Handicap et sexualité dans l’Indre : des professionnelles dénoncent le retard français

Valérie Patrigeon et Émeline Duchateau-Jaillet, de l'Adpep 36, alertent sur l'absence d'accompagnement structuré pour la vie intime des personnes handicapées.

Handicap et sexualité dans l'Indre : des professionnelles dénoncent le retard français
Illustration Fabien Renard / info.fr

Dans l'Indre, deux professionnelles du secteur médico-social tirent la sonnette d'alarme. La vie affective et sexuelle des personnes handicapées reste un angle mort de l'accompagnement en France. Un tabou persistant, malgré une reconnaissance légale vieille de vingt ans.

Valérie Patrigeon, directrice adjointe de l’Adpep 36 à Châteauroux, et Émeline Duchateau-Jaillet, éducatrice et référente vie affective et sexuelle dans le même établissement, le disent sans détour : la France accuse un retard significatif sur l’accompagnement à la vie intime des personnes en situation de handicap. Leur prise de parole, relayée par La Nouvelle République dans un dossier de quatre articles, rouvre un débat que les institutions peinent à trancher.

L’essentiel

  • Dossier en quatre volets : La Nouvelle République publie une série d’articles sur la sexualité et le handicap dans l’Indre, avec des témoignages concrets, dont un récit d’amour en foyer d’hébergement à Châteauroux.
  • 5 740 allocataires AAH : au 31 décembre 2019, 5 740 personnes handicapées percevaient l’AAH dans l’Indre, soit environ 11 % des adultes du département reconnus comme tels par la MDPH.
  • 22 463 décisions CDAPH en 2023 : la MDPH de l’Indre a traité ce volume de dossiers, dont 83 % pour des adultes.
  • Loi de 2005 : la loi du 11 février 2005 réaffirme le droit à une vie intime, amoureuse et sexuelle pour les personnes handicapées - mais son application dans les établissements reste lacunaire.
  • CNCPH favorable : le Conseil national consultatif des personnes handicapées plaide pour une expérimentation des assistants sexuels dans au moins deux régions françaises.

Un droit reconnu, une réalité contournée

La loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances est claire : les personnes en situation de handicap ont droit à une vie intime, amoureuse et sexuelle libre. Vingt et un ans plus tard, les professionnelles de terrain constatent que ce droit reste largement théorique dans les établissements médico-sociaux.

Émeline Duchateau-Jaillet, qui travaille au foyer d’hébergement de l’Adpep 36, résume la difficulté : « C’est au cas par cas, il n’y a pas de recette miracle », selon La Nouvelle République. Chaque situation exige une approche individualisée. Les professionnels manquent souvent de formation spécifique et de cadre institutionnel pour aborder ces questions.

Le Défenseur des droits avait déjà dénoncé ce retard en 2020, pointant l’absence de réponses adaptées à la vie intime des personnes handicapées, y compris face aux situations de vulnérabilité.

L’Adpep 36 dans un rôle de pionnière locale

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L’Association départementale des pupilles de l’enseignement public de l’Indre (Adpep 36) figure parmi les structures qui tentent de faire bouger les lignes. Valérie Patrigeon, directrice adjointe, porte ce sujet au niveau de la direction. Avoir une référente dédiée - Émeline Duchateau-Jaillet - est encore loin d’être la norme dans les établissements du département.

La démarche s’inscrit dans une tendance nationale encore minoritaire. La question des politiques d’inclusion du handicap gagne progressivement les institutions, mais le volet intime reste systématiquement écarté des plans d’action.

Le débat national sur les assistants sexuels

En France, l’accompagnement sexuel - distinct de la prostitution - reste illégal, contrairement à la Belgique, aux Pays-Bas ou à la Suisse. Le Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH) plaide pour une expérimentation de deux ans dans au moins deux régions, considérant l’accès à une vie sexuelle épanouie comme un droit de santé. Le débat parlementaire n’a jamais abouti.

Marcel Nuss, militant tétraplégique décédé en 2024, avait fondé en 2009 le Collectif Handicaps et sexualités pour défendre ce droit. Son combat a ouvert la discussion, sans déboucher sur une évolution législative.

La Croix et Informations Handicap ont documenté ces débats de longue date. L’impasse politique perdure.

Contexte dans l’Indre

L’Indre compte environ 222 000 habitants. Selon le schéma départemental du handicap 2021-2025 du Conseil départemental, près de 11 % des adultes du département sont reconnus en situation de handicap. Au 31 décembre 2019, 5 740 personnes percevaient l’AAH - 5 315 via la CAF, 425 via la MSA. En 2023, la MDPH de l’Indre a rendu 22 463 décisions via la CDAPH, dont 83 % concernaient des adultes.

Ces chiffres donnent la mesure du public concerné par des questions d’accompagnement global - dont la dimension affective et sexuelle. La réflexion sur l’accessibilité dans les établissements progresse dans plusieurs départements voisins, mais reste inégale.

Dans l’Indre, le Planning Familial propose le programme « Handicap et alors ? », une initiative d’éducation populaire visant à créer les conditions d’une sexualité sans répression ni dépendance pour les personnes handicapées, selon son site officiel. Cette ressource reste peu connue hors du réseau associatif.

Briser le silence, un travail de longue haleine

Le dossier de La Nouvelle République illustre la diversité des situations : des relations amoureuses au sein de foyers, des questions pratiques d’intimité en chambre partagée, des professionnels démunis faute de protocoles. La parole commence à se libérer, mais les outils manquent.

Valérie Patrigeon et Émeline Duchateau-Jaillet n’appellent pas à une révolution immédiate. Elles demandent des formations, des espaces de parole pour les équipes, et une reconnaissance institutionnelle du sujet. Des demandes modestes, sur un terrain qui reste largement en friche.

La question de savoir si le Conseil départemental de l’Indre intègrera cet axe dans la révision du schéma départemental du handicap au-delà de 2025 n’a pas été précisée à ce stade.

Sources

Fabien Renard

Fabien Renard

Fabien est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Indre (36), avec Châteauroux pour chef-lieu. Spécialité du département : parc naturel Brenne et patrimoine berrichon. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Centre-Val de Loire.

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