Handicap en Seine-Saint-Denis : Troussel réclame 204 M€ avant la conférence de juin
Le président du département alerte sur 7 000 enfants sans solution d'accueil et un taux d'équipement trois fois inférieur à la moyenne nationale.
Stéphane Troussel, président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, a lancé le 11 mai 2026 un appel à un grand plan d'inclusion pour les 190 000 personnes en situation de handicap du territoire. Le département, le moins doté de France métropolitaine, réclame 204 M€ et 5 000 solutions supplémentaires avant la Conférence nationale du handicap prévue en juin.
L’essentiel
- 190 000 personnes : nombre de personnes en situation de handicap en Seine-Saint-Denis, en hausse de 20% entre 2022 et 2025.
- 7 000 enfants et 3 500 adultes sans solution d’accueil adaptée, faute de structures suffisantes.
- 204 M€ réclamés pour créer 5 000 places supplémentaires ; 37 M€ déjà alloués via le Plan Inclus’IF pour 720 places d’ici 2030.
- Taux d’équipement trois fois inférieur à la moyenne nationale, selon Le Parisien et Informations Handicap.fr.
- 11 mai 2026 à Bondy : plaidoyer collectif signé par le département et 27 associations, à présenter en juin à la Conférence nationale du handicap.
« La situation est tellement grave »
Le constat dressé par Stéphane Troussel est sans détour. « La situation est tellement grave », a-t-il déclaré, cité par Le Parisien le 13 mai. En Seine-Saint-Denis, 7 000 enfants et 3 500 adultes en situation de handicap n’ont pas de place dans une structure adaptée. Ces chiffres, croisés entre plusieurs sources - Le Parisien, Le Média Social, La Gazette des Communes - , illustrent un sous-équipement chronique que le département qualifie d’inacceptable.
Le taux d’équipement du 93 est trois fois inférieur à la moyenne nationale, selon des données concordantes publiées par Le Parisien et Informations Handicap.fr. Une étude départementale de 2019 déjà pointait trois fois plus d’orientations prononcées par la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) que de places réellement disponibles.
190 000 personnes, +20% en trois ans
Le nombre de personnes en situation de handicap dans le département a augmenté de 20% entre 2022 et 2025, pour atteindre environ 190 000, selon Le Journal Toulousain et Informations Handicap.fr. Cette hausse est liée au vieillissement démographique et à l’accroissement des besoins recensés par la MDPH. La prévalence du handicap est estimée à 11% de la population départementale, contre 9% à l’échelle nationale selon la DREES - un écart que Troussel utilise pour étayer sa demande de rattrapage.
La Seine-Saint-Denis compte 1,7 million d’habitants. Ce poids démographique, combiné à une pauvreté structurellement plus élevée qu’ailleurs en Île-de-France, aggrave les difficultés d’accès aux structures spécialisées. Pour les familles concernées, l’absence de place se traduit souvent par des hospitalisations prolongées, des maintiens à domicile sans accompagnement ou des orientations vers d’autres régions, comme le rappelle la problématique des unités scolaires spécialisées déjà documentée dans d’autres territoires.
Cinq demandes précises au gouvernement
Le plaidoyer présenté le 11 mai 2026 à Bondy, cosigné par 27 associations, formule cinq demandes adressées à l’État. Selon Le Journal Toulousain et le site officiel du département :
- Financer immédiatement les projets de places pour enfants déjà prêts à être lancés ;
- Renforcer de 50% le soutien aux situations dites « complexes » (polyhandicap, troubles sévères du comportement) ;
- Développer des solutions adaptées au vieillissement des personnes handicapées ;
- Assurer une répartition équitable des financements nationaux, qui défavorisent actuellement les territoires sous-dotés ;
- Garantir les soins à tous les enfants handicapés, indépendamment du statut administratif de leurs parents.
Ce dernier point vise directement les enfants de familles sans-papiers ou en situation précaire, qui se voient régulièrement refuser l’accès à certains dispositifs médico-sociaux.
204 M€ demandés, 37 M€ obtenus à ce stade
Le chiffre central de la revendication est 204 M€, pour financer 5 000 solutions d’accueil supplémentaires. À ce jour, 37 M€ ont été alloués dans le cadre du Plan Inclus’IF, un dispositif régional, pour créer 720 places d’ici 2030 - selon Le Média Social et Informations Handicap.fr. L’écart entre les besoins estimés et les financements obtenus reste donc considérable.
Le Schéma départemental d’autonomie et d’inclusion 2025-2030, lancé en mars 2025, encadre ces ambitions. Il prévoit notamment l’ouverture d’une Maison de l’autonomie à Saint-Denis, annoncée pour début 2026, selon le site officiel du département. Cette structure doit centraliser les démarches pour les personnes en perte d’autonomie, handicap et vieillissement confondus. Les questions d’inclusion scolaire, elles, renvoient à un débat national plus large, comme l’illustre le dossier de la rentrée 2026 et ses suppressions de postes dans l’Éducation nationale.
Contexte dans le département
La Seine-Saint-Denis est le département le plus jeune et le plus pauvre de France métropolitaine. Ce cumul de fragilités produit une surreprésentation des besoins médico-sociaux non couverts. En matière de handicap, le déséquilibre est documenté depuis plusieurs années : en 2019, une étude du conseil départemental chiffrait à trois le ratio entre orientations MDPH et places disponibles.
En 2023, le département avait déjà formulé un appel similaire à un plan de rattrapage de 204 M€ pour 5 000 places, sans obtenir de réponse gouvernementale formelle. Le plaidoyer de mai 2026 relance donc une demande vieille de trois ans, avec des chiffres aggravés. Informations Handicap.fr qualifie le 93 de « zone rouge des pénuries ».
La mobilisation du 11 mai à Bondy s’inscrit dans ce contexte de frustration institutionnelle. Vingt-sept associations locales ont cosigné le texte, ce qui lui donne un poids collectif inédit. Des initiatives comparables existent ailleurs : des dispositifs citoyens en Île-de-France tentent aussi, sur d’autres registres, de pallier les lacunes des politiques publiques dans la région.
Un précédent en 2023, sans suite gouvernementale
L’appel de 2026 n’est pas le premier. En 2023, le département avait déjà publié un plan de rattrapage chiffré à 204 M€, issu d’une étude interne datant de 2019. À l’époque, l’État n’avait pas apporté de réponse formelle aux demandes du 93. Le nombre de personnes en attente de solutions a depuis augmenté de 15%, selon une source unique citée par la DREES, en raison de la croissance démographique.
La répétition de la même demande, avec les mêmes montants mais des besoins accrus, illustre ce que le département appelle une « dette de la République » envers son territoire - formulation retenue dans le titre de la tribune officielle publiée sur le site du conseil départemental.
Prochaine étape : la conférence nationale de juin
Le plaidoyer collectif sera présenté à la Conférence nationale du handicap, prévue en juin 2026. Cette échéance est désignée par Troussel comme le moment de vérité pour obtenir des engagements gouvernementaux concrets. La date précise de la conférence n’a pas été communiquée à ce stade par les sources consultées.
Sources
- Conseil départemental de Seine-Saint-Denis : Handicap : ce que la République doit à la Seine-Saint-Denis
- Le Parisien : « La situation est tellement grave » : en Seine-Saint-Denis, 7 000 enfants atteints de handicap sans solution d'accueil
- Le Média Social : Handicap : la Seine-Saint-Denis relance son appel à un rattrapage massif
- Informations Handicap.fr : Handicap : la Seine-Saint-Denis, zone rouge des pénuries