Gibraltar entre dans Schengen : la clôture frontalière tombe après 118 ans
Le traité UE-Royaume-Uni signé le 14 juillet supprime les contrôles terrestres et transfère la gestion des passages à l'aéroport et au port sous supervision espagnole
La nuit du 14 au 15 juillet 2026 restera dans l'histoire de Gibraltar. À minuit, l'Espagne et le territoire britannique ont retiré la clôture de 1,2 kilomètre qui marquait leur frontière depuis 1908. Ce démantèlement, acté par un traité signé la veille à Bruxelles, intègre Gibraltar dans l'espace Schengen et met fin aux contrôles quotidiens pour 15 000 travailleurs transfrontaliers.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- La clôture frontalière de 1,2 kilomètre entre Gibraltar et l'Espagne, érigée en 1908, a été retirée le 15 juillet 2026 à minuit.
- Le traité UE-Royaume-Uni signé le 14 juillet 2026 à Bruxelles intègre Gibraltar dans l'espace Schengen.
- Les contrôles de passeports sont transférés au port et à l'aéroport de Gibraltar, sous responsabilité opérationnelle espagnole.
- 15 000 travailleurs espagnols traversent quotidiennement vers ce territoire britannique de 38 000 habitants.
- L'accord ne règle pas le différend historique sur la souveraineté de Gibraltar, revendiquée par Madrid depuis 1713.
Le 15 juillet 2026 à minuit, la clôture séparant Gibraltar de l’Espagne a été retirée. Connue sous le nom de « La Verja », cette barrière de 1,2 kilomètre disparaît en vertu d’un traité entre l’Union européenne et le Royaume-Uni signé le 14 juillet à Bruxelles. L’accord, entré en vigueur de manière provisoire dès le mercredi, intègre Gibraltar dans l’espace Schengen et supprime les contrôles à la frontière terrestre.
Selon The Guardian, le traité marque l’aboutissement de négociations post-Brexit. Les contrôles de passeports sont désormais délocalisés au port et à l’aéroport du territoire britannique, sous la responsabilité opérationnelle de l’Espagne, comme le rapporte 21 News.
Une fluidité retrouvée pour 15 000 travailleurs
La suppression de la barrière change radicalement le quotidien des 15 000 travailleurs espagnols qui traversent chaque jour vers Gibraltar, territoire de 38 000 habitants. Les files d’attente et les contrôles systématiques à la frontière terrestre, héritage du Brexit, appartiennent au passé.
Le traité instaure également une union douanière spécifique pour Gibraltar, facilitant la circulation des biens entre le territoire et l’Espagne. Selon le Parlement européen, cette intégration à Schengen permet une libre circulation des personnes tout en préservant le cadre juridique britannique du territoire.
Un accord historique
Le projet final du traité de coexistence et de prospérité partagée avait été publié le 26 février 2026 par La Moncloa, le palais du gouvernement espagnol. Le texte prévoit que l’Espagne assure la gestion des contrôles Schengen au port et à l’aéroport de Gibraltar, une solution pragmatique qui contourne la question épineuse de la souveraineté.
Madrid maintient en effet sa revendication historique sur le territoire, cédé à la Grande-Bretagne en 1713 par le traité d’Utrecht. Le traité signé à Bruxelles ne tranche pas ce différend, mais organise une coopération opérationnelle inédite entre l’Espagne, le Royaume-Uni et l’UE.
Contexte britannique et européen
Gibraltar, petit territoire de 6,8 km² situé à la pointe sud de la péninsule ibérique, occupe une position stratégique à l’entrée de la Méditerranée. Depuis le référendum sur le Brexit en 2016, son statut constituait une anomalie géopolitique : territoire britannique enclavé dans l’Union européenne, il subissait de plein fouet les conséquences de la sortie du Royaume-Uni.
Lors du référendum de 2016, 95 % des habitants de Gibraltar avaient voté pour rester dans l’UE. L’économie européenne, déjà fragilisée par les incertitudes géopolitiques, surveille de près les conséquences de cet accord frontalier sur les flux commerciaux en Méditerranée.
Prochaines étapes
L’accord est entré en vigueur sous le régime de l’application provisoire. Il devra encore être ratifié par le Parlement européen et les États membres de l’UE, ainsi que par les autorités britanniques, pour devenir définitif. Les modalités techniques de la gestion des contrôles par les autorités espagnoles à l’aéroport et au port de Gibraltar feront l’objet d’un suivi dans les prochains mois.
Le retrait de la clôture ouvre une nouvelle page dans les relations entre Gibraltar, l’Espagne et l’Union européenne, même si la question de la souveraineté reste en suspens.