L’Île-Rousse : les commerçants tournent le dos aux plastiques à usage unique

Depuis avril 2026, les enseignes de la ville portuaire s'engagent à bannir les plastiques jetables, portées par une dynamique municipale et européenne.

L'Île-Rousse : les commerçants tournent le dos aux plastiques à usage unique
Illustration Lisandru Marchetti / info.fr

À L'Île-Rousse, en Haute-Corse, des commerçants locaux ont décidé de boycotter les plastiques à usage unique dès ce printemps 2026. Une démarche qui s'appuie sur le projet municipal Plastron et s'inscrit dans les obligations de la loi AGEC. Elle vise aussi à attirer une clientèle touristique de plus en plus sensible à l'éco-responsabilité.

La scène est banale en apparence : sacs en tissu, contenants réutilisables, emballages papier. Mais derrière ce changement visible dans les épiceries, boulangeries et boutiques de L’Île-Rousse, il y a une démarche collective. Depuis avril 2026, plusieurs commerçants de la ville ont formalisé leur rupture avec les plastiques à usage unique.

Un ancrage municipal avec le projet Plastron

Cette initiative s’appuie sur un engagement municipal concret. La ville participe depuis 2025 au projet Plastron, un programme de récupération et de recyclage des plastiques marins mené en partenariat avec des acteurs européens. Selon la mairie de L’Île-Rousse, ce projet bénéficie d’un budget de 335 000 €, financé en partie par des fonds européens.

Le lien entre les commerces de centre-ville et la mer n’est pas symbolique : L’Île-Rousse est une ville portuaire. Les déchets plastiques produits à terre finissent souvent en mer. Réduire à la source, c’est aussi protéger le littoral - et l’image de la destination.

La loi AGEC en toile de fond

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Le cadre légal pousse dans le même sens. La loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire (AGEC), adoptée en 2020, impose une réduction de 20 % des emballages plastiques à usage unique d’ici fin 2025, dont au moins la moitié via réemploi ou réutilisation. Depuis le 1er janvier 2026, la vente de cosmétiques rincés contenant des microplastiques - shampoings, gels douche - est interdite, selon le ministère de l’Écologie.

En février 2026, à l’occasion des six ans de la loi, des ONG avaient alerté sur une offensive des lobbies industriels pour affaiblir ces interdictions. Le Sénat a finalement maintenu les acquis lors de l’examen du texte d’adaptation au droit européen, selon WECF France et Innovation24.

Un argument touristique assumé

L’enjeu est aussi économique. La ville mise sur une clientèle éco-responsable, de plus en plus présente dans les stations balnéaires corses. Afficher une démarche zéro plastique peut peser dans le choix d’une destination, en particulier hors saison.

À l’échelle régionale, l’Assemblée de Corse a rapporté en 2025 la sensibilisation de 179 entreprises et collectivités aux enjeux énergétiques et environnementaux via le programme Seize. La CCI de Corse a, de son côté, présenté un plan d’actions pour la transition écologique comprenant 28 axes prioritaires, dont la réduction des déchets plastiques.

Un précédent national qui donne la mesure

Pour mesurer le chemin parcouru : en 2013, 600 millions de sacs plastiques étaient distribués chaque année en France. Depuis 2017, cette pratique a quasiment disparu, y compris pour l’emballage de fruits et légumes. Le boycott des commerçants de L’Île-Rousse s’inscrit dans cette continuité - à l’échelle d’une ville de Corse qui a choisi d’anticiper plutôt que de subir.

Sources

Lisandru Marchetti

Lisandru Marchetti

Correspondant à Ajaccio, suit la politique insulaire, les tensions nationalistes, le tourisme estival et les chantiers routiers. Diplômé de l'IUT info-com de Corte, il a grandi dans le Sartenais et connaît les clans locaux. Principe : ne jamais céder aux pressions, vérifier les marchés publics, interroger élus et militants, croiser les sources avant de conclure.

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