Guadeloupe : 40 ans de pannes d’eau, la population assoiffée malgré 226 M€ investis

Le réseau guadeloupéen perd 71 % de son eau dans les fuites. 82 % des canalisations d'assainissement ont plus de 40 ans. Le Congrès des élus, réuni le 24 juin 2026, tente de débloquer 150 M€ d'urgence.

Guadeloupe : 40 ans de pannes d'eau, la population assoiffée malgré 226 M€ investis
Illustration Marie-Claire Naboulet / info.fr

Malgré 226 millions d'euros engagés depuis 2018 par la Région, la Guadeloupe reste en proie à des coupures d'eau quotidiennes. Le rendement du réseau tombe à 29,1 %. Les familles dépensent 500 euros par an en bouteilles. Les élus, réunis en Congrès le 24 juin, cherchent une issue.

L’essentiel

  • Rendement du réseau : 29,1 % - près de 71 % de l’eau produite se perd dans des fuites (Observatoire de l’eau de Guadeloupe).
  • Âge des canalisations : 82 % du réseau d’assainissement a plus de 40 ans (Chambre régionale des comptes).
  • Investissements : 226 M€ depuis 2018 par la Région ; un plan d’urgence de 150 M€ discuté au Congrès du 24 juin 2026.
  • Budget des familles : 500 € par an en moyenne pour acheter de l’eau en bouteille (IEDOM).

Le robinet reste sec pour des milliers de foyers guadeloupéens, et ce depuis des décennies. La crise de l’eau potable, dénoncée comme « criminelle » par des associations, ne faiblit pas malgré les centaines de millions d’euros injectés. Le 24 juin 2026, les élus se sont réunis en Congrès à Basse-Terre pour tenter de débloquer un nouveau plan d’urgence de 150 millions d’euros. Mais les chiffres donnent le vertige : 71 % de l’eau pompée et traitée s’échappe en chemin, dans des canalisations dont les trois quarts ont plus de quarante ans.

Un réseau qui fuit de partout

Selon l’Observatoire de l’eau de la Guadeloupe, le rendement moyen du réseau d’eau potable n’atteint que 45 %. Cela signifie que sur 100 litres prélevés, 55 litres sont perdus avant d’arriver chez l’usager. « Ce sont des fuites colossales, qui traduisent une vétusté structurelle », commente une source à la Chambre régionale des comptes (CRC). Le rapport de la CRC, publié en 2025, indique que 82 % du réseau d’assainissement a plus de 40 ans - un constat qui vaut aussi pour le réseau d’eau potable, vieux de plusieurs décennies.

Le Syndicat Mixte de Gestion de l’Eau et de l’Assainissement de Guadeloupe (SMGEAG), opérateur unique, peine à suivre le rythme. La CRC estime qu’au rythme actuel de renouvellement des conduites (5 km par an), il faudrait plus de 200 ans pour remplacer l’ensemble du réseau, long de 1 100 kilomètres. « C’est un scandale d’ingénierie », résume un technicien du syndicat sous couvert d’anonymat.

226 millions d’euros : des efforts mais pas de résultat visible

La Région Guadeloupe a publié un bilan de 226 millions d’euros investis depuis 2018 dans le secteur de l’eau. Ce montant inclut des travaux sur les usines de production, les réservoirs et les canalisations. « Nous avons multiplié les chantiers, mais la population ne voit pas la différence », a reconnu un élu régional lors du Congrès du 24 juin.

En parallèle, l’État a injecté des centaines de millions d’euros via des fonds exceptionnels. Pourtant, les coupures d’eau restent quotidiennes, avec des « tours d’eau » organisés par quartiers. Le manque de fiabilité des équipements est aggravé par un taux d’impayés de 36 % sur les factures, qui fragilise les finances du SMGEAG. Selon la CRC, la situation financière est « préoccupante ».

Le Congrès de l’eau : 150 M€ d’urgence pour sortir de l’impasse

Face à l’aggravation de la crise, les élus guadeloupéens se sont réunis en Congrès le 24 juin 2026 à Basse-Terre. L’ordre du jour : voter un plan d’urgence de 150 millions d’euros destiné à financer des travaux prioritaires. « Il faut passer de l’urgence à la réforme de structure », a déclaré un participant. Le groupe Péyi Gwadloup a proposé de classer le réseau d’eau en Opération d’Intérêt National (OIN) pour une durée de dix ans, afin d’accélérer les procédures et d’obtenir des financements dédiés.

D’après une expertise présentée lors du Congrès, 51 % des compteurs d’eau du SMGEAG sont actuellement défaillants, rendant impossible une facturation fiable. Ce constat alimente la colère des usagers, qui paient souvent pour un service dégradé. Le président de la Région, Ary Chalus - lui-même jugé à Paris pour détournements de fonds publics - n’a pas assisté aux débats.

Retrouvez notre article sur l’ouverture du Congrès : Guadeloupe : le Congrès de l’eau s’ouvre sous tension à Basse-Terre.

Contexte dans le département

La Guadeloupe (971) compte environ 380 000 habitants, répartis sur les îles de Basse-Terre et Grande-Terre. L’économie repose sur le tourisme, l’agriculture (banane, canne) et les services. La crise de l’eau y est structurelle : les réseaux, construits dans les années 1970-1980, n’ont pas été renouvelés. La pluviométrie abondante (saison humide de juin à décembre) est pourtant suffisante pour alimenter les nappes, mais les infrastructures sont incapables de distribuer l’eau proprement.

Selon l’IEDOM (Institut d’Émission des Départements d’Outre-mer), le budget moyen consacré par les familles guadeloupéennes à l’achat d’eau en bouteille est de 500 euros par an, en raison des coupures récurrentes et de la défiance vis-à-vis de l’eau du robinet. Un coût qui pèse lourd dans des ménages où le revenu médian est inférieur de 30 % à celui de l’Hexagone.

Des pistes mais peu de solutions à court terme

Le plan d’urgence de 150 M€ voté le 24 juin prévoit le remplacement de 30 km de canalisations prioritaires et la réfection de deux usines de potabilisation. Mais les budgets alloués à l’assainissement pour la période 2023-2027 ont déjà été réduits, passant de 180 à 34 millions d’euros, selon RCI. Une contradiction que dénoncent les associations d’usagers.

Dans le même temps, le SMGEAG continue d’intervenir sur les fuites au coup par coup, comme récemment à Baie-Mahault. Voir notre article : Baie-Mahault : nouvelles perturbations sur le réseau d’eau, le SMGEAG en intervention.

Sans un effort massif et soutenu sur plusieurs années, les experts estiment que la Guadeloupe restera assoiffée. La prochaine échéance est le vote définitif du plan d’urgence par l’Assemblée nationale, attendu pour l’automne 2026. En attendant, les habitants continuent de remplir leurs jerricanes, un litre à la fois.

Marie-Claire
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Sources

Marie-Claire Naboulet

Marie-Claire Naboulet

Marie-Claire est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Guadeloupe (971), avec Basse-Terre pour chef-lieu. Spécialité du département : archipel antillais et rhum agricole AOC. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Outre-mer.

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