Ce mercredi 19 novembre 2025 marque la 13e édition de la Journée mondiale des toilettes, instituée par les Nations Unies en 2013. Derrière l'apparente trivialité du sujet se cache une urgence sanitaire mondiale : selon l'Organisation mondiale de la santé, 3,5 milliards de personnes vivent encore sans accès à des installations d'assainissement adéquates. Une réalité qui provoque chaque année des centaines de milliers de décès, notamment chez les enfants de moins de cinq ans.
L'essentiel
- 3,5 milliards de personnes n'ont pas accès à des toilettes sûres en 2025, soit près de la moitié de l'humanité selon l'ONU
- Le manque d'assainissement provoque 432 000 décès par an, dont 297 000 enfants de moins de cinq ans selon l'OMS
- La Journée mondiale des toilettes, créée en 2013, vise à briser le tabou autour d'un enjeu sanitaire majeur souvent ignoré
- Chaque dollar investi dans l'assainissement génère un retour économique de 4,3 dollars grâce à la réduction des coûts de santé
- L'objectif d'accès universel à l'assainissement d'ici 2030 nécessite 114 milliards de dollars d'investissement annuel, largement sous-financés
Dans le calendrier des journées mondiales établi par les Nations Unies, celle du 19 novembre détonne par son sujet. Pourtant, la Journée mondiale des toilettes, loin d’être anecdotique, soulève un enjeu de santé publique majeur qui touche près de la moitié de l’humanité. Instituée officiellement en 2013 par l’Assemblée générale de l’ONU, cette journée vise à briser le tabou autour d’un besoin physiologique universel et à mobiliser l’opinion publique sur une crise sanitaire silencieuse mais dévastatrice.
Comme le rappelle le site officiel des Nations Unies, l’objectif de développement durable numéro 6 prévoit un accès universel à l’assainissement d’ici 2030. Mais à mi-parcours, les chiffres restent alarmants : 3,5 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à des toilettes gérées en toute sécurité, et 419 millions pratiquent encore la défécation à l’air libre, principalement en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud.
Vue satellite : une crise sanitaire aux dimensions planétaires
L’ampleur du problème dépasse largement ce que suggère l’expression « journée mondiale des toilettes ». Selon l’Organisation mondiale de la santé, le manque d’assainissement provoque chaque année environ 432 000 décès par diarrhée, dont 297 000 enfants de moins de cinq ans. Ces maladies hydriques, directement liées à l’absence d’installations sanitaires, représentent la deuxième cause de mortalité infantile dans le monde après les infections respiratoires.
La situation s’inscrit dans un contexte où les journées internationales se multiplient. Comme l’illustrent les exemples récents de la Journée mondiale de la langue luxembourgeoise célébrée le 26 septembre 2025, ou encore la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars, le calendrier onusien compte désormais plus de 140 journées mondiales officielles. Mais celle des toilettes se distingue par son impact direct sur la survie de milliards d’êtres humains.
Les données de l’UNICEF révèlent qu’en 2025, une personne sur quatre dans le monde n’a pas accès à de l’eau potable à domicile, et près de 50 % de la population mondiale manque d’installations sanitaires sûres. Cette situation génère un cercle vicieux : les maladies liées au manque d’hygiène entraînent des coûts économiques estimés à 260 milliards de dollars par an dans les pays en développement, soit 1,5 % de leur PIB cumulé.
Vue aérienne : les acteurs mobilisés pour l’assainissement
La Journée mondiale des toilettes trouve son origine dans l’initiative de Jack Sim, entrepreneur social singapourien qui fonda en 2001 la World Toilet Organization. Conscient du tabou entourant le sujet, il choisit délibérément un nom provocateur pour son organisation, jouant sur l’acronyme WTO qui rappelle celui de l’Organisation mondiale du commerce. Sa stratégie : utiliser l’humour et la provocation pour attirer l’attention sur un sujet dont personne ne veut parler.
Douze ans plus tard, en 2013, les Nations Unies officialisent cette journée par la résolution 67/291 de l’Assemblée générale. Comme pour la Journée mondiale d’information sur le développement créée en 1972, l’objectif est de mobiliser l’opinion publique mondiale sur un enjeu de développement crucial. La différence : le sujet des toilettes reste infiniment plus difficile à aborder dans l’espace public.
« L’amélioration de la diffusion de l’information et de la mobilisation de l’opinion publique, notamment auprès des jeunes, conduirait à une plus grande prise de conscience des problèmes de développement », rappelle le principe fondateur des journées mondiales selon les Nations Unies.
Aujourd’hui, de nombreuses organisations internationales se sont emparées du sujet : l’OMS, l’UNICEF, la Banque mondiale, mais aussi des ONG comme WaterAid, Toilets for People ou encore la fondation Bill & Melinda Gates, qui a investi plus de 200 millions de dollars depuis 2011 dans la recherche sur les toilettes du futur, adaptées aux contextes sans réseau d’égouts ni accès à l’eau courante.
Vue terrain : des initiatives concrètes aux quatre coins du monde
Sur le terrain, la Journée mondiale des toilettes 2025 donne lieu à des centaines d’événements de sensibilisation. En Inde, où le programme Swachh Bharat (« Inde propre ») lancé en 2014 a permis la construction de 110 millions de toilettes en zones rurales, des campagnes de sensibilisation se déploient dans les écoles. Le gouvernement indien revendique avoir mis fin à la défécation à l’air libre pour 600 millions de personnes en une décennie, même si des organisations indépendantes nuancent ces chiffres.
En Afrique subsaharienne, où le taux d’accès à l’assainissement de base ne dépasse pas 28 % selon la Banque africaine de développement, des projets pilotes testent des solutions low-cost : toilettes à compost, systèmes de biodigesteurs transformant les déchets en biogaz, ou encore toilettes sèches nécessitant moins d’un litre d’eau par utilisation contre 6 à 9 litres pour des toilettes conventionnelles.
Dans les pays développés, la journée prend une dimension différente. En France, des associations comme la Fondation Abbé Pierre profitent de cette date pour rappeler que 4 millions de personnes sont mal logées, dont des milliers sans accès à des sanitaires décents. À Paris, plusieurs centaines de sans-abri n’ont accès qu’à une cinquantaine de toilettes publiques ouvertes 24h/24, soit un ratio d’une toilette pour 200 personnes dans la rue.
Vue micro : quand le tabou tue
L’impact du manque d’assainissement se mesure aussi dans des détails qui échappent aux grandes statistiques. En Inde rurale, des études sociologiques ont montré que les jeunes filles manquent en moyenne 5 jours d’école par mois faute de toilettes adaptées pendant leurs menstruations. Au Bangladesh, 37 % des femmes attendent la nuit pour se soulager à l’extérieur, s’exposant à des risques d’agressions et de morsures de serpents.
Les conséquences vont au-delà de la santé physique. Selon la Banque mondiale, le manque d’accès à des toilettes décentes affecte la dignité humaine, renforce les inégalités de genre et freine le développement économique. Dans les bidonvilles urbains d’Afrique et d’Asie, où une toilette publique peut être partagée par plus de 100 personnes, les files d’attente peuvent durer des heures, empiétant sur le temps de travail ou de scolarité.
« Le développement durable ne peut se faire sans aborder frontalement la question de l’assainissement, aussi inconfortable soit-elle », affirme le Programme des Nations Unies pour le développement dans son rapport 2024 sur les objectifs de développement durable.
L’innovation technologique apporte des solutions inattendues. Des toilettes autonomes fonctionnant à l’énergie solaire, capables de traiter les déchets sur place et de produire de l’eau potable, sont testées au Kenya et au Sénégal. En Suisse, des chercheurs de l’EPFL ont développé un système de toilettes produisant de l’électricité à partir des déchets humains, générant suffisamment d’énergie pour recharger un téléphone portable.
Vue 360° : les enjeux multiples d’une révolution sanitaire
Au-delà de la santé publique, l’accès universel à l’assainissement représente un défi environnemental majeur. Les eaux usées non traitées contaminent les nappes phréatiques, les rivières et les océans. Selon le Programme des Nations Unies pour l’environnement, 80 % des eaux usées mondiales sont rejetées dans l’environnement sans traitement adéquat, contribuant à la pollution des écosystèmes aquatiques et à la propagation de bactéries résistantes aux antibiotiques.
L’enjeu économique est tout aussi considérable. Pour chaque dollar investi dans l’assainissement, le retour économique est estimé à 4,3 dollars selon l’OMS, grâce à la réduction des coûts de santé, l’augmentation de la productivité et le développement du tourisme. Pourtant, l’assainissement ne reçoit que 4 % de l’aide internationale consacrée à l’eau et à l’hygiène, bien loin des besoins estimés à 114 milliards de dollars par an pour atteindre l’objectif 2030.
La dimension culturelle ne peut être ignorée. Dans de nombreuses sociétés, parler de toilettes reste un tabou profondément ancré. Cette pudeur excessive freine les campagnes de sensibilisation et l’adoption de bonnes pratiques d’hygiène. C’est précisément ce mur du silence que la Journée mondiale des toilettes cherche à briser, en normalisant les conversations autour d’un besoin universel qui concerne chaque être humain plusieurs fois par jour.
Alors que le calendrier international compte désormais des journées pour célébrer des sujets aussi variés que Superman ou le sport scolaire, celle consacrée aux toilettes rappelle qu’une journée mondiale n’a de sens que si elle met en lumière un enjeu réel et mobilise pour le changement. Avec 3,5 milliards de personnes encore privées d’assainissement décent en 2025, l’objectif d’accès universel pour 2030 semble hors d’atteinte. La question n’est plus de savoir s’il existe une journée mondiale des toilettes, mais si le monde saura enfin transformer cette sensibilisation annuelle en actions concrètes et durables. Car comme le résume brutalement l’OMS : le manque de toilettes tue plus que le terrorisme, les catastrophes naturelles et les conflits armés réunis.
Sources
- Nations Unies (19 novembre 2025)
- Organisation mondiale de la santé (2025)
- UNICEF (2025)
- Banque mondiale (2024)
- Programme des Nations Unies pour le développement (2024)