plaintes : Rima Hassan, par son avocat Me Vincent Brengarth, a déposé plainte pour violation du secret professionnel le 8 avril. Sacha Straub-Kahn a déposé plainte en diffamation le même jour. Chacun attaque. Personne ne recule.

Reste un détail. Rima Hassan est convoquée le 7 juillet 2026 pour être jugée pour apologie du terrorisme. C’est le fond de l’affaire. Mais ce fond est désormais noyé sous la forme : les fuites, la drogue présumée, le cirque médiatique orchestré en temps réel pendant une garde à vue censée être secrète.

Infographie INFO.FR

Verdict

Darmanin a fait ce qu’il devait faire. Saisir l’IGJ. Afficher la transparence. Mais il ne peut pas être juge et partie. Son porte-parole est nommément accusé. Son ministère est au coeur du scandale. Trois enquêtes sont ouvertes pour établir ce que tout le monde a compris : quelqu’un, depuis la Chancellerie ou ses abords, a décidé de transformer une garde à vue en opération de démolition politique.

Le secret de l’enquête n’est pas une option. C’est la loi. Quand il est violé depuis le ministère de la Justice lui-même, ce n’est plus une fuite. C’est un sabotage institutionnel.

Darmanin le sait. Tout le monde le sait. Rideau.

Infographie chronologie

Sources

Claire Delattre

Claire Delattre

Journaliste spécialisée dans l'analyse politique et les affaires publiques. Formation en sciences politiques et journalisme. Plusieurs années d'expérience en presse écrite et digitale, notamment sur la couverture des institutions françaises et européennes. Rejoint INFO.FR en novembre 2025 pour développer la rubrique politique.

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