Issoudun : une seule interne en médecine, les élus parlent de « frustration énorme »
Au Centre Hospitalier de la Tour Blanche, le nombre d'internes est passé de cinq à un seul en un an, ravivant les inquiétudes sur le désert médical dans l'Indre.
Lors de la conférence de presse du 4 mai 2026, le Centre Hospitalier de la Tour Blanche d'Issoudun n'a accueilli qu'une seule interne en médecine générale pour le nouveau semestre. Contre cinq au semestre précédent. Le maire et le président de la commission médicale ont exprimé leur désarroi.
Lors de la conférence de presse du 4 mai 2026, le Centre Hospitalier de la Tour Blanche d’Issoudun n’a accueilli qu’une seule interne en médecine générale pour le nouveau semestre. Contre cinq au semestre précédent. Le maire et le président de la commission médicale ont exprimé leur désarroi.
L’essentiel
- 1 seule interne : Laura Richez, 29 ans, ancienne infirmière en région parisienne, est la seule interne arrivée au Centre Hospitalier de la Tour Blanche pour le semestre débutant le 4 mai 2026.
- Chute brutale : le semestre précédent comptait cinq internes ; en novembre 2024, quatre avaient rejoint l’hôpital.
- Déséquilibre régional : l’Indre affiche une densité de 216 médecins pour 100 000 habitants, contre 396 en Indre-et-Loire, selon les données INSEE et le CNOM (2025).
- Comparaison citée par le maire : Julien Dubot signale plus de 400 internes en Indre-et-Loire sur la même période.
- Prochain appariement : la procédure de l’ARS Centre-Val de Loire pour le semestre suivant était programmée en mars 2026.
Une seule arrivée, une douche froide
Laura Richez, 29 ans, est officiellement la seule interne en médecine générale à rejoindre le Centre Hospitalier de la Tour Blanche ce semestre. Ancienne infirmière venue de la région parisienne, elle effectuera un stage de six mois aux urgences, selon La Nouvelle République. L’administration n’avait ouvert qu’un poste unique. Il a été pourvu - mais un seul.
Ce chiffre tranche avec les semestres récents. En mai 2024, cinq internes avaient intégré l’hôpital, un record décrit à l’époque comme « du jamais vu » par le même quotidien régional. En novembre 2024, quatre nouveaux internes - Jessica Stoilovski, Mégane Faye, Marine Le Bagousse et Yacoub Yildiz - avaient pris leur poste. La trajectoire s’est inversée en quelques mois.
« Issoudun a été oublié »
Laurent Minois, urgentiste et président de la commission médicale de l’établissement, n’a pas mâché ses mots lors de la conférence de presse. Selon La Nouvelle République, il déplore qu’« Issoudun ait été oublié » et juge l’arrivée d’une seule interne « dommageable » pour l’hôpital et le territoire.
Julien Dubot, maire d’Issoudun, emploie lui l’expression « frustration énorme » pour qualifier le sentiment des élus et des équipes soignantes. Il pointe le déséquilibre avec l’Indre-et-Loire, où plus de 400 internes ont été répartis sur la même période, toujours selon La Nouvelle République. Le contraste est saisissant pour un département déjà fragilisé.
Contexte dans l’Indre
L’Indre est le département le moins bien doté de la région Centre-Val de Loire en matière de démographie médicale. Au 1er janvier 2025, sa densité s’établit à 216 médecins pour 100 000 habitants, contre 396 en Indre-et-Loire, selon les données INSEE croisées avec l’Atlas de la démographie médicale du Conseil national de l’Ordre des médecins. L’écart dépasse le simple différentiel de taille : il reflète une difficulté structurelle à attirer et fidéliser les futurs praticiens.
Issoudun, sous-préfecture d’environ 11 000 habitants, dépend largement de son centre hospitalier pour l’accès aux soins primaires et aux urgences. L’afflux d’internes ces deux dernières années avait suscité de l’espoir. La situation actuelle le relativise. À titre de comparaison, la problématique des déserts médicaux en zone rurale touche plusieurs territoires de la région - l’Indre-et-Loire voisine concentre elle aussi des difficultés d’accessibilité aux services publics, mais dans un registre différent.
Un appariement piloté par l’ARS
La répartition des internes ne dépend pas directement des hôpitaux ni des élus locaux. C’est l’Agence régionale de santé Centre-Val de Loire qui pilote la procédure d’appariement. Pour le semestre de mai à novembre 2026, les résultats avaient été annoncés le 12 mars 2026, selon les informations publiées par l’ARS et le Syndicat des internes des hôpitaux de province. Les établissements ouvrent des postes, les internes choisissent. Issoudun, malgré ses efforts de communication, n’a pas réussi à attirer davantage de candidatures cette fois.
La mécanique du système laisse peu de marge de manœuvre aux acteurs locaux à court terme. Des dispositifs d’attractivité - logement, accompagnement, valorisation du territoire - sont régulièrement évoqués par les élus comme leviers possibles. Leur efficacité reste difficile à mesurer. Des initiatives similaires en matière de santé de proximité existent ailleurs : à Clermont-Ferrand, un espace prévention santé vient d’être inauguré au Secours Populaire, illustrant la diversité des réponses locales au recul de l’offre médicale.
Un précédent récent qui rendait l’écart plus visible
Le pic de mai 2024 - cinq internes simultanément, qualifié de « jamais vu » - a probablement rendu le retour à un seul plus difficile à accepter. Les élus avaient communiqué sur cette dynamique comme un signe d’amélioration. La conférence de presse du 4 mai 2026 a eu l’effet inverse : un thermomètre qui redescend brutalement.
Aucune explication officielle sur les raisons de la faible attractivité du poste cette saison n’a été communiquée à ce stade par l’ARS ou la direction de l’hôpital, selon les informations disponibles.
Le prochain semestre s’ouvrira en novembre 2026. La procédure d’appariement correspondante n’a pas encore été lancée. C’est à ce moment que les acteurs locaux devront faire valoir leurs arguments auprès des futurs internes.
Sources
- La Nouvelle République : « Une frustration énorme » : le sentiment d'abandon des élus et médecins après l'arrivée d'une seule interne à Issoudun
- La Nouvelle République : Cinq internes en médecine sont en stage à l'hôpital d'Issoudun, du jamais vu
- La Nouvelle République : Issoudun : quatre nouveaux internes arrivent au Centre hospitalier de la Tour Blanche
- Conseil national de l'Ordre des médecins : Atlas de la démographie médicale 2025 – Tome 1