Gentilly : 300 soignants mobilisés contre la fermeture de 60 lits en pédopsychiatrie
La CGT conteste le rapport de l'ARS et réclame la réouverture des unités suspendues d'ici fin juin à la Fondation Vallée
Quelque 300 personnes se sont rassemblées mercredi 13 mai devant la Fondation Vallée à Gentilly, le plus grand hôpital de pédopsychiatrie de France. Elles demandent la réouverture des quatre unités suspendues par l'ARS depuis le 27 février 2026, soit 60 lits fermés pour des patients mineurs.
Quelque 300 personnes se sont rassemblées mercredi 13 mai devant la Fondation Vallée à Gentilly, le plus grand hôpital de pédopsychiatrie de France. Elles demandent la réouverture des quatre unités suspendues par l’ARS depuis le 27 février 2026, soit 60 lits fermés pour des patients mineurs.
L’essentiel
- 300 personnes mobilisées : soignants, syndicalistes, élus et citoyens réunis le 13 mai 2026 devant la Fondation Vallée à l’appel de la CGT.
- 60 lits fermés : quatre unités d’hospitalisation complète en pédopsychiatrie suspendues par l’ARS avec effet au 27 février 2026, après une inspection inopinée de novembre 2025.
- 71 isolements documentés : le rapport ARS du 6 mai 2026 confirme 71 mises à l’isolement entre janvier et novembre 2025, concernant 14 enfants, dont 41 % en isolement seul.
- 15 patients réorientés : les jeunes hospitalisés lors de la suspension ont été transférés vers d’autres structures.
- Réouverture réclamée fin juin : la CGT exige le rétablissement des 60 lits avant le 30 juin 2026 et une rencontre avec l’ARS et la ministre de la Santé.
Un rassemblement inédit devant l’hôpital
Mercredi matin, les abords de la Fondation Vallée, rue Étienne-Dolet à Gentilly, ont concentré une mobilisation inhabituelle pour un établissement de santé. Selon Le Monde et Le Parisien, environ 300 personnes étaient présentes : personnels soignants, représentants syndicaux, élus locaux et habitants du Val-de-Marne.
La sénatrice Laurence Cohen (Val-de-Marne) a pris la parole aux côtés du maire de Gentilly, Fatah Aggoune. Sur X, elle a résumé la tonalité du rassemblement.
Le syndicat CGT, organisateur de l’appel, formule trois demandes concrètes : la réouverture des 60 lits d’ici fin juin 2026, une audience avec l’ARS Île-de-France et une rencontre avec la ministre de la Santé. Le syndicat conteste également le fond du rapport de l’ARS, qu’il qualifie de « truffé d’erreurs », selon Le Monde.
Ce qui a déclenché la crise : isolements et mise en demeure
L’affaire remonte à l’automne 2025. Des signalements concordants de pratiques d’enfermement illégales de mineurs sont remontés à l’ARS Île-de-France dès octobre 2025. L’agence a adressé une mise en demeure à l’établissement le 7 octobre 2025, selon Le Monde.
Une inspection inopinée a suivi en novembre 2025. Elle a débouché sur une décision de suspension en urgence des quatre unités d’hospitalisation complète en pédopsychiatrie, prononcée le 19 février 2026 avec effet au 27 février. Quinze patients mineurs alors hospitalisés ont été réorientés vers d’autres structures, selon Actu.fr et Le Parisien.
Le rapport final de l’ARS, publié le 6 mai 2026, documente précisément les faits reprochés : 71 mises à l’isolement entre janvier et novembre 2025, concernant 14 enfants. La durée moyenne d’isolement est de 71 minutes. Dans 41 % des cas, les enfants étaient seuls, sans présence d’un soignant. L’ARS qualifie ces pratiques de « banalisées » et non conformes aux droits des patients mineurs. Une enquête judiciaire est en cours, selon Actu.fr.
La fusion avec Paul Guiraud, facteur aggravant
Le contexte institutionnel pèse dans cette crise. Le 1er janvier 2025, la Fondation Vallée a fusionné avec le groupement hospitalier Paul Guiraud. Selon le rapport de l’ARS et des recoupements publiés par Le Monde, cette fusion a créé un climat social tendu qui a impacté le management des unités d’hospitalisation.
Les pratiques d’isolement documentées couvrent précisément la période post-fusion : janvier à novembre 2025. Les causes directes du glissement vers ces pratiques n’ont pas été détaillées publiquement par la direction de l’établissement à ce stade.
La Fondation Vallée a été fondée en 1890, initialement comme institution pour enfants dits « idiots pauvres ». Elle a été réformée en 1970 par le pédopsychiatre Roger Misès, selon Wikipedia. Elle est aujourd’hui le plus grand hôpital de pédopsychiatrie de France, selon plusieurs sources concordantes dont Actu.fr et le site de l’établissement.
Contexte dans le Val-de-Marne
La fermeture de 60 lits de pédopsychiatrie pèse sur un département déjà sous tension pour la santé mentale des jeunes. Selon l’INSEE, la densité de psychiatres libéraux dans le Val-de-Marne s’établissait à 9,9 pour 100 000 habitants en 2017. Le département comptait 807 psychologues en 2024, selon les mêmes données. La densité nationale de pédopsychiatres tourne autour de 6,7 pour 100 000 jeunes, un chiffre cité dans les travaux de l’IRDES sur la santé mentale.
Dans ce contexte de pénurie structurelle, la Fondation Vallée joue un rôle de recours régional voire national. La réorientation de 15 patients vers d’autres structures au moment de la suspension illustre la difficulté à absorber ces transferts. Les familles concernées et les professionnels interrogés par Le Parisien soulignent la désorganisation des parcours de soins pour des enfants déjà fragiles.
Cette affaire intervient dans un département qui a connu d’autres tensions judiciaires liées à des établissements de soins. Dans un registre différent, la proximité géographique avec Paris et la densité de population en Île-de-France accentuent la pression sur les structures spécialisées. La pédopsychiatrie reste le secteur le plus sous-doté, selon les syndicats.
CGT contre ARS : deux lectures contradictoires
La position syndicale est claire depuis la publication du rapport le 6 mai : la CGT ne nie pas l’existence de dysfonctionnements mais conteste la fiabilité du document de l’ARS. Le syndicat parle d’un rapport « truffé d’erreurs » sans en préciser publiquement la nature à ce stade, selon Le Monde.
L’ARS maintient pour sa part la suspension des unités. L’agence n’a pas répondu publiquement aux demandes d’audience formulées lors du rassemblement du 13 mai. La ministre de la Santé n’a pas non plus commenté publiquement l’événement à la date de publication de cet article.
Cette divergence d’interprétation entre le syndicat et l’autorité de contrôle constitue le principal point de blocage pour une éventuelle réouverture rapide. La question de la responsabilité institutionnelle dans les affaires impliquant des services publics reste un terrain conflictuel récurrent en France.
Une enquête judiciaire en parallèle
Les constats de l’ARS ont été transmis à la justice. Une enquête judiciaire est en cours, selon Actu.fr et le rapport officiel de l’ARS publié sur le site de l’agence. Son périmètre exact - civil, pénal, instruction ouverte ou préliminaire - n’a pas été précisé publiquement.
La coexistence d’une procédure administrative (la suspension par l’ARS) et d’une procédure judiciaire complique la perspective d’une réouverture rapide revendiquée par la CGT. Toute décision de levée de suspension devra vraisemblablement tenir compte de l’avancement de l’enquête, sans que les délais n’aient été communiqués.
Prochaine étape : la CGT a fixé une échéance à fin juin 2026 pour la réouverture des 60 lits et attend une réponse formelle de l’ARS Île-de-France et de la ministre de la Santé sur sa demande d’audience.
Sources
- Le Monde : Dysfonctionnements à la Fondation Vallée : la CGT dénonce un rapport de l'ARS « truffé d'erreurs »
- Le Parisien : Pédopsychiatrie fermée à Gentilly : les soignants en colère en appellent au ministre
- Actu.fr : Le rapport accablant de l'ARS sur la Fondation Vallée, plus grand hôpital de pédopsychiatrie de France
- Libération : Pédopsychiatrie : un rapport de l'ARS confirme des mauvais traitements à la Fondation Vallée