Grève à la CPAM de Limoges : agents submergés, retards jusqu’à 4 mois pour les assurés

Une trentaine de téléconseillers en grève illimitée depuis le 5 mai, soutenus par la CGT, dénoncent 50 à 60 appels quotidiens et des délais d'indemnisation devenus insoutenables.

Grève à la CPAM de Limoges : agents submergés, retards jusqu'à 4 mois pour les assurés
Illustration Isabelle Dumas / info.fr

Les agents téléconseillers de la CPAM de Haute-Vienne ont déclenché une grève illimitée le 5 mai 2026. Initiée par la CGT, elle perturbe chaque jour la ligne 3646. Derrière le débrayage une surcharge documentée, des retards de paiement pouvant atteindre quatre mois, et des conditions de travail qui se dégradent depuis trois ans.

Les agents téléconseillers de la CPAM de Haute-Vienne ont déclenché une grève illimitée le 5 mai 2026. Initiée par la CGT, elle perturbe chaque jour la ligne 3646. Derrière le débrayage : une surcharge documentée, des retards de paiement pouvant atteindre quatre mois, et des conditions de travail qui se dégradent depuis trois ans.

L’essentiel

  • Grève illimitée : lancée le 5 mai 2026 par la CGT, elle concerne une trentaine d’agents téléconseillers de la plateforme service assurés de la CPAM de Haute-Vienne.
  • Débrayage quotidien : 55 minutes par jour entre 10h et 10h55, perturbant la ligne 3646 utilisée par les assurés de Haute-Vienne, Corrèze, Creuse et Pyrénées-Atlantiques.
  • Surcharge documentée : 50 à 60 appels traités par agent et par jour ; retards de paiement des indemnités journalières pouvant atteindre 4 mois, selon France Bleu Limousin.
  • 542 734 appels reçus en 2024 par la plateforme, contre 400 000 en 2017, selon le rapport annuel de l’Assurance Maladie.
  • Manifestation du 4 mai : une cinquantaine de personnes rassemblées devant le siège de la CPAM à Limoges en soutien aux grévistes.

Débrayage quotidien, ligne saturée

Chaque matin entre 10h et 10h55, la plateforme téléphonique de la CPAM de Haute-Vienne tourne au ralenti. Les agents grévistes cessent le travail pendant 55 minutes, une plage choisie pour son impact maximal sur l’accueil téléphonique. La ligne 3646 dessert non seulement les assurés de Haute-Vienne, mais aussi ceux de Corrèze, de Creuse et des Pyrénées-Atlantiques. Le mouvement a démarré par des débrayages ponctuels avant que la CGT Nouvelle-Aquitaine ne le qualifie d’illimité à compter du 5 mai 2026.

La veille, le 4 mai, une cinquantaine de personnes s’étaient rassemblées devant le siège limougeaud de la caisse pour manifester leur soutien aux grévistes, selon France Bleu Limousin.

« On n’arrive plus à répondre à nos assurés »

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Les agents décrivent une situation dégradée depuis environ trois ans. Chaque téléconseiller gère entre 50 et 60 appels par jour. La charge ne porte pas seulement sur le volume : les agents font face à des insultes et à des menaces d’assurés excédés par les délais. France Bleu Limousin rapporte des agents en larmes à leur poste.

Le nœud du problème est concret : les indemnités journalières - versées aux salariés en arrêt maladie ou maternité - accusent des retards pouvant atteindre quatre mois. Pour un assuré sans autre revenu, l’attente est financièrement critique. Ces délais génèrent un flux d’appels entrants que les téléconseillers ne parviennent pas à absorber, aggravant à leur tour leur charge de travail.

Ce cercle vicieux est au cœur de la revendication syndicale. La CGT réclame des renforts humains et une amélioration des conditions d’exercice. Une dernière réunion de service avait eu lieu le 30 avril 2026, sans résultat, selon France Bleu Limousin. C’est cet échec qui a précipité le passage en grève illimitée.

Ce type de conflit social dans les services publics locaux n’est pas isolé. En Corse-du-Sud, une grève illimitée à l’ADMR suit une dynamique comparable : personnel épuisé, direction contestée, arrêt de travail reconductible.

La direction propose une réunion

La direction de la CPAM de Haute-Vienne a réagi par un communiqué, indiquant que des « chantiers » sont engagés sur les conditions de travail. Elle a proposé une réunion avec une délégation syndicale le mercredi 6 mai 2026, selon France Bleu Limousin. Le contenu de cette réunion et ses éventuelles conclusions n’avaient pas encore été communiqués au moment de la rédaction de cet article.

Contexte dans la Haute-Vienne

La plateforme téléphonique de la CPAM de Haute-Vienne a reçu 542 734 appels en 2024, selon le rapport annuel de l’Assurance Maladie. En 2017, ce chiffre était de 400 000. La progression sur sept ans - soit plus de 35 % d’appels supplémentaires - illustre une pression croissante sur des effectifs dont l’évolution n’a manifestement pas suivi la même courbe.

La Haute-Vienne compte environ 350 000 habitants, avec Limoges pour préfecture. La CPAM y gère les droits maladie d’une population vieillissante, dans un département où l’accès aux soins reste une préoccupation structurelle. La centralisation de la plateforme sur Limoges, qui absorbe aussi les appels de Corrèze, de Creuse et des Pyrénées-Atlantiques, amplifie mécaniquement la charge sur les téléconseillers haut-viennois.

Un conflit récurrent depuis 2018

Ce n’est pas la première fois que les téléconseillers de la CPAM de Limoges se mobilisent sur ce terrain. En janvier 2018, un mouvement similaire avait duré 12 jours, avec des débrayages de 55 minutes - la même durée qu’aujourd’hui - pour dénoncer le manque de moyens humains et les conditions de travail, selon France 3 Régions et Flash FM. Le conflit s’était conclu par un accord, sans que les problèmes de fond ne soient durablement résolus.

En décembre 2021, c’est une grève nationale à la CPAM qui avait mobilisé 25 % des agents en Haute-Vienne, cette fois pour une revalorisation salariale après dix ans sans augmentation significative, rapportaient France 3 et Le Populaire du Centre.

La répétition du mouvement en 2026, sur des motifs proches de 2018 - charge de travail, manque d’effectifs - suggère que les réponses apportées lors des épisodes précédents n’ont pas suffi à enrayer la dégradation des conditions de travail. D’autres conflits liés aux conditions de travail font l’actualité sociale de ce début mai dans plusieurs territoires.

Des assurés pris en étau

Le mouvement place les usagers dans une position délicate. Les assurés qui tentent de joindre la CPAM pour un retard de paiement ou une question de droits tombent sur une ligne perturbée chaque matin - précisément l’heure où beaucoup appellent avant leur journée de travail. Les délais d’indemnisation journalière déjà allongés ne peuvent que s’aggraver si la grève se prolonge sans accord.

La CPAM n’a pas précisé de mesures de continuité de service pour les assurés les plus en difficulté. Les démarches en ligne via Ameli restent disponibles, mais ne permettent pas toujours de résoudre les blocages de dossier qui motivent justement les appels téléphoniques.

Prochaine étape : la réunion du 6 mai entre direction et délégation syndicale. Si aucun accord n’est trouvé, la CGT n’a donné aucune indication de levée du préavis de grève illimitée.

Sources

Isabelle Dumas

Isabelle Dumas

Isabelle est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Haute-Vienne (87), avec Limoges pour chef-lieu. Spécialité du département : porcelaine de Limoges et Oradour-sur-Glane. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Nouvelle-Aquitaine.

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