Fusillade aux Moulins à Nice : deux pères de famille tués, un quartier à bout
Ahmed, 57 ans, et Adilson, 39 ans, sans lien avec le trafic, fauchés en plein jour. La JIRS de Marseille pilote désormais l'enquête.
Le 11 mai 2026, une fusillade à la kalachnikov sur la place des Amaryllis au quartier des Moulins à Nice a tué deux pères de famille et blessé six personnes. Les victimes n'avaient aucun antécédent lié au narcotrafic. Quatre suspects sont en garde à vue depuis le 14 mai.
Le 11 mai 2026, vers 15h30, un tireur à trottinette électrique a ouvert le feu avec un fusil d’assaut de calibre 7,62 sur la place des Amaryllis, au cœur du quartier des Moulins à Nice. Dix-sept projectiles tirés. Deux morts. Six blessés, dont trois en urgence absolue. Les deux victimes - Ahmed, 57 ans, et Adilson, 39 ans - étaient des pères de famille sans aucun antécédent lié au trafic de stupéfiants, tués à quelques mètres d’un point de deal, selon Le Parisien et Nice-Matin.
L’essentiel
- 11 mai 2026, 15h30 : fusillade à la kalachnikov place des Amaryllis aux Moulins - 17 balles tirées, 2 morts, 6 blessés dont 3 en urgence absolue.
- Les victimes : Ahmed (57 ans) et Adilson (39 ans), pères de famille sans lien avec le narcotrafic, selon Le Parisien et Libération.
- 14 mai 2026 : quatre suspects, dont le tireur présumé, placés en garde à vue à la caserne Auvare de Nice ; les assaillants sont originaires de Marseille.
- JIRS de Marseille : saisie le 12 mai pour assassinats en bande organisée et association de malfaiteurs liée au narcotrafic.
- 11 morts : bilan total des violences liées au narcotrafic aux Moulins depuis juillet 2024, selon le maire Éric Ciotti.
Ahmed et Adilson : des figures du quartier fauchées au hasard
Ahmed avait 57 ans. Adilson, 39 ans. Aucun des deux n’était impliqué dans le trafic qui ensanglante les Moulins depuis deux ans. Ils se trouvaient simplement là, en plein après-midi, sur une place où les habitants ont l’habitude de se croiser.
Selon Libération, qui a recueilli les témoignages des proches, leur mort prive le quartier de « repères pour les jeunes ». Ahmed et Adilson étaient des figures connues et respectées. Leur décès brutal laisse familles et voisins face à une réalité qu’ils n’arrivent pas à nommer sans trembler.
Nice-Matin a rapporté les témoignages des proches : la stupeur, la douleur, mais aussi la colère. Des pères arrachés à leurs enfants par une balle qui ne leur était pas destinée. Trois des six blessés, eux, étaient connus pour des faits de narcotrafic, selon France 3 Régions. Les trois autres : des victimes collatérales, comme Ahmed et Adilson.
« On est en Afghanistan ? En Irak ? » : la peur s’installe
Les habitants du quartier des Moulins ne cachent plus leur épuisement. « On est en Afghanistan ? En Irak ? Je songe à partir », lâche un riverain, cité par Le Parisien. « On a nos enfants ici, ça ne peut plus continuer », témoigne un autre, selon Franceinfo.
Ces réactions ne sont pas isolées. Depuis juillet 2024, les Moulins accumulent les épisodes de violence. Les familles ont appris à reconnaître les détonations. Elles savent désormais que rester dehors comporte un risque. Certains parents ne laissent plus leurs enfants jouer sur la place des Amaryllis.
Le tissu social du quartier se fissure. Les commerces subissent une désaffection de la clientèle aux heures où les tensions sont les plus fortes. Des familles envisagent de partir. D’autres n’en ont pas les moyens. La colère se mêle à la résignation, selon France Bleu.
Le scénario de l’attaque : une opération venue de Marseille
La reconstitution établie par les enquêteurs, rapportée par Nice-Matin, est précise. Un tireur arrive à trottinette électrique sur la place des Amaryllis. Il ouvre le feu avec un fusil d’assaut kalachnikov, tire 17 projectiles, puis prend la fuite. Un véhicule volé à Marseille, retrouvé incendié non loin, contenait encore la trottinette du tireur.
Les assaillants sont originaires de Marseille, selon les enquêteurs. Quatre d’entre eux, dont le tireur présumé, ont été interpellés le 14 mai 2026 et placés en garde à vue à la caserne Auvare de Nice, selon Le Parisien et France 3 Régions. Un réseau marseillais du narcotrafic déjà actif dans le recrutement de mineurs avait récemment été mis en cause dans d’autres affaires.
La JIRS de Marseille - Juridiction Interrégionale Spécialisée - s’est officiellement saisie de l’enquête le 12 mai 2026, pour assassinats en bande organisée, tentatives d’assassinats en bande organisée et association de malfaiteurs liée au narcotrafic, selon Libération et Nice-Matin.
Une escalade documentée depuis juillet 2024
La fusillade du 11 mai ne sort pas du néant. Elle s’inscrit dans une série qui dure depuis près de deux ans aux Moulins. Le 3 octobre 2025, une fusillade similaire avait déjà fait deux morts et cinq blessés dans le même quartier, selon Nice-Matin. Les 8 et 9 mai 2026 - soit deux et trois jours avant la fusillade - le quartier avait déjà été le théâtre de tirs et d’une explosion.
Éric Ciotti, maire de Nice, a été direct : « Nous avons onze morts victimes du narcotrafic depuis juillet 2024 dans ce seul quartier, c’est inacceptable. » Il a annoncé l’installation d’un poste de police municipale sur la place des Amaryllis et réclamé des renforts nationaux durables, selon Le Point et TV5Monde.
Les forces de l’ordre ont pourtant agi. Selon TV5Monde et RCF, le nombre de points de deal actifs aux Moulins est passé de douze à deux grâce aux opérations policières successives. Mais cette déstabilisation des réseaux a eu un effet inverse sur les violences : les groupes concurrents se disputent désormais les positions restantes. Les victimes civiles en paient le prix.
Contexte dans les Alpes-Maritimes
Le département des Alpes-Maritimes a enregistré 25 homicides en 2025, un chiffre en baisse sur dix ans malgré une hausse nationale de 1% (982 homicides en France), selon Nice-Matin et Les Échos. Mais la tendance sur les trafics va dans l’autre sens : +7% de faits de trafic de stupéfiants dans le département en 2025.
Le quartier des Moulins concentre une part significative de ces tensions. Il figure parmi les zones prioritaires de la politique de sécurité locale depuis plusieurs années. Les Moulins représentent environ 10 000 habitants, un secteur en renouvellement urbain, mais où les réseaux de deal ont historiquement pris racine dans les angles morts de la rénovation.
La saisie par la JIRS de Marseille souligne la dimension interrégionale du phénomène : les Moulins ne sont plus seulement un problème niçois. Les connexions avec les réseaux marseillais - assaillants originaires de Marseille, véhicule volé à Marseille - placent cette affaire dans une géographie du narcotrafic qui dépasse les frontières communales. Des opérations comparables ont mobilisé des renforts de forces de l’ordre dans d’autres villes confrontées à des dynamiques similaires.
Ce que dit l’État
La préfecture des Alpes-Maritimes a annoncé un renforcement des effectifs policiers dans le quartier. La formulation retenue - « réponse d’une très grande fermeté » - a été rapportée par Ici.fr. Les modalités concrètes (effectifs, durée, dispositif) n’avaient pas été précisées à la date de publication de cet article.
Les gardes à vue des quatre suspects se poursuivaient au moins jusqu’au 17 mai 2026, selon France 3 Régions. La question de leur mise en examen et d’un éventuel déferrement devant la JIRS de Marseille constitue la prochaine étape judiciaire attendue. Pour les familles des Moulins, elle ne suffira pas à effacer le souvenir d’un dimanche après-midi qui a changé le quartier.
Sources
- Le Parisien : Fusillade mortelle à Nice : quatre personnes en garde à vue
- Libération : Fusillade mortelle à Nice : quatre personnes en garde à vue
- Nice-Matin : Ahmed et Adilson, deux pères de famille fauchés aux Moulins : les témoignages des familles
- France 3 Régions : Fusillade aux Moulins : 4 personnes interpellées et placées en garde à vue