Goélands argentés : la justice bloque la stérilisation des œufs sur Oléron et Ré

Le tribunal administratif de Poitiers a suspendu l'arrêté préfectoral le 16 avril, sur recours de Nature Environnement 17.

Goélands argentés : la justice bloque la stérilisation des œufs sur Oléron et Ré
Illustration Vincent Bonneau / info.fr

Le juge des référés de Poitiers a suspendu le 16 avril 2026 la stérilisation de 120 œufs de goélands argentés prévue au collège de Saint-Pierre-d'Oléron. Nature Environnement 17 a obtenu gain de cause. La décision a des répercussions directes sur l'île de Ré.

L’essentiel

  • 16 avril 2026 : le juge des référés du tribunal administratif de Poitiers suspend l’arrêté préfectoral autorisant la stérilisation de 120 œufs de goélands argentés au collège Pertuis d’Antioche, à Saint-Pierre-d’Oléron.
  • ~600 individus : estimation de la population de goélands argentés en Charente-Maritime, espèce en déclin national et protégée par le Code de l’environnement.
  • 107 nids recensés en 2025 : à Saint-Martin-de-Ré, où la campagne de stérilisation prévue a été abandonnée à la suite de la décision judiciaire.
  • 330 œufs stérilisés en 2025 en Charente-Maritime (drone + huile de colza) ; 130 en 2026 avant la suspension.
  • 2-3 ans : délai estimé avant que l’affaire soit examinée sur le fond.

Une décision de justice qui tombe en pleine saison de nidification

Le 16 avril 2026, le juge des référés du tribunal administratif de Poitiers a suspendu l’arrêté préfectoral qui autorisait la stérilisation d’environ 120 œufs de goélands argentés (Larus argentatus) sur le toit du collège Pertuis d’Antioche, à Saint-Pierre-d’Oléron. La décision intervient en pleine période de nidification, rendant la suspension immédiatement opérante.

C’est l’association Nature Environnement 17, représentée par sa juriste Marie Bomare, qui avait déposé un référé-suspension. Selon France Bleu La Rochelle, le juge a retenu l’existence d’un « doute sérieux » sur la légalité de l’arrêté préfectoral.

Le cœur juridique : une espèce protégée ne peut être « nuisible »

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Le raisonnement du juge s’appuie sur le Code de l’environnement. Une dérogation à la protection d’une espèce ne peut être accordée que si elle ne nuit pas au maintien de l’espèce dans un état de conservation favorable. Or le goéland argenté est en déclin à l’échelle nationale. En Charente-Maritime, la population est estimée à environ 600 individus, concentrés en zones urbaines, selon France Bleu La Rochelle.

La demande de dérogation avait été instruite par la DREAL Nouvelle-Aquitaine. Le collège Pertuis d’Antioche avait sollicité une autorisation de stérilisation par pulvérisation d’huile végétale, opération confiée à l’entreprise Aquitaine Effarouchement. Des consultations publiques avaient été organisées avant la délivrance de l’arrêté, comme l’atteste la page officielle de la DREAL.

Impact direct sur l’île de Ré : Saint-Martin abandonne son projet

La décision du tribunal de Poitiers a fait jurisprudence immédiatement à l’échelle locale. La mairie de Saint-Martin-de-Ré, qui avait recensé 107 nids en 2025 et envisageait une campagne similaire, a renoncé à son projet, selon France Bleu La Rochelle.

La commune privilégie désormais deux leviers : la sensibilisation des habitants - en particulier la consigne de ne pas nourrir les oiseaux - et l’installation de poubelles sécurisées anti-goélands. Ces mesures alternatives étaient d’ailleurs préconisées par Nature Environnement 17.

Un historique de campagnes encadrées, mais contestées

La stérilisation des œufs de goélands n’est pas une pratique nouvelle en Charente-Maritime. En 2025, deux campagnes ont été menées dans le département via drone et huile de colza, portant sur un total de 330 œufs. En 2026, une campagne de 130 œufs avait déjà eu lieu avant la suspension judiciaire, selon France Bleu La Rochelle.

La technique consiste à enduire les œufs d’huile végétale, ce qui empêche le développement de l’embryon sans retirer les œufs du nid - ce qui déclencherait une nouvelle ponte. La méthode est jugée moins invasive que le retrait, mais reste soumise à dérogation car l’espèce est intégralement protégée.

Sur le plan national, une décision similaire a été rendue en Normandie, où la justice a également suspendu des opérations de stérilisation dans deux communes, selon Ouest-France.

Contexte dans le département

La Charente-Maritime concentre une part significative de la population française de goélands argentés en milieu urbain. Les îles de Ré et d’Oléron, très fréquentées en saison touristique, font face à des tensions récurrentes entre résidents, commerçants et oiseaux nichant sur les toitures. Les goélands - attirés par les déchets alimentaires - s’attaquent parfois aux poubelles, aux terrasses et aux livraisons. Les communes cherchent des outils de régulation depuis plusieurs années.

La préfecture de Charente-Maritime indique, selon France Bleu La Rochelle, que des discussions sont en cours avec les associations environnementales pour identifier des alternatives. Aucun nouveau dossier de dérogation n’a été déposé récemment. La DREAL Nouvelle-Aquitaine avait encadré les précédentes demandes via des procédures de consultation publique, accessibles sur son site officiel.

Du côté de Nature Environnement 17, Marie Bomare précise que des solutions existent sans passer par des dérogations à la protection des espèces. L’association reste ouverte à un dialogue avec les collectivités, selon Demoiselle FM.

La suite : un fond à juger dans deux à trois ans

La suspension obtenue en référé ne règle pas la question sur le fond. L’arrêté préfectoral reste attaqué, et l’affaire sera examinée au fond par le tribunal administratif de Poitiers dans un délai estimé à deux à trois ans, selon Demoiselle FM. D’ici là, toute nouvelle demande de dérogation devra tenir compte du doute sérieux soulevé par le juge sur la compatibilité de ces campagnes avec le statut protégé du goéland argenté.

La préfecture et les communes concernées devront trouver des marges de manœuvre avant la prochaine saison de nidification, au printemps 2027.

Sources

Vincent Bonneau

Vincent Bonneau

Vincent est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Charente-Maritime (17), avec La Rochelle pour chef-lieu. Spécialité du département : ile de Re/Oleron et capitale ostreicole. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Nouvelle-Aquitaine.

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