Gy : le maire saisit l’Arcom après le traitement « écœurant » du meurtre de Mohamed Zen Adam par CNews
Alexandre Lacroix dénonce les descriptions sensationnalistes du drame du 6 mai sur CNews et Frontières, et appelle au respect des proches de la victime.
Le maire de Gy (Haute-Saône), Alexandre Lacroix, a annoncé le 14 mai 2026 sa saisine de l'Arcom pour dénoncer le traitement médiatique qu'il qualifie d'« écœurant » du meurtre de Mohamed Zen Adam par CNews et l'émission Frontières. Huit jours après le drame, la commune de 1 000 habitants tente de reprendre son souffle.
Le maire de Gy (Haute-Saône), Alexandre Lacroix, a annoncé le 14 mai 2026 sa saisine de l’Arcom pour dénoncer le traitement médiatique qu’il qualifie d’« écœurant » du meurtre de Mohamed Zen Adam par CNews et l’émission Frontières. Huit jours après le drame, la commune de 1 000 habitants tente de reprendre son souffle.
L’essentiel
- Le drame : Mohamed Zen Adam, 26 ans, ressortissant tchadien, a été tué à coups de couteau puis décapité par son colocataire le 6 mai 2026 à Gy.
- Mise en examen : Le colocataire, 26 ans, a été mis en examen pour meurtre aggravé et atteinte à l’intégrité d’un cadavre.
- Hommage : Une marche blanche a réuni une cinquantaine de personnes le 13 mai 2026 à Gy, organisée par l’employeur de la victime, Benjamin Guyot.
- Saisine Arcom : Le maire Alexandre Lacroix a officiellement saisi le régulateur audiovisuel le 14 mai 2026 contre CNews et Frontières.
- Commune : Gy compte environ 1 000 habitants dans un département de 231 130 résidents (INSEE, 2026).
Un meurtre brutal dans un village de Haute-Saône
Le mercredi 6 mai 2026, Mohamed Zen Adam est retrouvé mort dans l’appartement qu’il partageait avec son colocataire à Gy, commune rurale de Haute-Saône. Selon L’Est Républicain, il a été tué à coups de couteau puis décapité. La victime avait 26 ans.
Mohamed Zen Adam, surnommé « Momo » par ses proches, était ressortissant tchadien. Il travaillait comme plaquiste depuis 2020 au sein de la société JLG Peintures à Gy, selon L’Est Républicain et Le Progrès. Son colocataire, également âgé de 26 ans, a été interpellé et placé en garde à vue. Il a ensuite été mis en examen pour meurtre aggravé et atteinte à l’intégrité d’un cadavre, selon L’Est Républicain.
Une cinquantaine de personnes pour dire adieu à « Momo »
Le 13 mai, une semaine après le drame, une marche blanche a réuni une cinquantaine de personnes sur le parvis de la mairie de Gy. L’initiative revenait à Benjamin Guyot, patron de JLG Peintures et employeur de Mohamed Zen Adam depuis six ans. Selon France 3 Bourgogne-Franche-Comté, la victime était décrite par ses proches comme « un homme bon, gentil, agréable ».
La marche, sobre, illustrait l’attachement d’une communauté villageoise à l’un de ses membres - étranger de nationalité mais intégré dans le tissu local depuis plusieurs années. Ce deuil collectif face à une mort violente est une réalité que d’autres communes françaises ont également traversée ces derniers mois.
CNews et Frontières dans le viseur : des descriptions jugées indécentes
Quelques jours après le meurtre, l’émission « 100% Frontières » diffusée sur CNews s’est emparée de l’affaire. Le chroniqueur Jordan Florentin y a évoqué un « tchadien décapité » et décrit « la tête à côté du corps », selon les éléments publiés par Libération et la vidéo diffusée sur la page Facebook du média Frontières.
Le traitement a été perçu localement comme une instrumentalisation du drame à des fins anxiogènes, dressant un portrait alarmiste du village. Pour le maire, c’était une ligne à ne pas franchir.
Alexandre Lacroix, élu en mars 2026, a réagi publiquement le 14 mai. Selon L’Est Républicain, il appelle au « respect, à la décence et à la vérité » pour les habitants et les proches de la victime. Il a annoncé sa saisine formelle de l’Arcom - l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique - pour dénoncer ce qu’il qualifie de traitement « écœurant » et « anxiogène ».
L’Arcom : un gendarme aux pouvoirs limités face à CNews
La saisine d’un maire auprès de l’Arcom reste un acte rare et symboliquement fort. Le régulateur peut instruire une plainte, convoquer la chaîne, et le cas échéant prononcer une mise en demeure ou une sanction financière. Mais la procédure est longue : aucune date d’audience n’a été annoncée à ce stade.
Des précédents existent. L’Arcom a déjà sanctionné CNews pour manquements à l’honnêteté de l’information, notamment sur des sujets liés à l’immigration, avec des sanctions prononcées en 2021 et 2024, selon The Conversation et Le Monde. La chaîne conteste régulièrement ces décisions. Le débat sur le rôle du régulateur face aux dérives de certaines émissions est d’ailleurs relancé depuis plusieurs mois - dans un contexte de recomposition accélérée du paysage médiatique français.
La saisine du maire de Gy s’inscrit dans ce contexte, mais avec une dimension locale inédite : c’est un élu d’une commune de 1 000 habitants qui monte au créneau pour défendre ses administrés et la mémoire d’une victime.
Contexte en Haute-Saône
La Haute-Saône compte 231 130 habitants selon l’INSEE (2026). C’est un département rural, à dominante agricole et industrielle, où les faits divers d’une telle violence sont rares. Gy, chef-lieu de canton, est une bourgade de 1 000 habitants environ, sans antécédent médiatique notable de cette ampleur.
La couverture nationale du drame par des émissions à forte audience comme « 100% Frontières » a projeté Gy dans un récit médiatique que ses habitants n’avaient pas anticipé. La réaction du maire traduit un refus de voir la commune réduite à un décor anxiogène dans un débat sur l’immigration. Ce type de tension entre traitement médiatique national et réalité locale n’est pas propre à la Haute-Saône : la question de la responsabilité des médias dans la diffusion d’informations anxiogènes est posée à plusieurs niveaux en France en 2026.
Alexandre Lacroix, maire depuis mars 2026, est l’un des premiers élus locaux à franchir le pas d’une saisine formelle de l’Arcom sur ce type de grief éditorial - et non sur un droit de réponse classique.
Prochaine étape
L’Arcom devra accuser réception de la saisine et décider de l’opportunité d’ouvrir une instruction. La chaîne CNews et le média Frontières n’avaient pas, à la date du 15 mai 2026, réagi publiquement à l’annonce du maire de Gy.
Sources
- L'Est Républicain : Traitement du drame de Gy sur CNews et Frontières : le maire va saisir l'Arcom
- Libération : En Haute-Saône, un maire saisit l'Arcom après le traitement médiatique «écœurant» d'un fait divers par CNews et Frontières
- France 3 Bourgogne-Franche-Comté : Marche blanche en mémoire de Mohamed, tué et décapité par son colocataire
- Le Progrès : Une cinquantaine de personnes rendent hommage à « Momo »