Hôpitaux mayennais sans direction stable : l’ARS aussi en vacance de DG

Entre administration provisoire à Laval, intérim à Mayenne et départ du DG de l'ARS, le système hospitalier du département traverse une période de turbulences inédite.

Hôpitaux mayennais sans direction stable : l'ARS aussi en vacance de DG
Illustration Delphine Leclerc / info.fr

Depuis le 29 avril 2026, l'ARS Pays de la Loire est sans directeur général permanent après le départ de Jérôme Jumel. Dans le même temps, les deux principaux hôpitaux mayennais fonctionnent sous direction transitoire. La psychiatrie à Laval a perdu 18 lits en avril.

Depuis le 29 avril 2026, l’ARS Pays de la Loire est sans directeur général permanent après le départ de Jérôme Jumel. Dans le même temps, les deux principaux hôpitaux mayennais fonctionnent sous direction transitoire. La psychiatrie à Laval a perdu 18 lits en avril.

L’essentiel

  • ARS sans DG : Jérôme Jumel a quitté ses fonctions de directeur général de l’ARS Pays de la Loire le 29 avril 2026, à sa demande, selon Hospimedia.
  • Laval sous tutelle : Le CH de Laval est sous administration provisoire depuis le 8 septembre 2025 ; Christophe Kassel en est le troisième administrateur depuis lors, nommé le 1er février 2026 pour six mois.
  • Mayenne en intérim : Christophe Moutel dirige le CH du Nord-Mayenne par intérim depuis le 1er avril 2026, après Alexandre Morand.
  • 18 lits perdus en psychiatrie : Une aile du service psychiatrique du CH de Laval a fermé le 24 avril 2026, portant à 58 le nombre de lits supprimés depuis 2020.
  • Densité médicale faible : Selon l’INSEE, la Mayenne compte 595 médecins pour 100 000 habitants au 1er janvier 2025, sous la moyenne nationale.

Un départ de plus au sommet de l’ARS

Jérôme Jumel a quitté la direction générale de l’ARS Pays de la Loire le 29 avril 2026. Son départ, à sa propre demande, est confirmé par Hospimedia et acté au Journal officiel. L’agence, qui supervise l’ensemble de l’offre de soins régionale dont la Mayenne, se retrouve sans pilote permanent à un moment particulièrement délicat.

Ce n’est pas le premier à-coup à la tête de l’ARS sur ce dossier. En février 2025, l’agence avait déjà pris une décision lourde de conséquences : elle avait préconisé de ne pas renouveler les directeurs des trois principaux hôpitaux mayennais - Laval, Mayenne et Château-Gontier - en réponse à la crise des urgences qui secouait le département, selon APMnews et la Société française de médecine d’urgence. Cette décision a enclenché une cascade de transitions directionnelles.

Laval : troisième administrateur en moins d’un an

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Le Centre hospitalier de Laval est placé sous administration provisoire depuis le 8 septembre 2025. Hubert de Beauchamp avait d’abord pris les rênes, avant d’être remplacé par Christophe Kassel, officiellement nommé le 1er février 2026 selon le bulletin officiel du ministère chargé des affaires sociales.

Sa mission est fixée pour six mois, soit jusqu’à l’automne 2026. L’objectif affiché est de consolider la gouvernance d’un établissement aux finances fragilisées : le CH de Laval affichait un déficit de 13 millions d’euros en 2024.

Cette instabilité au sommet a des effets directs sur les soins. Le 24 avril 2026, une aile du service de psychiatrie adulte a fermé ses portes. Cause : le départ des deux derniers médecins psychiatres en poste. Dix-huit lits ont disparu d’un coup, selon Ouest-France. La direction de l’hôpital a réagi publiquement, jugeant la situation « insuffisante mais mieux que rien », comme le rapporte France Bleu Mayenne.

Le bilan cumulé depuis 2020 est lourd : 58 lits en psychiatrie supprimés au total au CH de Laval. En novembre 2025, des associations avaient symboliquement planté 58 croix en bois devant la mairie de Laval pour dénoncer ces fermetures successives, selon Ouest-France.

Au Nord-Mayenne, un autre intérim

Le Centre hospitalier du Nord-Mayenne n’est pas épargné. Christophe Moutel y assure la direction par intérim depuis le 1er avril 2026, remplaçant Alexandre Morand, selon Le Courrier de la Mayenne et Ouest-France. L’établissement doit gérer plusieurs dossiers en parallèle, dont des travaux en cours aux urgences, sans direction titulaire.

Cette situation n’est pas sans rappeler d’autres crises hospitalières récentes dans d’autres régions. À Cabestany, près de Perpignan, le Médipôle Saint-Roch a connu une grève d’une semaine, illustrant comment l’instabilité de gouvernance peut rapidement déborder sur les personnels et les patients.

Contexte dans la Mayenne

Le département de la Mayenne compte environ 310 000 habitants. C’est un territoire rural, avec une offre de soins structurellement tendue. Selon l’INSEE, la densité médicale y est de 595 médecins pour 100 000 habitants au 1er janvier 2025 - toutes spécialités confondues, la densité tombe à 196, inférieure à la moyenne nationale.

Les données sur les capacités hospitalières publiques montrent une relative stabilité en volume : 752 lits et places en 2020, 761 en 2023, selon l’INSEE et la DREES. Mais cette légère augmentation en court séjour masque des tensions dans des secteurs spécifiques comme la psychiatrie, où les fermetures s’accumulent.

La Mayenne est aussi un département sans CHU. L’ARS Pays de la Loire reste donc l’interlocuteur régulateur central pour des établissements qui n’ont pas, à proximité, de structure universitaire capable d’amortir les chocs. L’absence prolongée de DG à l’ARS fragilise cette chaîne de régulation au moment précis où les hôpitaux locaux auraient besoin d’un appui institutionnel solide.

L’association Audace 53, qui suit les questions de santé dans le département, a publiquement alerté sur cette situation, estimant que la Mayenne est « en grande difficulté au niveau de la santé et semble un peu abandonnée à son sort ».

Une crise systémique, pas conjoncturelle

La superposition des vacances de postes - DG de l’ARS, administrateur provisoire à Laval, directeur par intérim à Mayenne - n’est pas le fruit du hasard. Elle découle d’une décision prise il y a plus d’un an : le non-renouvellement des directeurs des trois hôpitaux principaux sur injonction de l’ARS elle-même, dans un contexte de crise des urgences.

Cette chaîne de décisions a produit une situation paradoxale : l’autorité qui avait ordonné les changements est elle-même aujourd’hui sans chef. Les établissements qui devaient être redressés fonctionnent sous des directions temporaires dont les mandats sont comptés en mois.

Le déficit de 13 millions d’euros du CH de Laval en 2024, la perte de 58 lits en psychiatrie depuis 2020, et une densité médicale sous la moyenne nationale forment un tableau qui dépasse la simple question des nominations.

Prochaine étape

L’administration provisoire de Christophe Kassel au CH de Laval doit s’achever à l’automne 2026. La nomination d’un DG permanent à l’ARS Pays de la Loire reste à confirmer par les autorités sanitaires nationales.

Sources

Delphine Leclerc

Delphine Leclerc

Delphine est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Mayenne (53), avec Laval pour chef-lieu. Spécialité du département : siege Lactalis (Laval) et Laval Virtual (RV). Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Pays de la Loire.

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