Grève d’une semaine à Médipôle Saint-Roch : la direction sous pression, les services impactés

À Cabestany, 70% des salariés de la clinique privée restent mobilisés au septième jour, sans accord en vue avec la direction du groupe Elsan.

Grève d'une semaine à Médipôle Saint-Roch : la direction sous pression, les services impactés
Illustration Jordi Serrat / info.fr

La grève illimitée déclenchée le 24 avril 2026 à la clinique Médipôle Saint-Roch de Cabestany, près de Perpignan, se poursuit sans issue visible. Au 30 avril, 70% des salariés sont en grève. Le service minimum est maintenu aux urgences, aux blocs opératoires et en hospitalisation.

La clinique privée Médipôle Saint-Roch de Cabestany, dans les Pyrénées-Orientales, est au cœur d’un conflit social qui dure depuis sept jours. Environ 250 salariés sur 660 - soit plus de 60% de l’effectif - ont débrayé le 24 avril 2026 au matin. Au 30 avril, le taux de grévistes atteint 70%, selon L’Indépendant. Les négociations du 27 avril n’ont rien produit.

L’essentiel

  • Grève depuis le 24 avril 2026 : mouvement illimité à la clinique Médipôle Saint-Roch de Cabestany, reconduit chaque jour.
  • 70% de grévistes : environ 250 salariés sur 660 mobilisés au 30 avril, soutenus par la CGT et la CFDT.
  • Prime de 1 500 euros supprimée : la suppression de la prime d’intéressement annuelle par le groupe Elsan est la revendication centrale.
  • Plan « hôpital en tension » niveau 1 : déclenché le 28 avril au Centre Hospitalier de Perpignan, urgences saturées.
  • Manifestation du 29 avril : plusieurs centaines de salariés des cliniques Médipôle et Saint-Pierre ont défilé entre Cabestany et Perpignan.

Suppression d’une prime, dégradation des conditions : le terreau du conflit

Le déclencheur est net : le groupe Elsan, propriétaire de Médipôle Saint-Roch et de la clinique Saint-Pierre de Perpignan, a supprimé la prime d’intéressement versée aux salariés. Selon L’Indépendant et France 3, cette prime représente jusqu’à 1 500 euros par an. Pour beaucoup de soignants et agents, c’est une part non négligeable du budget mensuel.

« Les primes, c’est avec ça qu’on vit à la fin du mois », résume un salarié cité par L’Indépendant. Les syndicats CGT et CFDT portent également des revendications sur les conditions de travail, jugées dégradées depuis deux ans. Selon L’Indépendant, l’établissement a connu trois changements de directeurs en un an - instabilité managériale qui alimente les tensions.

Un paradoxe mis en avant par les grévistes : le chiffre d’affaires de Médipôle Saint-Roch a progressé de 4,9% entre 2024 et 2025, toujours selon la direction citée par L’Indépendant. La suppression de la prime intervient donc dans un contexte de croissance de l’activité, ce que les organisations syndicales jugent contradictoire.

Un mouvement qui s’étend à Saint-Pierre dès le premier soir

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Le mouvement n’est pas resté cantonné à Cabestany. Dès le 24 avril en soirée, la clinique Saint-Pierre de Perpignan - également dans le giron d’Elsan - a rejoint la grève, selon L’Indépendant et France Bleu Roussillon. Les deux établissements constituent désormais un front commun.

Le 29 avril, plusieurs centaines de salariés des deux sites ont manifesté entre Cabestany et Perpignan. France 3 Occitanie rapporte des slogans comme « On lâche rien ». La Polyclinique Méditerranée de Perpignan a, elle aussi, exprimé son soutien au mouvement, selon L’Indépendant.

Services impactés : le Centre Hospitalier de Perpignan en tension

Dès le premier jour, le directeur de Médipôle Saint-Roch a alerté : le service minimum a été déclenché aux urgences, aux blocs opératoires et en hospitalisation. Les activités chirurgicales programmées ont été réduites.

La conséquence directe s’est fait sentir à l’hôpital public. Le 28 avril, le Centre Hospitalier de Perpignan a déclenché le plan « hôpital en tension » niveau 1, ses urgences se retrouvant saturées par le report des patients des cliniques privées, selon Actu.fr. Ce plan permet notamment de mobiliser des personnels supplémentaires et de déprogrammer des actes non urgents.

Pour les patients du secteur, l’impact est concret : délais allongés, transferts vers le public, opérations reportées. La mobilisation dans les services publics n’est pas propre aux Pyrénées-Orientales en ce printemps 2026, mais la simultanéité de deux cliniques privées en grève dans la même agglomération reste inhabituelle.

La direction entre discours d’ouverture et blocage réel

Le directeur de Médipôle Saint-Roch, Valéry Folcher, a pris la parole le 29 avril. Il « réaffirme sa volonté de poursuivre un dialogue social constructif et apaisé », selon L’Indépendant. Mais les négociations du 27 avril n’ont pas abouti à un accord.

Du côté des grévistes, la posture de la direction est lue différemment. Le titre choisi par L’Indépendant pour son article du 30 avril - « Ils jouent la montre en attendant que l’on se désespère » - résume le sentiment côté syndical. Sept jours sans accord, avec une reconduction quotidienne du mouvement, illustrent l’écart persistant entre les deux parties.

Contexte dans les Pyrénées-Orientales

Les Pyrénées-Orientales disposent d’une offre hospitalière mixte, avec le Centre Hospitalier de Perpignan comme pivot public et plusieurs cliniques privées dans l’agglomération. Médipôle Saint-Roch à Cabestany et Saint-Pierre à Perpignan sont les deux principaux établissements privés du groupe Elsan dans ce bassin de santé.

Ce n’est pas la première fois que Médipôle Saint-Roch est le théâtre d’un conflit social sur les primes. En mars 2021, un mouvement de grève avait déjà ciblé une baisse de la prime d’intéressement, dans un contexte de rentabilité jugée satisfaisante par les syndicats, selon Actu.fr. Cinq ans plus tard, le même motif revient, dans un contexte de turnover managérial accentué.

La saturation du Centre Hospitalier de Perpignan en période de grève des cliniques privées soulève une question structurelle sur la complémentarité - ou l’interdépendance - des secteurs public et privé dans la prise en charge des urgences et des soins programmés dans le département.

Une semaine sans débouché visible

Au septième jour, aucune date de reprise de négociation n’a été annoncée publiquement. La grève est reconduite chaque matin. Les grévistes maintiennent une pression forte, avec 70% de participation à Médipôle Saint-Roch. La direction continue d’afficher une posture d’ouverture sans proposer, à ce stade, de concession concrète sur la prime.

Le groupe Elsan, dont les établissements perpignanais représentent une part de son réseau national, n’a pas communiqué publiquement sur le fond du différend à la date du 30 avril 2026. La prochaine étape du conflit dépendra d’une initiative - ou de son absence - de l’une ou l’autre des parties.

Sources

Jordi Serrat

Jordi Serrat

Jordi est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Pyrénées-Orientales (66), avec Perpignan pour chef-lieu. Spécialité du département : identite catalane française et AOC banyuls. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Occitanie.

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