Grève des avocats de Tours : audience publique et mobilisation maintenue contre la loi SURE
Le barreau de Tours poursuit sa grève perlée contre le plaider-coupable criminel de Gérald Darmanin, avec une quarantaine de robes noires rassemblées le 29 avril devant le palais de justice.
Les avocats du barreau de Tours tiennent la distance. Depuis le 1er avril 2026, ils observent une grève perlée d'une journée par semaine contre le projet de loi SURE porté par Gérald Darmanin. Le 29 avril, une quarantaine d'entre eux ont organisé une audience publique devant le palais de justice de Tours pour maintenir la pression sur le législateur.
Les avocats du barreau de Tours tiennent la distance. Depuis le 1er avril 2026, ils observent une grève perlée d’une journée par semaine contre le projet de loi SURE porté par Gérald Darmanin. Le 29 avril, une quarantaine d’entre eux ont organisé une audience publique devant le palais de justice de Tours pour maintenir la pression sur le législateur.
L’essentiel
- Grève lancée le 1er avril 2026 : le barreau de Tours observe une journée de grève par semaine contre le projet de loi SURE sur la justice criminelle.
- 29 avril : une quarantaine d’avocats tourangeaux rassemblés devant le palais de justice pour une audience publique de protestation.
- 13 avril : journée nationale « justice morte » avec des milliers d’avocats mobilisés dans plusieurs villes de France.
- 14 avril : le Sénat adopte la loi SURE par 219 voix contre 111 ; le texte doit encore passer à l’Assemblée nationale avant l’été.
- 16 avril : la Conférence des bâtonniers reconduit la grève avec 74 % des voix.
Une grève perlée qui dure depuis un mois
Le barreau de Tours n’a pas levé le pied. Depuis le 1er avril 2026, les avocats d’Indre-et-Loire cessent le travail une journée par semaine. Le format dit « perlé » vise à inscrire la contestation dans la durée sans paralyser définitivement les juridictions, selon La Nouvelle République. La cible : le projet de loi SURE, acronyme du texte porté par le garde des Sceaux Gérald Darmanin, qui introduit notamment un mécanisme de plaider-coupable pour les affaires criminelles.
Ce dispositif entend désengorger des tribunaux saturés. Selon des données rapportées par La Croix et Le Monde, près de 6 000 affaires criminelles seraient en attente, avec des délais de jugement atteignant six à huit ans. Le gouvernement présente la mesure comme un outil de gestion des flux. Les avocats y voient une atteinte aux droits de la défense et à la présomption d’innocence dans les affaires les plus graves.
Une audience publique pour « maintenir la pression »
Le 29 avril au matin, une quarantaine de robes noires se sont réunies devant le palais de justice de Tours. Le format retenu - une audience publique - illustre la volonté du barreau de pédagogie autant que de protestation. Il s’agit d’exposer aux passants et aux justiciables les raisons du conflit, selon La Nouvelle République et France Bleu Touraine.
Le nouveau bâtonnier de Paris, Me Louis Degos, dont la position est relayée par Le Parisien, résume l’état d’esprit de la profession à l’échelle nationale :
À Tours, la mobilisation s’inscrit dans ce même registre : opposition de principe à une réforme jugée incompatible avec les garanties du procès pénal.
La loi SURE : ce qui est contesté
Le texte, examiné au Sénat le 13 avril 2026 - jour de la grande journée nationale « justice morte » - , a été adopté le 14 avril par 219 voix contre 111. Il doit encore être débattu à l’Assemblée nationale avant l’été 2026, selon les données publiées sur le site du cabinet Minier avocat et corroborées par Le Monde.
Le plaider-coupable criminel est la mesure la plus contestée. Dans le droit actuel, cette procédure - la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité - est réservée aux délits. L’étendre aux crimes constitue, selon les avocats, un changement de nature du procès pénal. La surpopulation carcérale et l’engorgement des tribunaux sont des réalités documentées, mais les professionnels du droit contestent le remède proposé.
Une mobilisation nationale coordonnée
Tours n’est pas un cas isolé. Le 13 avril 2026, des milliers d’avocats ont observé la journée « justice morte » dans plusieurs villes, dont Paris, selon Le Monde. Le mouvement est piloté nationalement par la Conférence des bâtonniers, qui a reconduit la grève le 16 avril avec 74 % des voix favorables, selon France Info.
Une assemblée générale est prévue le 19 mai 2026 au barreau de Bordeaux pour évaluer la poursuite du mouvement, selon le barreau de Bordeaux. C’est à cette réunion que les représentants des barreaux provinciaux, dont potentiellement Tours, décideront des suites à donner.
La profession n’en est pas à son premier bras de fer avec le législateur. En 2020, les avocats avaient mené une grève prolongée contre la réforme des retraites, perturbant les tribunaux français pendant plusieurs semaines, selon Le Monde et Les Échos. Ce précédent pèse dans la mémoire collective des juridictions.
Contexte en Indre-et-Loire
Le barreau de Tours regroupe un nombre significatif de professionnels pour un département de taille intermédiaire. Au 1er janvier 2017, l’Indre-et-Loire comptait 284 avocats pour 615 000 habitants, soit 46,1 avocats pour 100 000 habitants, selon les statistiques du ministère de la Justice. Ce chiffre date de neuf ans et a probablement évolué, mais il donne la mesure du tissu judiciaire local.
Le palais de justice de Tours est la juridiction centrale du département. Une grève perlée d’une journée hebdomadaire y génère des reports d’audiences, des renvois, et un allongement des délais pour les justiciables déjà confrontés à des calendriers tendus. L’impact concret de la mobilisation sur les affaires en cours n’a pas été chiffré publiquement à ce stade par la juridiction.
L’Indre-et-Loire dispose d’un tribunal judiciaire à Tours et d’un conseil de prud’hommes. La cour d’assises, précisément la juridiction visée par la réforme du plaider-coupable criminel, tient ses sessions à Tours. C’est donc directement sur ce prétoire que les avocats locaux projettent les conséquences de la loi SURE. Des perturbations dans les services publics d’une autre nature ont également marqué la région ces dernières semaines, illustrant un contexte social et institutionnel sous tension.
Un calendrier législatif sous surveillance
Le passage du texte à l’Assemblée nationale reste la prochaine étape décisive. Aucune date précise de lecture n’a été communiquée publiquement à ce stade, mais le gouvernement a indiqué vouloir finaliser le processus avant l’été 2026. Les avocats, eux, conditionnent toute reprise normale des audiences à un retrait ou une modification substantielle des dispositions contestées.
L’assemblée générale du 19 mai à Bordeaux fixera probablement le tempo des prochaines semaines pour l’ensemble des barreaux de province, Tours inclus.
Sources
- La Nouvelle République : Réforme de la justice criminelle : à Tours, les avocats maintiennent la pression
- La Nouvelle République : Pourquoi les avocats du barreau de Tours se mettent en grève totale
- France Bleu Touraine : Photos : manifestation des avocats à Tours contre la réforme de la justice
- Le Monde : Réforme de la justice : des centaines d'avocats mobilisés en France contre le plaider-coupable criminel