Guyane : suppression de postes d’AED, les épreuves du brevet menacées par une grève le 29 juin
En Guyane, la suppression annoncée de postes d’assistants d’éducation provoque un mouvement de grève qui pourrait perturber les épreuves du diplôme national du brevet, prévues le 29 juin.
Un mouvement de grève contre la suppression de postes d’assistants d’éducation (AED) secoue les collèges de Guyane. Après des blocages à Kourou le 22 juin, l’intersyndicale appelle à une grève générale le 29 juin, jour des épreuves du brevet des collèges.
L’essentiel
- Blocages à Kourou : Le 22 juin 2026, trois collèges de Kourou (Omeba Tobo, Joseph Ho Ten You, Victor Schoelcher) ont été perturbés par une grève contre la suppression de postes d’AED.
- Grève ciblant le brevet : L’intersyndicale de l’éducation en Guyane a déposé un préavis de grève pour le 29 juin 2026, date des épreuves écrites d’histoire-géographie/EMC et de sciences du DNB.
- Justification du rectorat : Le rectorat présente ces suppressions comme un rééquilibrage entre les établissements, tandis que les syndicats dénoncent une asphyxie des équipes de vie scolaire.
Ce qui s’est passé le 22 juin à Kourou
Le mouvement a débuté le lundi 22 juin 2026 dans trois collèges de la commune de Kourou : Omeba Tobo, Joseph Ho Ten You et Victor Schoelcher. Selon le site Lutte Ouvrière, l’ensemble des personnels du collège Omeba Tobo s’est mis en grève pour protester contre la suppression de postes d’assistants d’éducation (AED). Au collège Joseph Ho Ten You, la vie scolaire, des enseignants et des parents d’élèves ont bloqué l’accès à l’établissement. Au collège Victor Schoelcher, les enseignants ont rejoint les personnels de vie scolaire, dénonçant des suppressions de postes alors que les effectifs d’élèves doivent augmenter à la rentrée suivante.
Ces actions locales sont le prélude à une mobilisation plus large. L’intersyndicale de l’éducation en Guyane, qui regroupe notamment le SNES-FSU et le syndicat Lutte de classes (LDC), a appelé à une journée de grève générale pour le lundi 29 juin.
Une menace directe sur le brevet des collèges
La date du 29 juin n’a pas été choisie par hasard. Elle coïncide avec les épreuves écrites nationales du diplôme national du brevet (DNB). Ce jour-là, les élèves de troisième doivent composer en histoire-géographie, enseignement moral et civique (EMC) ainsi qu’en sciences. Or, la surveillance et l’organisation matérielle de ces épreuves reposent en grande partie sur les AED et les personnels de vie scolaire.
Si la grève est suivie massivement, plusieurs collèges pourraient être dans l’impossibilité d’accueillir les candidats dans des conditions normales. Le risque de reports ou d’annulations localisées est réel, même si le rectorat n’a pas encore communiqué sur les modalités de remplacement. Contactée par France-Guyane, l’intersyndicale confirme que l’objectif est de faire entendre le mécontentement au moment le plus symbolique de la vie scolaire.
Les revendications des syndicats
Derrière le mouvement, des inquiétudes de fond. Selon le SNES-FSU Guyane, aucune création nette de poste d’AED n’est budgétisée pour la rentrée 2026. Les suppressions annoncées, même si elles sont présentées comme des redéploiements, entraînent une réduction des effectifs dans plusieurs collèges. Le syndicat dénonce « une asphyxie des équipes de vie scolaire » et une « mise en danger de la sécurité des élèves ». À Kourou, la pression démographique est forte : la population scolaire augmente, mais les moyens ne suivent pas.
Le syndicat Lutte de classes (LDC) Guyane a déposé un préavis de grève spécifiquement pour le collège Omeba-Tobo. Dans un communiqué, il dénonce « le mépris du rectorat » et réclame le maintien de tous les postes d’AED, ainsi que des créations supplémentaires.
La position du rectorat
Face à la contestation, le rectorat de la Guyane justifie ces mesures par une opération de « rééquilibrage géographique des moyens » à enveloppe constante. Il s’agirait de redéployer des postes d’AED des collèges les mieux dotés vers ceux qui en manquent, sans augmentation du nombre total de postes. Cette logique comptable est rejetée par les syndicats, qui y voient un déguisement de la baisse des moyens alloués à l’éducation prioritaire en Guyane.
Le rectorat n’a pas encore précisé comment il comptait organiser les épreuves du brevet si la grève était massivement suivie. Une réunion de crise pourrait être organisée en fin de semaine.
Contexte dans la Guyane
La Guyane, département français d’outre-mer de près de 300 000 habitants, connaît des difficultés structurelles en matière d’éducation. Le taux d’encadrement y est historiquement plus faible qu’en métropole, et les établissements scolaires doivent composer avec une croissance démographique rapide, un taux de pauvreté élevé et des besoins sociaux importants. La question des AED est d’autant plus sensible qu’ils assurent des missions de surveillance, d’accompagnement et de prévention dans des collèges souvent confrontés à des violences et à l’absentéisme.
Cette grève s’inscrit dans un contexte de tensions sociales récurrentes en Guyane. En mai 2026, le député Jean-Victor Castor avait dénoncé l’inefficacité des dispositifs de lutte contre l’orpaillage illégal, tandis que l’État annonçait le cession de 38 hectares à Roura pour des pistes agricoles. L’éducation reste un sujet majeur de mobilisation.
Prochaine étape : la grève du 29 juin
L’intersyndicale maintient son appel à la grève générale pour le lundi 29 juin. D’ici là, des assemblées générales sont prévues dans plusieurs collèges de Cayenne, Kourou et Saint-Laurent-du-Maroni pour décider des modalités d’action. La direction académique n’a pas encore communiqué de plan de continuité pour les épreuves du brevet. Les parents d’élèves, déjà inquiets, suivent de près l’évolution de la situation.