Isère : enquête après deux sabotages revendiqués contre Dassault, STMicro et Soitec
Une tentative de sciage de pylônes à Froges et un incendie d'armoire fibre à Meylan visent des fleurons industriels de la région grenobloise.
En juin, deux actes de sabotage ont été revendiqués en Isère par la mouvance libertaire. Une enquête a été ouverte par le parquet de Grenoble, confiée à la section de recherches de la gendarmerie.
L’essentiel
- Fait 1 : Tentative de sabotage par sciage de deux pylônes électriques à Froges, revendiquée le 5 juin 2026.
- Fait 2 : Incendie criminel d’une armoire de fibre optique desservant Dassault Systèmes à Meylan dans la nuit du 18 au 19 juin 2026.
- Fait 3 : Le parquet de Grenoble a confié l’enquête à la section de recherches de la gendarmerie. Aucune interpellation à ce stade.
Deux actes en juin
Deux actions de sabotage ont été perpétrées en Isère au mois de juin 2026, toutes deux revendiquées par la mouvance libertaire. La première, annoncée le 5 juin, concerne une tentative de sciage de deux pylônes électriques à Froges, en vallée du Grésivaudan. Selon le média local TG+, les bases des pylônes ont été entaillées, mais les structures sont restées debout. L’opération visait à couper l’alimentation électrique des sites de STMicroelectronics à Crolles et de Soitec à Bernin. Les auteurs ont signé leur action sous le slogan « De l’eau et des étoiles, pas des puces et du nucléaire ! ».
Le second acte a eu lieu dans la nuit du 18 au 19 juin à Meylan. Une armoire de fibre optique située au niveau du bâtiment « Le Signal », qui abrite les locaux de Dassault Systèmes, a été détruite par un incendie volontaire. Le feu a entièrement consumé l’équipement de télécommunications, sans faire de blessé. Un acte similaire avait récemment été signalé à Troyes, dans un contexte différent. Les auteurs ont justifié cette action en protestation contre le salon de l’armement Eurosatory, qui se tenait à Villepinte en juin, et auquel Dassault Systèmes est lié via ses activités de défense.
Des cibles stratégiques
Les trois entreprises visées sont des acteurs majeurs du tissu industriel grenoblois. STMicroelectronics et Soitec sont spécialisées dans les semi-conducteurs, une filière clé pour le département. Leur site de Crolles et Bernin emploient plusieurs milliers de personnes et sont considérés comme stratégiques au niveau national. Dassault Systèmes, pour sa part, développe des logiciels de simulation utilisés dans l’aéronautique et la défense. Le bâtiment « Le Signal » à Meylan est l’un de ses sites en région Auvergne-Rhône-Alpes
Les revendications publiées en ligne mentionnent des motivations antimilitaristes et écologistes. Les auteurs dénoncent la participation de ces entreprises à l’industrie de l’armement et leur impact environnemental.
Contexte dans l’Isère
L’Isère, et plus particulièrement la métropole grenobloise, concentre un grand nombre d’entreprises de haute technologie, dans les secteurs de la microélectronique, du logiciel et de l’énergie. Cette densité industrielle en fait une cible régulière pour les actions contestataires radicales. Alors que l’été 2026 est marqué par plusieurs événements majeurs, la vigilance reste accrue sur les sites sensibles. En avril 2022, le réseau électrique alimentant STMicroelectronics et Soitec avait déjà été visé par un incendie volontaire, rappelle TG+.
La mouvance libertaire, active dans la région, a réitéré ses actions en juin avec ces deux opérations revendiquées. Les messages postés sur internet précisent que les dégâts matériels sont restés limités, conformément à une volonté affichée de ne pas mettre en danger des vies humaines.
Enquête en cours
Le parquet de Grenoble a ouvert une information judiciaire et confié les investigations à la section de recherches de la gendarmerie. Les techniciens en identification criminelle ont procédé aux relevés sur les deux sites. Aucune interpellation n’a eu lieu à ce jour, selon les sources proches de l’enquête. Les enquêteurs cherchent à identifier les auteurs en exploitant les traces ADN, les vidéosurveillances et les revendications en ligne.
Les entreprises concernées n’ont pas souhaité s’exprimer publiquement, renvoyant vers les autorités judiciaires. Le préfet de l’Isère a indiqué que la sécurité des sites sensibles du département serait renforcée.
Les investigations se poursuivent pour déterminer si ces deux actes sont liés à la même mouvance ou à des groupes distincts.