Orpaillage illégal en Guyane : 189 sites recensés, le député Castor dénonce l’inefficacité des dispositifs
Le député Jean-Victor Castor a interpellé le gouvernement le 19 juin sur le record de 189 chantiers clandestins, dont 100 dans le Parc amazonien. Le ministre a promis la poursuite des opérations Harpie.
Cent quatre-vingt-neuf sites d’orpaillage illégal ont été recensés en Guyane début 2026, un record. Cent d’entre eux se trouvent dans le Parc amazonien. Le député Jean-Victor Castor a dénoncé l’inefficacité des dispositifs de lutte à l’Assemblée nationale, tandis que le ministre a réaffirmé la poursuite des opérations Harpie.
L’essentiel
- Fait 1 : 189 chantiers d’orpaillage illégal recensés début 2026 dans le Parc amazonien de Guyane, un record historique selon les autorités.
- Fait 2 : Environ 100 de ces sites sont situés à l’intérieur même de la zone protégée du Parc amazonien.
- Fait 3 : Le mercure utilisé contamine les cours d’eau et empoisonne les peuples autochtones Wayana et Tiriyo, qui demandent à l’État de « déclarer la guerre » à l’orpaillage.
- Fait 4 : L’Assemblée nationale a examiné le 19 juin 2026 un projet de loi d’entraide judiciaire avec le Suriname, et le député Castor a critiqué le « plafond de verre » atteint par l’État.
La Guyane française connaît une escalade sans précédent de l’orpaillage illégal. Cent quatre-vingt-neuf chantiers clandestins ont été identifiés au cœur du Parc amazonien début 2026, selon les données communiquées par la préfecture et les autorités du parc. Environ cent de ces sites sont situés à l’intérieur même de la zone protégée, un record depuis 2017, année de la création du dernier dispositif de surveillance.
Le mercure, utilisé massivement pour amalgamer l’or, contamine les rivières du Haut-Maroni et du sud-est guyanais. Les peuples autochtones Wayana et Tiriyo subissent une intoxication chronique. Le 21 juin 2026, les autorités Wayana ont officiellement demandé à l’État de « déclarer la guerre » à l’orpaillage illégal, estimant que « les dispositifs actuels ne suffisent pas », rapporte La1ère Franceinfo Guyane.
Le député Castor interpelle le gouvernement
Le 19 juin 2026, à l’Assemblée nationale, le député de Guyane Jean-Victor Castor a pris la parole lors de l’examen d’un projet de loi d’entraide judiciaire pénale avec le Suriname. Il a dénoncé l’inefficacité des dispositifs de lutte. Selon lui, « il y a 189 sites d’orpaillage illégal, 100 sont recensés au cœur même du parc amazonien de Guyane ». Il a pointé le « plafond de verre » reconnu par l’État lui-même en décembre 2025, comme l’a rapporté France Guyane.
Le ministre des Outre-mer, présent dans l’hémicycle, a répondu en réaffirmant la poursuite des opérations Harpie. Il a cité le démantèlement de 88 sites illégaux lors d’une opération menée les 13 et 14 janvier 2026, pour un préjudice estimé à 16 millions d’euros. Il a également mentionné l’interpellation de 198 personnes dans le cadre d’une opération transfrontalière avec Interpol fin janvier. Mais les associations locales jugent ces chiffres insuffisants face à l’ampleur du phénomène.
Une contamination au mercure documentée
Un rapport parlementaire de novembre 2025, cité par La1ère Franceinfo Guyane, confirme que la dégradation des cours d’eau due à l’orpaillage clandestin s’accélère et menace la biodiversité aquatique. Le mercure, neurotoxique, s’accumule dans les poissons et contamine les communautés qui en dépendent pour leur alimentation. Des propositions de « loi Mercure » ont été formulées à l’Assemblée nationale pour criminaliser la contamination et renforcer les sanctions, comme l’a relayé le site Peyi Guyane en septembre 2025.
Le tribunal administratif de Cayenne a rejeté en mai 2026 un recours en « carence fautive » contre l’État, écartant toute responsabilité juridique directe malgré les manquements reconnus. Une décision qui a suscité la colère des collectifs citoyens. Certains y voient une faille institutionnelle comparable à d’autres situations où l’État a été mis en cause, comme récemment à Villeurbanne où une grave faille de recrutement a été révélée.
Opérations Harpie : des résultats contrastés
Les Forces armées en Guyane mènent l’opération Harpie depuis 2008. En janvier 2026, 428 sites d’orpaillage clandestin ont été démantelés depuis le début de l’année, selon le ministère des Armées. Mais l’arrivée de factions armées brésiliennes complique les interventions, comme le rapporte Opex360. Le prix élevé de l’or, en hausse constante depuis 2024-2025, a provoqué une explosion du nombre de sites, souligne La1ère Franceinfo Guyane.
Contexte en Guyane
La Guyane, département français d’Amérique du Sud de près de 300 000 habitants, possède la plus grande forêt tropicale de l’Union européenne. Le Parc amazonien de Guyane, créé en 2007, couvre 3,4 millions d’hectares et abrite une biodiversité exceptionnelle. L’orpaillage illégal y est concentré dans les zones reculées du sud, le long des fleuves Maroni et Oyapock. Selon l’Insee, l’activité aurifère représente une part significative de l’économie informelle. La pression migratoire depuis le Brésil et le Suriname voisins alimente cette économie souterraine.
Une pollution qui rappelle d’autres alertes environnementales
La contamination au mercure en Guyane s’inscrit dans un contexte d’alertes environnementales multiples en France. Comme dans l’Aisne et les Hauts-de-France où une alerte pollution à l’ozone a été déclenchée en pleine canicule, les autorités peinent à endiguer des pollutions aux effets sanitaires graves. Les associations appellent à une prise de conscience nationale.
Prochaine étape : une loi Mercure et une coopération renforcée
Le projet de loi d’entraide judiciaire avec le Suriname, examiné le 19 juin, devrait être voté d’ici la fin de la session parlementaire. Parallèlement, une proposition de loi « Mercure » est en préparation à l’Assemblée nationale. Elle prévoit d’alourdir les peines pour pollution au mercure et de créer un délit spécifique. Le gouvernement s’est engagé à présenter un bilan des opérations Harpie avant l’été. Les prochaines semaines diront si les moyens annoncés suffiront à inverser la tendance.
Sources
- LCP : Tweet de LCP sur l'intervention de Jean-Victor Castor
- La1ère Franceinfo Guyane : 189 sites d'orpaillage illégal recensés au cœur du Parc amazonien de Guyane
- Ministère des Armées : Opération Harpie : 428 sites démantelés depuis janvier 2026
- Assemblée nationale : Examen du projet de loi d'entraide judiciaire avec le Suriname à l'Assemblée nationale