Graisse brûlée : 8,4 kilos sur 10 s’évaporent par les poumons sous forme de CO2

Une étude australienne démontre que 84% de la graisse perdue lors d'un régime est expirée, remettant en cause les idées reçues sur le métabolisme

Graisse brûlée : 8,4 kilos sur 10 s’évaporent par les poumons sous forme de CO2
Visualisation scientifique des poumons expirant du CO2 issu de la combustion des graisses Nathalie Rousselin / INFO.FR (img2img)

Lorsque vous perdez 10 kilos de graisse, où partent-ils exactement ? Contrairement à ce que pensent plus de 50% des professionnels de santé interrogés, cette masse ne se transforme pas simplement en énergie ou en chaleur. Les travaux du physicien Ruben Meerman et du Pr Andrew Brown, publiés dans le British Medical Journal en 2014, ont révélé un processus surprenant : 8,4 kilos s'évaporent littéralement dans l'air sous forme de dioxyde de carbone, tandis que 1,6 kilo seulement devient de l'eau. Une découverte qui bouleverse notre compréhension du métabolisme des graisses et éclaire d'un jour nouveau les mécanismes de la perte de poids.

L'essentiel

  • Sur 10 kilos de graisse perdue, 8,4 kilos sont expirés sous forme de CO2 et seulement 1,6 kilo devient de l'eau éliminée par l'urine et la transpiration
  • Plus de 50% des 175 professionnels de santé interrogés par l'étude australienne pensaient à tort que la graisse se transformait en énergie ou en chaleur
  • Les poumons sont le principal organe excréteur des graisses selon les travaux de Ruben Meerman et du Pr Andrew Brown publiés dans le BMJ en 2014
  • Environ 70% des muscles sont constitués d'eau, nécessitant 30 à 40 millilitres d'eau par kilogramme de poids corporel par jour pour maintenir la masse musculaire
  • La Société internationale de nutrition sportive recommande entre 1,4 et 2,0 grammes de protéines par kilogramme de poids corporel quotidiennement pour préserver la masse maigre pendant un régime

Ruben Meerman avait perdu 10 kilos. Ce physicien australien, présentateur d’émissions scientifiques, s’est alors posé une question apparemment simple : où était passée cette graisse ? Interrogeant médecins et nutritionnistes, il n’a obtenu que des réponses floues ou erronées. Cette curiosité l’a conduit, avec l’aide du Pr Andrew Brown de l’École de biotechnologies et des sciences biomoléculaires de Sydney, à mener une étude qui a bouleversé les certitudes médicales. Selon Sciences et Avenir, qui a relayé ces travaux publiés dans le BMJ, plus de 50% des 175 professionnels de santé interrogés pensaient que la graisse était transformée en énergie ou en chaleur lors d’un régime.

La loi de conservation de la masse trahit une idée reçue tenace

Cette croyance commune viole pourtant un principe fondamental de la chimie : la loi de conservation de la masse. Chaque atome doit aller quelque part, il ne peut pas simplement disparaître en se transformant en concept abstrait comme l’énergie. Meerman a donc eu l’idée de traquer chaque atome de graisse perdue. Ses calculs, détaillés dans l’étude australienne, démontrent que sur 10 kilos de graisse éliminée, 8,4 kilos se volatilisent en dioxyde de carbone (CO2) et seulement 1,6 kilo est transformé en eau, ensuite éliminée par l’urine, la sueur, les larmes et autres sécrétions biologiques.

« Nos calculs montrent que les poumons sont le principal organe excréteur des graisses », concluaient les chercheurs dans leur publication.

Cette découverte remet en perspective le rôle crucial de la respiration dans la perte de poids. Chaque respiration expulse du CO2, produit final de la combustion des graisses. Selon Sciences et Avenir, cette ignorance généralisée, même parmi les professionnels de santé, s’explique par la complexité du processus métabolique et le manque de formation spécifique sur le devenir moléculaire des graisses.

Du glycogène à la graisse : un système énergétique en cascade

Pour comprendre comment le corps mobilise ses réserves graisseuses, il faut d’abord saisir sa hiérarchie énergétique. Comme l’explique la BBC dans son article sur la combustion des graisses pendant l’exercice, le corps ne se met pas immédiatement en mode de combustion de graisse. Il s’appuie d’abord sur le glycogène, une forme de glucide stocké dans les muscles et le foie, qui fournit rapidement de l’énergie pour les activités nécessitant un effort rapide.

Paulo Correia, professeur de physiologie à l’Universidade Federal de São Paulo, utilise une analogie parlante pour expliquer ce processus à la BBC : « Une bougie représente la graisse – elle brûle lentement et régulièrement – alors que le bois brûle vite et fort, mais disparaît rapidement. Notre corps fonctionne de la même manière. Si nous avons besoin d’une énergie rapide, comme lors d’un exercice intense, nous brûlons des glucides. En revanche, si les besoins énergétiques sont moindres, nous faisons davantage appel aux graisses. »

Ce concept est lié à la « zone de combustion des graisses », dans laquelle l’organisme utilise les graisses comme principal carburant pendant les exercices de faible intensité et d’intensité modérée, généralement située aux alentours de 60 à 70% de la fréquence cardiaque maximale. Mais comme le souligne Ed Merritt, professeur de kinésiologie à la Southwestern University au Texas, cette zone peut être atteinte même lors d’activités sédentaires, sans que cela garantisse pour autant une perte de poids.

Le déficit calorique : seule voie vers la perte de graisse

Selon la BBC, le principe fondamental reste le déficit calorique : brûler plus de calories que nous n’en consommons. Páblius Braga, médecin du sport à l’hôpital privé Nove de Julho de São Paulo, précise que « l’idée est qu’à partir de là, le corps utilise ses réserves énergétiques, principalement la graisse corporelle, comme source d’énergie. »

Mais ce processus n’est pas sans risque. Selon l’importance de la réduction calorique et la qualité de l’alimentation, on peut perdre non seulement de la graisse corporelle, mais aussi de la masse musculaire. Elaine Dias, spécialiste du métabolisme et docteure en endocrinologie de l’Université de São Paulo, explique à la BBC que lorsqu’une personne est en déficit calorique, le corps perçoit une pénurie d’énergie et passe en mode « économie d’énergie ».

« Le muscle étant le tissu qui brûle le plus d’énergie au repos, le corps commence à le considérer comme un luxe en période de pénurie calorique, un peu comme une entreprise en crise qui supprime ses services les plus coûteux pour réduire ses coûts », explique Dias.

Préserver la masse musculaire : l’équation gagnante

Les experts affirment qu’une masse musculaire insuffisante peut être tout aussi néfaste qu’un excès de graisse. À mesure que la masse musculaire diminue, le métabolisme ralentit et le corps brûle moins efficacement les graisses. Selon la BBC, environ 70% des muscles sont constitués d’eau, rendant l’hydratation essentielle : environ 30 à 40 millilitres d’eau par kilogramme de poids corporel par jour.

Un apport adéquat en protéines s’avère tout aussi crucial. La Société internationale de nutrition sportive recommande, pour favoriser la croissance musculaire et préserver la masse maigre, que les adultes consomment entre 1,4 et 2,0 grammes de protéines par kilogramme de poids corporel par jour. Ainsi, une personne de 70 kilos aurait besoin de 98 à 140 grammes de protéines quotidiennement.

Elaine Dias résume parfaitement l’enjeu : « C’est pourquoi une perte de poids de qualité ne se limite pas à voir le poids baisser sur la balance ; il s’agit de préserver ce qui est fonctionnel et précieux dans le corps : les muscles. » Si la restriction calorique est « trop sévère ou mal planifiée », prévient-elle, le corps peut commencer à dégrader le tissu musculaire pour conserver son énergie.

Les implications pratiques d’une découverte scientifique

Cette compréhension du métabolisme des graisses a des implications concrètes. Elle explique pourquoi l’exercice cardiovasculaire, qui augmente la respiration et donc l’expulsion de CO2, reste si efficace pour la perte de poids. Mais elle souligne aussi l’importance de la musculation, qui augmente le métabolisme au repos en développant les tissus musculaires, ces « services coûteux » que le corps cherche à préserver.

Les travaux de Meerman et Brown ont également révélé l’ampleur de l’ignorance sur ce sujet fondamental. Comme le rapporte Sciences et Avenir, les chercheurs s’étonnaient en 2014 : « Compte tenu de la montée en flèche des taux de surpoids et d’obésité et du vif intérêt pour ce sujet, il existe une ignorance et une confusion surprenantes quant au processus métabolique de la perte de poids, tant chez le grand public que chez les professionnels de la santé. »

Cette méconnaissance persiste probablement aujourd’hui, alors même que la compréhension précise de ces mécanismes pourrait aider à mieux accompagner les personnes dans leur démarche de perte de poids. Savoir que chaque kilo de graisse perdu se transforme principalement en CO2 expiré pourrait modifier notre approche de l’exercice physique et de la respiration consciente. Reste à savoir si cette découverte scientifique trouvera sa place dans la formation des professionnels de santé et dans l’éducation du grand public aux mécanismes réels du métabolisme.

Sources

  • Sciences et Avenir (1 avril 2022)
  • BBC Afrique (28 mars 2025)
  • BBC Afrique (12 août 2025)
  • British Medical Journal (2014)
Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.