Gaza : l’ONU adopte une force internationale avec 13 voix pour, 2 abstentions

Le Conseil de sécurité valide le déploiement d'une mission de stabilisation jusqu'en décembre 2027, portée par Washington

Gaza : l’ONU adopte une force internationale avec 13 voix pour, 2 abstentions
Salle du Conseil de sécurité de l'ONU lors du vote historique sur Gaza Pierre Monteil / INFO.FR

Lundi 17 novembre 2025, le Conseil de sécurité des Nations unies a franchi un cap historique en adoptant une résolution américaine autorisant le déploiement d'une force internationale de stabilisation à Gaza. Avec 13 voix favorables et 2 abstentions (Russie et Chine), ce texte entérine le plan de Donald Trump qui a permis l'instauration d'un cessez-le-feu fragile le 10 octobre dernier, après deux années de conflit dévastatrices. La résolution crée un "Comité de la paix" mandaté jusqu'au 31 décembre 2027 pour assurer une gouvernance transitoire dans l'enclave palestinienne.

L'essentiel

  • 13 membres du Conseil de sécurité ont voté pour la résolution le 17 novembre 2025, avec 2 abstentions (Russie et Chine)
  • La résolution crée un Comité de la paix mandaté jusqu'au 31 décembre 2027, présidé par Donald Trump selon le plan annexé
  • 20 otages survivants ont été libérés par le Hamas depuis le cessez-le-feu du 10 octobre 2025, en échange de près de 2.000 prisonniers palestiniens
  • La France a conditionné son vote favorable à l'inclusion de références à la perspective d'un État palestinien dans le texte final
  • Le Hamas a rejeté la résolution qu'il juge insuffisante, tandis que l'Autorité palestinienne la soutient officiellement

À 16h32 (heure de New York) ce lundi 17 novembre, les membres du Conseil de sécurité de l’ONU ont levé la main pour sceller l’une des décisions les plus attendues de l’année diplomatique. Treize pays ont approuvé le déploiement d’une force internationale de stabilisation à Gaza, tandis que Moscou et Pékin se sont abstenus. Selon BFMTV, l’ambassadeur américain aux Nations unies Mike Waltz a qualifié ce vote d' »historique et constructif », tandis que Donald Trump saluait sur Truth Social « un vote qui restera gravé dans l’histoire des Nations unies comme l’une des plus importantes approbations de l’histoire ».

Vue satellite : un cessez-le-feu fragile depuis le 10 octobre

Le texte adopté « endosse » officiellement le plan de paix en 20 points élaboré par l’administration Trump, qui a permis l’instauration d’un cessez-le-feu le 10 octobre 2025 entre Israël et le Hamas. Cette trêve intervient après deux années de guerre déclenchées par l’attaque sanglante du mouvement islamiste palestinien le 7 octobre 2023. Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, 20 otages survivants ont été libérés en une seule fois par le Hamas, en échange de près de 2.000 prisonniers palestiniens.

La résolution, plusieurs fois modifiée lors de négociations sensibles entre les membres permanents et non-permanents du Conseil, instaure un « Comité de la paix » chargé d’assurer une « gouvernance de transition » à Gaza jusqu’à la réforme complète de l’Autorité palestinienne. Ce comité disposera d’un mandat courant jusqu’au 31 décembre 2027. Selon le plan annexé à la résolution, Donald Trump présidera personnellement cet organe de gouvernance, une première dans l’histoire des missions onusiennes.

Vue aérienne : la pression diplomatique américaine porte ses fruits

Washington a déployé une intense campagne diplomatique pour rallier un maximum de soutiens à sa résolution. Dans une tribune publiée vendredi dernier dans le Washington Post, Mike Waltz n’avait pas hésité à durcir le ton. D’après ses propos rapportés par BFMTV, l’ambassadeur américain avait martelé :

« Tout refus de soutenir cette résolution est un vote en faveur de la poursuite du règne des terroristes du Hamas ou en faveur de la reprise de la guerre avec Israël, condamnant la région et sa population à un conflit perpétuel. »

Cette stratégie de la pression maximale s’est accompagnée d’une démonstration de force diplomatique. Les États-Unis ont publié une déclaration commune avec huit pays clés de la région : le Qatar, l’Égypte, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, l’Indonésie, le Pakistan, la Jordanie et la Turquie. Ce front régional inédit a pesé lourd dans les délibérations du Conseil de sécurité, isolant davantage les positions russe et chinoise.

Vue terrain : Paris se félicite d’une mention de l’État palestinien

La France, qui a voté en faveur de la résolution, a salué un texte qui « répond aux besoins les plus urgents des populations et permet de soutenir les efforts de paix en cours ». Une source diplomatique française a précisé que Paris avait conditionné son soutien à l’inclusion de références explicites à la solution à deux États :

« Nous nous sommes assurés que le texte (…) inclue des éléments importants pour nous, et notamment des références à la perspective d’un État palestinien. »

Cette mention constitue une évolution notable par rapport aux premières versions du texte américain, qui n’évoquaient pas clairement cette perspective. Contrairement aux premières moutures, la résolution finale mentionne désormais « l’éventualité d’un État palestinien », un avenir que le gouvernement israélien continue pourtant de rejeter catégoriquement. Plusieurs États membres ont néanmoins exprimé des réticences, s’inquiétant selon BFMTV « d’un manque de clarté dans les mandats du Comité de la paix et de l’ISF » (International Stabilization Force).

Vue micro : les réactions contrastées des parties prenantes

Du côté palestinien, les réactions divergent radicalement. L’Autorité palestinienne, dirigée par Mahmoud Abbas, soutient officiellement la résolution et le processus de gouvernance transitoire. En revanche, le Hamas a immédiatement fait connaître son opposition. Selon les déclarations rapportées, le mouvement islamiste « a déploré que la résolution ne réponde pas aux exigences et aux droits des Palestiniens ».

Cette division palestinienne reflète les tensions historiques entre le Fatah, qui contrôle l’Autorité palestinienne en Cisjordanie, et le Hamas, qui gouverne Gaza depuis 2007. La résolution prévoit justement une réforme en profondeur de l’Autorité palestinienne, condition sine qua non pour qu’elle puisse reprendre le contrôle administratif de Gaza à l’issue de la période de transition.

Côté israélien, le silence officiel contraste avec les déclarations américaines triomphantes. Jérusalem observe avec prudence ce déploiement international, tout en maintenant fermement sa ligne rouge : aucun État palestinien ne verra le jour sous son gouvernement actuel. Cette position pourrait compliquer l’application concrète de la résolution dans les mois à venir.

Vue 360° : les défis immenses d’une mission sans précédent

Le déploiement de la force internationale de stabilisation (ISF) soulève de multiples interrogations opérationnelles. Quels pays fourniront les contingents militaires ? Quel sera le mandat exact d’usage de la force ? Comment s’articulera la coordination avec l’armée israélienne, qui maintient un contrôle des frontières de Gaza ? Autant de questions auxquelles les prochaines semaines devront apporter des réponses concrètes.

Le contexte humanitaire demeure dramatique. Bien que la résolution n’aborde pas directement cette question, un rapport de l’ONU publié en août 2025 alertait sur l’aggravation des crises humanitaires dans les zones de conflit. Les infrastructures sanitaires de Gaza, décimées par deux années de guerre, nécessiteront des investissements massifs pour être reconstruites.

La restitution des dépouilles des otages décédés constitue également un dossier sensible. Sur les 20 otages survivants libérés en octobre, trois dépouilles – celles de deux Israéliens et d’un ouvrier thaïlandais – n’ont toujours pas été remises à Israël, selon les informations de BFMTV. Ce dossier pourrait empoisonner les relations entre les parties dans les semaines à venir.

Avec un mandat courant jusqu’à fin 2027, soit 25 mois de mission, la force internationale devra naviguer entre les attentes contradictoires des acteurs régionaux, les réticences israéliennes et les divisions palestiniennes. Le pari de Donald Trump est-il réaliste ? La stabilisation de Gaza peut-elle réellement s’opérer sous présidence américaine directe d’un comité de transition ? Les prochains mois apporteront des éléments de réponse à ces questions qui engagent l’avenir de millions de Palestiniens.

Sources

  • BFMTV (17 novembre 2025)
  • UN News (19 août 2025)
  • Washington Post (15 novembre 2025)
Marie Delacroix

Marie Delacroix

Journaliste spécialisée dans les questions environnementales et scientifiques. Formation en journalisme scientifique et développement durable. Expertise reconnue sur les enjeux climatiques, la transition énergétique et la biodiversité. Couvre également l'innovation technologique et la recherche. Membre fondateur d'INFO.FR, elle apporte un éclairage expert sur les défis écologiques contemporains.