Guyane : PCC et Comando Vermelho classés terroristes par les États-Unis

Washington a désigné les deux factions brésiliennes le 28 mai 2026, elles sont déjà implantées en Guyane depuis plus de trente ans

Guyane : PCC et Comando Vermelho classés terroristes par les États-Unis
Illustration Sylvie Tchangou / info.fr

Le Département d'État américain a classé le Primeiro Comando da Capital (PCC) et le Comando Vermelho (CV) comme organisations terroristes le 28 mai 2026. Ces deux factions sont actives en Guyane, où elles sont liées à une part significative des homicides et au trafic de cocaïne vers l'Europe.

L’essentiel

  • 28 mai 2026 : le Département d’État américain désigne le PCC et le CV comme Specially Designated Global Terrorists (SDGTs), statut de Foreign Terrorist Organizations (FTOs) effectif le 5 juin.
  • ~53% des homicides en Guyane en 2024 impliquaient des factions brésiliennes, selon la gendarmerie.
  • ~400 membres affiliés identifiés en Guyane, 75 interpellés en 2024 selon la gendarmerie nationale.
  • Quatre factions présentes sur le territoire : PCC, CV, FTA (alliée au PCC) et APS (proche du CV), selon le rapport sénatorial de janvier 2026.
  • ~20% de la cocaïne consommée en métropole transiterait par la Guyane, dont via des mules sur vols Cayenne-Paris, selon le Sénat.

La désignation américaine du 28 mai

Le 28 mai 2026, le Département d’État américain a officiellement désigné le Comando Vermelho (CV) et le Primeiro Comando da Capital (PCC) comme Specially Designated Global Terrorists (SDGTs). Le statut de Foreign Terrorist Organizations (FTOs) est devenu effectif le 5 juin 2026, selon le communiqué publié sur le site du State Department.

La mesure entraîne le gel des avoirs américains des deux organisations et interdit à tout ressortissant américain de leur apporter un soutien matériel. Elle renforce aussi la pression diplomatique sur les pays où ces factions opèrent, dont le Brésil, le Suriname - et la France, via la Guyane.

Une implantation ancienne, une influence récente

Publicité

Les deux factions sont présentes en Guyane depuis plus de trente ans, selon La1ère Guyane. Leur influence s’est toutefois accrue de manière significative à partir de 2018, avec la structuration d’alliances locales : la FTA (Fuerza Temida Amazônica) s’est rapprochée du PCC, l’APS (Associação Pioneiro do Sul) du CV, selon le rapport du Sénat français publié en janvier 2026 (r25-135).

La gendarmerie situe une forte montée en puissance à partir de 2022. Environ 400 individus affiliés à ces factions ont été identifiés sur le territoire guyanais. En 2024, 75 interpellations ont été réalisées dans ce cadre, selon la gendarmerie nationale.

Leurs activités couvrent le trafic de cocaïne, l’orpaillage illégal, la prostitution et le blanchiment d’argent. Le rapport sénatorial qualifie la violence employée de « décomplexée » : braquages armés, assassinats, enlèvements. Des affaires judiciaires à Cayenne illustrent régulièrement la gravité de cette criminalité organisée.

La Guyane, porte d’entrée vers l’Europe

Le territoire joue un rôle stratégique pour l’acheminement de cocaïne vers la métropole et l’Europe. Environ 20% de la cocaïne consommée en France hexagonale transiterait par la Guyane, en partie via des passeurs sur les vols Cayenne-Paris, selon le rapport sénatorial de janvier 2026.

L’orpaillage illégal constitue une autre source de financement majeure. L’opération Harpie, menée par les forces armées de Guyane, vise à contenir ce phénomène. La gendarmerie mène par ailleurs une coopération renforcée avec le Brésil et le Suriname : échanges de renseignement, patrouilles mixtes, formations communes.

Contexte dans la Guyane

La Guyane figure régulièrement en tête des territoires français les plus touchés par la criminalité. En 2024, les factions brésiliennes étaient impliquées dans environ 53% des homicides recensés sur le département, selon la gendarmerie, relayée par Péyi Guyane.

Les chiffres de 2025 marquent une amélioration : entre 43 et 49 homicides selon les sources, contre 53 à 60 les années précédentes. La gendarmerie attribue en partie cette baisse à l’efficacité des interpellations et à la coopération transfrontalière. Depuis mars 2024, seulement 2 homicides liés directement aux factions ont été enregistrés, contre une dizaine par an auparavant, toujours selon la gendarmerie. À Saint-Laurent-du-Maroni, zone historiquement exposée à ces tensions, la pression sécuritaire reste prégnante.

Le rapport du Sénat (r25-135, janvier 2026) confirme que quatre factions structurées opèrent sur le territoire. Il insiste sur la fonction de hub que représente la Guyane pour les réseaux criminels sud-américains en direction de l’Europe.

Ce que change - ou non - la désignation américaine

La qualification de « terroristes » par Washington n’entraîne pas de modification immédiate du cadre judiciaire français. En droit français, PCC et CV restent des organisations criminelles, pas des entités terroristes au sens du code pénal. Aucune requalification n’a été annoncée à ce stade par les autorités françaises.

La désignation américaine renforce néanmoins la visibilité internationale du dossier et peut peser sur la coopération judiciaire entre les États concernés - Brésil, Suriname, France - dans les enquêtes transnationales. La gendarmerie nationale, qui coordonne en partie la réponse sécuritaire en Guyane, n’a pas encore communiqué sur les éventuelles conséquences opérationnelles de cette désignation.

Le Sénat doit examiner les suites données à son rapport de janvier 2026. Une audition des acteurs sécuritaires guyanais est attendue dans ce cadre.

Sources

Sylvie Tchangou

Sylvie Tchangou

Sylvie est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Guyane (973), avec Cayenne pour chef-lieu. Spécialité du département : Centre spatial Kourou et Amazonie française. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Outre-mer.

Publicité
Lien copié !
×