Engrais : un léger répit pour les agriculteurs d’Eauze, mais la tension reste vive

Après une flambée de 20 % en un mois, les prix des engrais azotés marquent une pause relative dans le Gers.

Engrais : un léger répit pour les agriculteurs d’Eauze, mais la tension reste vive
Illustration Hélène Dubos / info.fr

Les exploitants agricoles d'Eauze soufflent légèrement. Les prix des engrais azotés, montés à 500 euros la tonne suite au conflit au Moyen-Orient, montrent des signes de stabilisation. Une accalmie partielle, dans un contexte toujours fragile pour les semis de printemps.

Depuis début avril 2026, les agriculteurs du secteur d’Eauze observent un tassement relatif des cours des engrais azotés. Après une hausse de 20 % en un mois - portant l’azote à environ 500 euros la tonne contre 380 euros en hiver - la flambée semble marquer une pause, selon La France Agricole. La cause de cette envolée : le conflit au Moyen-Orient et le blocus d’Ormuz, qui ont perturbé les chaînes d’approvisionnement mondiales. L’urée seule a progressé de 75 euros par tonne depuis fin février, selon Terre-net.

Dans le Gers, la situation avait atteint un point critique. La Dépêche rapportait mi-avril des témoignages d’agriculteurs craignant de ne pas pouvoir semer, faute de pouvoir absorber le coût des intrants. Le marché français ne couvrait que 60 % des besoins en engrais azotés en avril 2026, selon Agra. À Eauze comme ailleurs dans le département, les exploitations céréalières ont été en première ligne.

Des mesures d’urgence, jugées insuffisantes

Le gouvernement français prépare un « grand plan engrais » comprenant des prêts carburant et des reports de cotisations sociales pour les exploitants en difficulté, selon BFM TV. La ministre de l’Agriculture Annie Genevard a obtenu l’exclusion temporaire des engrais du Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), rétroactive au 1er janvier 2026, ce qui limite mécaniquement la hausse à 7 %, selon l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE).

Mais sur le terrain, ces dispositifs laissent sceptiques. Le « prêt flash » à 3,8 % d’intérêts et l’aide de 4 centimes par litre sur le GNR sont jugés nettement insuffisants par plusieurs organisations agricoles, dans un contexte où le gazole non routier a bondi de 108 % en un an.

Une fenêtre pour les pratiques écologiques ?

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La Commission européenne a assoupli ses règles sur les aides d’État le 13 avril 2026 pour permettre aux États membres d’intervenir. Un plan d’action sur les engrais doit être présenté début mai, visant à réduire la dépendance aux importations russes et à promouvoir des alternatives durables, selon Agra.

Dans ce contexte, certains exploitants regardent vers les aides PAC 2026. L’écorégime de base est fixé à 46,34 euros par hectare, avec un bonus de 93,39 euros pour l’agriculture biologique, selon La France Agricole. Pour une partie des agriculteurs du secteur d’Eauze, cette légère décrue des prix des engrais minéraux constitue une opportunité pour envisager un virage partiel vers des pratiques moins dépendantes des intrants chimiques. Reste à savoir si la stabilisation tiendra au-delà du printemps.

Prochaine étape : la Commission européenne doit présenter son plan d’action sur les engrais début mai 2026.

Sources

Hélène Dubos

Hélène Dubos

Installée à Auch, elle couvre l'agriculture gersoise, le foie gras, les tensions sur l'irrigation et les fermetures de maternités. Diplômée de Sciences Po Grenoble, elle a commencé en radio régionale. Ligne éditoriale : interroger les éleveurs, les associations de consommateurs, les élus, croiser les chiffres de consommation d'eau avant de conclure.

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