Le couperet est tombé ce vendredi 9 janvier en fin d'après-midi à Sion. Jacques Moretti, gérant du bar Le Constellation ravagé par les flammes dans la nuit du Nouvel An à Crans-Montana, a été placé en détention préventive à l'issue de plusieurs heures d'audition par le ministère public valaisan. Sa compagne Jessica, co-gérante de l'établissement où 40 personnes ont péri et 116 autres ont été blessées, reste libre. Cette décision intervient alors que la Suisse observait ce même jour un deuil national en hommage aux victimes de cette tragédie qui a endeuillé toute l'Europe.
L'essentiel
- Jacques Moretti a été placé en détention préventive ce vendredi 9 janvier à 16h30 à Sion pour risque de fuite élevé en raison de ses liens avec la Corse
- Sa compagne Jessica Moretti, co-gérante du Constellation et présente le soir du drame, reste libre et a présenté ses excuses aux victimes
- Le couple est visé depuis le 3 janvier par une instruction pénale pour homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence
- Jacques Moretti avait été condamné en 2008 à Annecy à 12 mois de prison dont 8 avec sursis pour proxénétisme aggravé, puis en 2010 à Bastia pour fraude aux APL
- Le dernier contrôle de sécurité du bar remontait à 2019, soit plus de cinq ans avant l'incendie qui a fait 40 morts et 116 blessés dans la nuit du Nouvel An
À 16h30 précises, la nouvelle tombait depuis le palais de justice de Sion : Jacques Moretti ne rentrerait pas chez lui. Après une journée d’audition centrée sur sa situation personnelle, le quadragénaire originaire de Ghisonaccia en Haute-Corse a été placé en détention préventive par la procureure en charge du dossier. Selon France Bleu, les magistrats du parquet général suisse ont motivé cette décision par un risque de fuite considéré comme élevé, notamment en raison de ses liens avec la Corse.
Une audition sous haute tension dans la capitale valaisanne
C’était la première fois que le couple Moretti était entendu depuis l’ouverture, le 3 janvier, de l’instruction pénale les visant pour homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence. Comme le rapporte France 3 Régions, cette audition était centrée sur la situation personnelle du couple et non sur les normes de sécurité du bar. Jacques et Jessica Moretti, propriétaires du Constellation depuis 2015, avaient pourtant promis leur entière collaboration dans un communiqué publié le 6 janvier.
« Nous sommes dévastés et envahis par le chagrin. Nous faisons pleinement confiance aux enquêteurs pour faire toute la lumière et dissiper les interrogations. Soyez certains à cet égard de notre entière collaboration et du fait que nous ne chercherons d’aucune façon à nous dérober », avaient déclaré Jessica et Jacques Moretti dans un communiqué transmis à l’Agence France Presse.
À sa sortie du palais de justice, Jessica Moretti, visiblement émue, a présenté ses excuses face à la presse. Selon France 3 Régions, elle a déclaré : « Mes pensées vont constamment vers les victimes et ceux qui luttent aujourd’hui. C’est une tragédie inimaginable. Jamais nous n’aurions pu imaginer cela. » La co-gérante, présente dans l’établissement le soir du drame et légèrement blessée au bras, reste libre pour le moment.
Un passé judiciaire qui refait surface
L’incarcération de Jacques Moretti intervient alors que son passé judiciaire français a largement été médiatisé ces derniers jours. Comme le révèle Le Dauphiné Libéré, l’homme de 49 ans avait été condamné en 2008 par le tribunal correctionnel d’Annecy pour incitation à la prostitution, dans le cadre d’une affaire liée au recrutement en France de jeunes femmes pour exercer dans un salon de massages érotiques à Genève. Il avait écopé de 12 mois de prison dont huit avec sursis, soit quatre mois ferme pour des faits remontant à 2005.
Cette affaire, surnommée à l’époque « l’affaire des rendez-vous des chauds lapins » en référence à l’adresse du salon genevois situé rue du Lièvre, avait débuté suite à un signalement de la police judiciaire d’Annecy. Deux ans plus tard, en 2010, Jacques Moretti était à nouveau condamné à Bastia pour fraude aux APL, précise Le Nouveau Détective. Avant de s’installer en Suisse en 2015, le Corse avait tenu un bar-lounge sur le port de Bonifacio, puis exercé dans l’immobilier en Haute-Savoie.
Un établissement au cœur de multiples interrogations
L’enquête se concentre désormais sur les conditions de sécurité du Constellation. Lors d’une conférence de presse tenue le 7 janvier, le président de la commune de Crans-Montana a reconnu des défaillances dans les contrôles annuels, la dernière inspection remontant à 2019. Selon les premières conclusions de l’enquête rapportées par France 3 Régions, le feu serait parti de bougies incandescentes posées sur des bouteilles de champagne, qui ont enflammé le plafond du sous-sol recouvert de mousse insonorisante.
L’embrasement rapide et généralisé de l’établissement a piégé de nombreux clients, principalement des jeunes adultes et adolescents venus célébrer le Nouvel An dans ce lieu réputé de la station valaisanne. Le couple Moretti était également à la tête de deux autres établissements dans les environs : le restaurant Senso à Crans-Montana, et Le Vieux Chalet, spécialisé dans les spécialités corses, dans la commune voisine de Lens. Le soir du drame, Jacques Moretti se trouvait dans un autre établissement.
Une journée de deuil national sous le signe du recueillement
Cette décision judiciaire intervient le jour même où toute la Suisse rendait hommage aux victimes. Une cérémonie officielle s’est tenue à Martigny, commune voisine de Crans-Montana, en présence du président français Emmanuel Macron et de quelque 700 personnes, dont 150 proches des victimes. À 14 heures précises, une minute de silence a été observée dans tout le pays et les cloches ont résonné en mémoire des 40 morts, dont neuf ressortissants français. Après la Suisse qui déplore 22 décès, la France est le deuxième pays le plus endeuillé, devant l’Italie qui compte six victimes.
Pour Romain Jordan, l’un des avocats des victimes cité par France Bleu, « la préoccupation principale des familles reste le risque de disparition de preuves ou d’influence néfaste sur les témoignages à recueillir, aussi bien auprès des prévenus que des autorités ayant déjà reconnu des manquements ». Il estime qu’il appartient au ministère public « de mener sans tarder les investigations nécessaires ». Une enquête a également été ouverte par le parquet de Paris afin, selon les termes officiels, « d’accompagner les familles françaises dans les investigations menées par les autorités suisses ».
Les zones d’ombre d’une tragédie qui interroge toute l’Europe
Au-delà de la question de la détention de Jacques Moretti, de nombreuses interrogations demeurent sur les circonstances exactes du drame. Plusieurs témoignages évoquent des sorties de secours condamnées ou difficilement accessibles, des détecteurs de fumée défaillants et une surpopulation de l’établissement cette nuit-là. Les autorités suisses n’ont pas encore communiqué sur le nombre exact de personnes présentes au moment de l’incendie, ni sur la capacité d’accueil autorisée du Constellation.
La commune de Crans-Montana a admis que le dernier contrôle de sécurité remontait à 2019, soit plus de cinq ans avant la tragédie. Cette inspection n’avait alors révélé aucun défaut concernant l’isolation sonore, mais les questions relatives aux issues de secours et aux matériaux utilisés dans la décoration du sous-sol restent en suspens. Le couple Moretti avait entièrement rénové l’établissement après son rachat en 2015, transformant ce qui était alors un bar vieillot en un lieu branché et très fréquenté de la station huppée.
Alors que l’instruction se poursuit, la détention de Jacques Moretti marque un tournant dans cette affaire qui a bouleversé la Suisse et l’Europe entière. Les familles des victimes attendent désormais que toute la lumière soit faite sur les responsabilités dans cette tragédie qui, en quelques minutes dans la nuit du Nouvel An, a transformé une fête en cauchemar. Combien de temps faudra-t-il pour que justice soit rendue et que les zones d’ombre de cette nuit d’horreur soient enfin dissipées ?
Sources
- France Bleu (9 janvier 2026)
- France 3 Régions (9 janvier 2026)
- Le Dauphiné Libéré (5 janvier 2026)
- Le Nouveau Détective (6 janvier 2026)
- Corse Matin (6 janvier 2026)
- Agence France Presse (6 janvier 2026)