Hongrie : Péter Magyar promet d’arrêter Netanyahu s’il foule le sol hongrois
Après seize ans de règne d'Orbán, le nouveau Premier ministre hongrois acte le retour du pays dans la Cour pénale internationale et l'application du mandat d'arrêt contre le dirigeant israélien.
Péter Magyar, vainqueur des législatives hongroises du 12 avril, annonce que Budapest exécutera les mandats d'arrêt de la CPI. Y compris celui visant Benjamin Netanyahu.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Rupture diplomatique avec Israël
Budapest passe du statut de refuge européen de Netanyahu à celui d'exécuteur du mandat d'arrêt de la CPI.
Retour de la Hongrie dans la CPI
Magyar bloque le processus de retrait engagé par Orbán, qui devait prendre effet le 2 juin 2026.
Isolement croissant de Netanyahu en Europe
Cinq États membres de la CPI refusaient d'exécuter le mandat. La Hongrie bascule dans le camp inverse.
Fin de l'ère Orbán
Seize ans de règne nationaliste s'achèvent sur une supermajorité de 138 sièges pour le parti Tisza.
Crédibilité de la Cour pénale internationale
Sur 32 procédures engagées depuis 2002, 40 % restent sans suite faute d'arrestation des suspects.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Péter Magyar annonce que la Hongrie arrêtera toute personne visée par un mandat de la CPI, Netanyahu compris.
- Son parti Tisza a remporté 138 sièges sur 199 aux législatives du 12 avril, avec 53,56 % des voix.
- Le processus de retrait de la CPI, engagé par Orbán, sera stoppé avant sa prise d'effet le 2 juin 2026.
- En avril 2025, Orbán avait accueilli Netanyahu à Budapest malgré le mandat d'arrêt émis en novembre 2024.
- La CPI avait constaté en juillet le manquement de la Hongrie à son obligation de coopérer.
Le changement est brutal. Péter Magyar [1], futur Premier ministre hongrois après sa victoire aux législatives du 12 avril [2], a déclaré que son pays exécuterait les mandats d’arrêt émis par la Cour pénale internationale [3]. Y compris celui visant Benjamin Netanyahu [4].
« Si un pays est membre de la Cour pénale internationale et qu’une personne recherchée entre sur son territoire, alors elle doit être placée en détention » [5], a posé Magyar lors de sa première conférence de presse officielle. Interrogé sur la contradiction avec son invitation adressée à Netanyahu pour le 23 octobre [6] - date retenue pour le 70e anniversaire du soulèvement hongrois contre les Soviétiques de 1956 [7] - il a répondu: « Je n’ai pas besoin de tout dire au téléphone. Je pars du principe que chaque chef d’État et de gouvernement connaît ces lois » [8].
Une rupture chiffrée
Le parti Tisza de Magyar a remporté 138 des 199 sièges du Parlement hongrois [9], avec 53,56 % des voix [10], contre 55 sièges et 37,86 % pour le Fidesz de Viktor Orbán [11] [12]. La participation a atteint 79,50 % [13], un record. Viktor Orbán [14], au pouvoir sans discontinuer depuis 2010 [15], a reconnu sa défaite: « La victoire est douloureuse pour nous, mais claire » [16].
L’équipe de Magyar s’est immédiatement penchée sur l’interruption du processus de retrait de la CPI engagé par le gouvernement sortant [17]. Ce retrait, officiellement notifié aux Nations unies le 2 juin 2025 [18], devait prendre effet le 2 juin 2026 [19]. La séance inaugurale de l’Assemblée nationale hongroise se tiendra le week-end des 9 et 10 mai [20]. Magyar y prêtera serment [21].
Ce que dit le Statut de Rome
La Hongrie avait signé le Statut de Rome en 1999 [22] et ratifié le traité deux ans plus tard [23], pendant le premier mandat de Viktor Orbán. La Cour pénale internationale, fondée en 2002 [24] et basée à La Haye [25], compte aujourd’hui 125 membres [26]. Le 21 novembre 2024 [27], elle a émis un mandat d’arrêt contre Benjamin Netanyahu [28] et l’ancien ministre israélien de la Défense Yoav Gallant [29] pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité présumés commis dans la bande de Gaza depuis au moins le 8 octobre 2023 [30].
L’architecture juridique est sans ambiguïté. L’article 86 du Statut de Rome impose aux États parties une obligation générale de coopérer « pleinement » avec la Cour. L’article 89 précise que, sur réception d’une demande de remise, l’État requis « place la personne en état d’arrestation et la remet à la Cour ». Quant à l’article 127, il encadre la procédure de retrait: elle ne prend effet qu’un an après la notification au secrétaire général des Nations unies, et ne dégage en aucun cas l’État des obligations nées de sa participation antérieure - y compris la coopération dans les enquêtes en cours. Autrement dit, la Hongrie, tant que le retrait n’est pas consommé le 2 juin 2026 [19], reste juridiquement tenue d’arrêter Netanyahu s’il entre sur son territoire.
Alice Autin [31], chercheuse au programme Justice internationale de Human Rights Watch, l’avait rappelé dès mars: « Malgré sa décision de quitter la CPI, la Hongrie demeure un État membre et est toujours tenue d’arrêter et de livrer les personnes recherchées par la Cour » [32]. En juillet, les juges de la CPI avaient d’ailleurs constaté que la Hongrie n’avait pas respecté son obligation de coopérer [33].
Le précédent Orbán
En avril 2025 [34], Viktor Orbán avait accueilli Netanyahu à Budapest malgré le mandat d’arrêt. Le ministre de la Défense Kristof Szalay-Bobrovniczky [35] avait écrit sur Facebook: « Bienvenue à Budapest, Benjamin Netanyahu! » [36]. Le jour même, Budapest annonçait son retrait de la CPI par la voix du directeur de cabinet d’Orbán [37]. Orbán avait salué la « clarté morale » d’Israël et qualifié le mandat de la CPI de « décision honteuse » [38], affirmant qu’il n’avait « aucun effet » en Hongrie [39]. Netanyahu, de son côté, avait salué la « clarté morale » de la Hongrie [40]. La Hongrie d’Orbán avait bloqué à plusieurs reprises les résolutions de l’UE appelant à un cessez-le-feu à Gaza [41].
L’invitation qui piège
Reste un mystère: pourquoi Magyar maintient-il son invitation à Netanyahu pour le 23 octobre [6] s’il sait devoir l’arrêter à la descente d’avion? Trois lectures coexistent. La première est celle du signal diplomatique codé: en fixant la date au 70e anniversaire du soulèvement de 1956 [7], symbole de résistance à une puissance étrangère, Magyar enverrait à Tel-Aviv un message de normalisation juridique - l’invitation existe, mais elle vaut convocation devant la loi. La deuxième lecture est celle de la maladresse d’un Premier ministre fraîchement élu, qui aurait lancé l’invitation avant de mesurer les implications du mandat. La réponse de Magyar - « Je n’ai pas besoin de tout dire au téléphone. Je pars du principe que chaque chef d’État et de gouvernement connaît ces lois » [8] - tranche contre cette hypothèse. La troisième, plus retorse, est celle de la stratégie délibérée: une invitation-piège, destinée à placer Israël face à un choix public - venir et être arrêté, ou renoncer et admettre la portée du mandat. Le silence israélien, à ce stade, n’éclaire aucune des trois pistes.
Rupture diplomatique en vue
La bascule hongroise signe la fin d’un refuge. Pendant près de trois ans, Budapest avait servi de sanctuaire diplomatique à Netanyahu [42], au point que son conseiller Moshe Klughaft [43] pariait encore récemment sur la capacité d’autres capitales européennes à prendre le relais. Israël avait qualifié la procédure de la CPI d’« antisémite » [44] - un registre qui tolère mal le revirement d’un allié. Les relations hungaro-israéliennes, tissées sur la convergence idéologique Orbán-Netanyahu, reposaient sur une coopération étroite et un alignement constant à Bruxelles. Magyar, dont la ligne est pro-européenne, ne rompra pas frontalement, mais chaque dossier - visites officielles, votes à l’UE, coopération militaire - sera désormais lu à l’aune du mandat d’arrêt.
L’angle mort: un isolement qui se resserre
Ce que le revirement hongrois révèle, c’est la solitude croissante de Netanyahu en Europe. Selon Amnesty International, cinq États membres de la CPI - France, Allemagne, Italie, Hongrie, Pologne [45] - ont déclaré ou laissé entendre qu’ils n’arrêteraient pas le dirigeant israélien [46]. En Allemagne, le futur chancelier Friedrich Merz [47] avait même garanti à Netanyahu qu’il pourrait venir sans être inquiété. Un an plus tard, la Hongrie bascule dans le camp inverse. Reste à voir si d’autres capitales suivront.
Que vaut un mandat que personne n’exécute?
La question est désormais posée au cœur même de la Cour. Depuis sa création, la CPI a engagé 32 procédures [48]; environ 40 % sont toujours en cours, essentiellement parce que les suspects circulent librement [49]. Le précédent le plus cité reste celui d’Omar el-Béchir: l’Afrique du Sud, pourtant État partie, avait refusé d’arrêter le président soudanais alors en visite pour un sommet de l’Union africaine à Johannesburg, au mépris d’un mandat de la CPI. Plus récemment, selon plusieurs sources, la Mongolie a accueilli un dirigeant russe sans exécuter le mandat émis par la Cour. À chaque fois, le même constat: l’autorité juridique de la Cour bute sur la souveraineté politique des États. Deux membres seulement ont formellement quitté la Cour à ce jour, le Burundi et les Philippines [50]; la Hongrie d’Orbán aurait été le troisième. En promettant d’arrêter Netanyahu, Magyar ne réactive pas seulement le droit: il teste la capacité même de la CPI à faire exister ses mandats contre un chef de gouvernement en exercice. Un seul précédent positif - une arrestation effective - changerait la donne pour toutes les procédures à venir.
Ce que les sources ne disent pas
Aucune des sources consultées ne précise si Netanyahu maintiendra sa venue prévue le 23 octobre [51], ni si le gouvernement israélien a sollicité des garanties diplomatiques auprès de la nouvelle équipe hongroise. La liste des capitales européennes prêtes à l’accueillir se réduit de mois en mois.
Sources
Voir le détail de chaque fait sourcé (51)
« son futur successeur Péter Magyar a immédiatement annoncé son intention de réintégrer le tribunal international »
20minutes.fr ↗ ↩
« Après sa victoire aux législatives du 12 avril »
20minutes.fr ↗ ↩
« le futur Premier ministre hongrois Péter Magyar a également annoncé que son pays allait exécuter les mandats d'arrêt émis par la CPI »
20minutes.fr ↗ ↩
« après avoir reçu Benyamin Netanyahou à Budapest »
20minutes.fr ↗ ↩
« si un pays est membre de la Cour pénale internationale et qu'une personne recherchée entre sur son territoire, alors elle doit être placée en détention »
20minutes.fr ↗ ↩
« Il l'a pourtant invité à Budapest le 23 octobre pour le 70e anniversaire du soulèvement contre les Soviétiques de 1956 »
20minutes.fr ↗ ↩
« le 70e anniversaire du soulèvement contre les Soviétiques de 1956 »
20minutes.fr ↗ ↩
« Je n'ai pas besoin de tout dire au téléphone. Je pars du principe que chaque chef d'Etat et de gouvernement connaît ces lois »
20minutes.fr ↗ ↩
« le parti Tisza de Péter Magyar remporte 138 des 199 sièges du Parlement hongrois »
lesechos.fr ↗ ↩
« le parti Tisza de Péter Magyar remporte 138 des 199 sièges du Parlement hongrois, avec 53,56 % des voix »
lesechos.fr ↗ ↩
« contre 55 sièges et 37,86 % des voix pour le Fidesz de Viktor Orban »
lesechos.fr ↗ ↩
« contre 55 sièges et 37,86 % des voix pour le Fidesz de Viktor Orban »
lesechos.fr ↗ ↩
« Dimanche, la participation a atteint un record de 79,50 %, selon la commission électorale »
lesechos.fr ↗ ↩
« contre 55 pour le Fidesz du Premier ministre nationaliste sortant »
franceinfo.fr ↗ ↩
« Viktor Orban était au pouvoir sans discontinuer depuis 2010 »
lesechos.fr ↗ ↩
« La victoire est "douloureuse pour nous, mais claire", a acté Viktor Orban »
franceinfo.fr ↗ ↩
« Il a indiqué que son équipe s'était penchée sur l'interruption par le futur gouvernement du processus de retrait »
rtbf.be ↗ ↩
« Le 2 juin 2025, les autorités hongroises ont officiellement notifié au Secrétaire général des Nations Unies le retrait de la Hongrie »
hrw.org ↗ ↩
« qui prendra effet le 2 juin 2026, soit un an plus tard »
hrw.org ↗ ↩
« la séance inaugurale de l'Assemblée nationale se tiendrait le week-end des 9 et 10 mai »
20minutes.fr ↗ ↩
« Il prêtera serment à cette occasion »
20minutes.fr ↗ ↩
« La Hongrie a bien signé en 1999 le Statut de Rome, traité fondateur de la CPI »
bfmtv.com ↗ ↩
« ratifié deux ans plus tard, au cours du premier mandat de Viktor Orban »
bfmtv.com ↗ ↩
« Fondée en 2002, la Cour compte aujourd'hui 125 membres »
bfmtv.com ↗ ↩
« La CPI, qui siège à La Haye »
20minutes.fr ↗ ↩
« Fondée en 2002, la Cour compte aujourd'hui 125 membres »
bfmtv.com ↗ ↩
« Le 21 novembre 2024, la Cour pénale internationale (CPI) a émis un mandat d'arrêt à l'encontre de Benjamin Netanyahou »
hrw.org ↗ ↩
« Les autorités hongroises devraient arrêter le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou »
hrw.org ↗ ↩
« ainsi que contre le ministre israélien de la Défense de l'époque, Yoav Gallant »
hrw.org ↗ ↩
« crimes contre l'humanité et des crimes de guerre présumés commis dans la bande de Gaza depuis le 8 octobre 2023 au moins »
hrw.org ↗ ↩
« a déclaré Alice Autin, chercheuse auprès du programme Justice internationale à Human Rights Watch »
hrw.org ↗ ↩
« Malgré sa décision de quitter la CPI, la Hongrie demeure un État membre et est toujours tenue d'arrêter et de livrer les personnes recherchées par la Cour »
hrw.org ↗ ↩
« En juillet, les juges de la CPI ont constaté que la Hongrie n'avait pas respecté son obligation de coopérer avec la Cour »
hrw.org ↗ ↩
« En avril 2025, Benjamin Netanyahou s'est rendu en Hongrie, mais les autorités hongroises ne l'ont pas arrêté »
hrw.org ↗ ↩
« le ministre de la Défense Kristof Szalay-Bobrovniczky, venu accueillir dans la nuit le dirigeant »
bfmtv.com ↗ ↩
« "Bienvenue à Budapest, Benjamin Netanyahu!", a écrit sur Facebook Kristof Szalay-Bobrovniczky »
tf1info.fr ↗ ↩
« Budapest est allé plus loin en annonçant son retrait de la CPI par le biais du directeur de cabinet de Viktor Orban »
bfmtv.com ↗ ↩
« Viktor Orban l'a lui invité dès la nouvelle de la CPI connue, se disant "choqué par une décision honteuse" »
bfmtv.com ↗ ↩
« affirmant que le mandat n'avait « aucun effet » dans son pays »
euractiv.fr ↗ ↩
« Benjamin Netanyahu a salué la "clarté morale" de la Hongrie »
bfmtv.com ↗ ↩
« La Hongrie a bloqué à plusieurs reprises les résolutions de l'UE appelant à un cessez-le-feu à Gaza »
euractiv.fr ↗ ↩
« Auparavant, la Hongrie de Viktor Orbán servait de refuge diplomatique à Netanyahu au sein de l'Europe. »
diariocarioca.com ↗ ↩
« commente pour l'AFP Moshe Klughaft, consultant et ancien conseiller du dirigeant israélien »
bfmtv.com ↗ ↩
« Israël a fait appel contre cette procédure, dénonçant une décision "antisémite" et des "accusations absurdes" »
tf1info.fr ↗ ↩
« des leaders d'États membres de la CPI, comme la France, l'Allemagne, l'Italie, la Hongrie et la Pologne »
amnesty.org ↗ ↩
« des leaders d'États membres de la CPI, comme la France, l'Allemagne, l'Italie, la Hongrie et la Pologne, ont déclaré ou laissé entendre qu'ils n'arrêteront pas Benjamin Netanyahou »
amnesty.org ↗ ↩
« peut-être par exemple en Allemagne où le futur chancelier Friedrich Merz a garanti qu'il pourrait venir sans être inquiété »
bfmtv.com ↗ ↩
« Depuis sa création en 2002, la CPI a engagé 32 procédures pour des allégations de crimes de guerre »
tf1info.fr ↗ ↩
« Environ 40% d'entre elles sont toujours en cours, parce que les suspects sont toujours en liberté »
tf1info.fr ↗ ↩
« A ce jour, seuls deux États ont claqué la porte, le Burundi et les Philippines »
bfmtv.com ↗ ↩
« il l'avait invité à Budapest le 23 octobre pour le 70e anniversaire du soulèvement contre les Soviétiques de 1956 »
rtbf.be ↗ ↩
Sources
- La Hongrie se retire de la Cour pénale internationale
- Benyamin Nétanyahou arrivé en Hongrie, malgré le mandat d'arrêt de la CPI
- Benjamin Netanyahu en visite en Hongrie malgré le mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale
- La Hongrie exécutera les mandats d’arrêt de la CPI, y compris contre Netanyahou
- Peter Magyar exécutera les mandats d'arrêt de la CPI, y compris contre Netanyahu
- Hongrie : Netanyahou devrait être arrêté s’il se rend dans ce pays
- Hongrie. Les autorités doivent arrêter le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et le remettre à la Cour pénale internationale
- « Nous avons libéré la Hongrie ! » : Péter Magyar, victorieux, met fin à seize ans de règne de Viktor Orban
- Elections législatives en Hongrie : le leader de centre droit Péter Magyar remporte une supermajorité, Viktor Orban reconnaît sa défaite
- Péter Magyar menace d'arrêter Netanyahu en Hongrie