Fusion ATP-WTA : l’accord qui n’arrivera jamais
Les deux circuits restent divisés sur la clé de répartition financière
Les points clés
- L'ATP a déclaré 293 millions de dollars de revenus en 2024, contre 142,6 millions pour la WTA.
- L'ATP proposait une répartition 80-20 en sa faveur, refusée par la présidente de la WTA Valerie Camillo.
- La WTA a vendu 20% de WTA Ventures à CVC Capital Partners pour 150 millions en 2023.
- Les discussions visaient une entité commune « Tennis Ventures » opérationnelle début 2027, désormais compromise.
- Roger Federer et Rafael Nadal avaient plaidé pour l'unification en 2020, sans succès depuis.
Andrea Gaudenzi – président de l’ATP, s’était montré optimiste en octobre 2025. Il espérait boucler un accord non contraignant avant la fin de l’année. Décembre est passé. Rien. Les pourparlers continuent en 2026 – mais les sources proches du dossier sont sceptiques: « I’d be surprised if it got done any time soon ».
Les chiffres expliquent tout. En 2024, l’ATP a déclaré 293 millions de dollars de revenus avec un excédent de 52 millions. La WTA, elle, affichait 142,6 millions de revenus et un déficit de 4,9 millions. L’écart est de 2 contre 1.
Les positions chiffrées qui ont fait capoter l’accord
L’ATP a d’abord évoqué une part de 75% des revenus dans les premières discussions. Ce ratio a évolué vers un 70-30 – puis vers un 80-20 en faveur du circuit masculin. Valerie Camillo – présidente de la WTA, a refusé. Elle a hérité du dossier et n’était pas satisfaite des conditions acceptées par son prédécesseur, Steve Simon. La WTA s’est retirée des négociations. Accepter un pourcentage inférieur aurait envoyé un « mauvais signal » pour le circuit féminin, qui milite pour une plus grande équité financière. Aucune contre-proposition chiffrée de la WTA n’a été rendue publique.
Ce que personne ne dit: la WTA a déjà vendu 20% de sa boutique
La WTA a consolidé ses droits commerciaux dans une branche dédiée, WTA Ventures. En 2023 – elle en a vendu 20% à CVC Capital Partners pour 150 millions de dollars. Cette vente a valorisé l’entité féminine. Un calcul simple: si l’ATP propose une répartition 80-20 dans une entité fusionnée, la WTA récupérerait 20% d’une valorisation combinée qu’elle estime inférieure à ce qu’elle peut obtenir seule. CVC n’a pas acheté 20% d’un circuit en déclin. La fusion aurait pu diluer cette valorisation.
L’échec qui ébranle la crédibilité des dirigeants
Andrea Gaudenzi avait promis en octobre un accord avant fin 2025. Eno Polo avait déclaré en janvier que les parties étaient « très proches d’un accord ». Valerie Camillo avait repris le dossier après Steve Simon – qui soutenait la fusion, affirmant qu’elle « avait tout son sens » et qu’il ne s’agissait pas d’une « acquisition ». Résultat: décembre est passé sans accord. L’échec affaiblit la parole des dirigeants qui se sont exposés publiquement. Gaudenzi, fervent défenseur du projet – estimait que le tennis était « sous-monétisé » et qu’une fusion pourrait augmenter significativement les revenus. La promesse non tenue interroge sur leur capacité à piloter une fusion structurelle et à convaincre les deux camps de dépasser leurs intérêts immédiats.
L’impact sur le pouvoir de négociation avec sponsors et diffuseurs
Portia Archer avait évoqué les bénéfices pour les consommateurs de tennis: parrainages, droits médiatiques et données vendus comme un produit combiné. Un tennis unifié pourrait vendre ses droits comme une offre unique, augmentant la valorisation globale et le pouvoir de négociation face aux diffuseurs et sponsors. Mais l’écart de revenus 2 contre 1 bloque toute clé de répartition acceptable pour les deux parties. Résultat: chaque circuit continue de vendre séparément ses droits, diluant la force de frappe commerciale du tennis face aux autres sports majeurs. Les sponsors attendent. Le tennis reste divisé.
Les partisans historiques de la fusion
Roger Federer avait relancé le débat en 2020 – appelant publiquement à l’union des circuits masculin et féminin. Rafael Nadal l’avait rejoint. L’idée: une instance dirigeante commune pour parler d’une seule voix et renforcer la portée économique du sport. Billie Jean King – co-fondatrice de la WTA en 1973 – militait depuis longtemps pour une entité unique.
Mais l’histoire du tennis est jalonnée de tentatives de fusion avortées. En 2021 – l’ATP et la WTA avaient combiné leurs opérations marketing, un premier pas. L’ATP Tour lui-même a été créé en 1990 – unifiant des circuits masculins auparavant concurrents. En 2020, une discussion avait porté sur la fusion de l’ATP Cup et de la Coupe Davis – deux compétitions similaires à quelques semaines d’intervalle, sans succès. On se souvient de tentatives comparables dans d’autres sports professionnels: le golf a connu des discussions similaires entre le PGA Tour et le circuit européen, bloquées elles aussi sur des questions de gouvernance et de partage des revenus.
L’entité fantôme « Tennis Ventures »
Andrea Gaudenzi espérait une mise en œuvre de « Tennis Ventures » début 2027. L’entité devait centraliser les droits commerciaux des deux circuits. La date limite initialement visée était fin 2025. Décembre est passé sans accord. L’opérationnalisation pourrait glisser à début 2027 – mais les insiders n’y croient plus.
La WTA a mis fin prématurément à son contrat pour les WTA Finals en Arabie Saoudite – déplaçant l’événement à Indian Wells cette année. Une décision qui reflète la volonté du circuit féminin de reprendre le contrôle de sa stratégie commerciale, loin d’une fusion qui diluerait son autonomie.
Silence radio des deux côtés depuis décembre. Les avocats travaillent. Les sponsors attendent. Le tennis reste divisé.