Jean-Marc Morandini doublement condamné : 18 mois avec sursis pour harcèlement

L'animateur de CNews s'est désisté de son pourvoi le 22 janvier, confirmant sa condamnation pour l'affaire de la websérie Les Faucons

Jean-Marc Morandini doublement condamné : 18 mois avec sursis pour harcèlement
Façade du Palais de Justice de Paris en plein jour Nathalie Rousselin / INFO.FR (img2img)

Jeudi 22 janvier 2026, Jean-Marc Morandini a renoncé à son dernier recours judiciaire. En se désistant de son pourvoi en cassation, l'animateur de 60 ans rend définitive sa condamnation à 18 mois de prison avec sursis pour harcèlement sexuel, prononcée il y a exactement un an par la cour d'appel de Paris. Cette décision intervient deux semaines seulement après sa condamnation définitive pour corruption de mineurs, confirmée le 14 janvier par la Cour de cassation. Malgré ce double verdict accablant, CNews maintient l'animateur à l'antenne, provoquant un malaise croissant au sein de la chaîne et une prise de distance de plusieurs figures médiatiques.

L'essentiel

  • Jean-Marc Morandini s'est désisté le 22 janvier 2026 de son pourvoi en cassation, rendant définitive sa condamnation à 18 mois de prison avec sursis pour harcèlement sexuel prononcée le 27 janvier 2025
  • Cette condamnation fait suite à l'affaire de la websérie Les Faucons (2015) où l'animateur utilisait le pseudonyme Catherine Leclerc pour obtenir des vidéos à caractère sexuel de jeunes comédiens
  • Une double peine définitive en 13 jours : après la corruption de mineurs confirmée le 14 janvier (2 ans avec sursis), cette seconde condamnation s'accompagne de 10.000 euros d'amende et d'indemnisation, plus l'obligation de soins
  • Jordan Bardella a interdit aux élus RN de participer à Morandini Live fin janvier, tandis que Sonia Mabrouk, Pascal Praud et Laurence Ferrari ont publiquement exprimé leur malaise face au maintien de l'animateur à l'antenne
  • CNews maintient Jean-Marc Morandini à l'antenne malgré les deux condamnations définitives, évoquant un possible recours devant la Cour européenne des droits de l'homme

Le parcours judiciaire de Jean-Marc Morandini vient de franchir une nouvelle étape décisive. Selon BFMTV, qui a révélé l’information ce mardi 27 janvier, l’animateur s’est désisté jeudi dernier de son pourvoi en cassation dans l’affaire dite de la websérie Les Faucons. Cette renonciation, confirmée par Brut et l’AFP, marque l’aboutissement d’une procédure judiciaire entamée en 2016, lorsque le magazine Les Inrocks avait levé le voile sur des pratiques troublantes lors de castings pour une production audiovisuelle.

Une condamnation aggravée en appel pour manipulation psychologique

Le 27 janvier 2025, jour pour jour il y a un an, la cour d’appel de Paris avait prononcé une sentence sévère à l’encontre de Jean-Marc Morandini. Comme le rapporte BFMTV, les magistrats l’ont condamné à 18 mois de prison avec sursis pour harcèlement sexuel, aggravant de 12 mois la peine initiale de six mois prononcée en première instance en août 2023. La juridiction a reconnu que l’animateur avait « usé de pressions pour obtenir un acte sexuel » de la part d’un jeune comédien.

Au-delà de la peine de prison, le verdict impose à Jean-Marc Morandini de verser 10.000 euros d’indemnisation à Gabriel, la victime principale, ainsi qu’une amende de 10.000 euros. L’obligation de suivre des soins psychologiques complète ce dispositif judiciaire. Sa société, Ne Zappez Pas Production, a quant à elle été condamnée à 50.000 euros d’amende pour travail dissimulé concernant plusieurs jeunes ayant participé à la websérie.

L’affaire Catherine Leclerc : une manipulation orchestrée

L’enquête judiciaire a révélé un stratagème élaboré. Entre juin et septembre 2015, des comédiens âgés de 19 à 26 ans ont reçu des courriels d’une certaine Catherine Leclerc, présentée comme directrice de casting pour la websérie Les Faucons. Cette correspondante leur réclamait avec insistance des vidéos d’eux nus, le pubis rasé, se masturbant, parfois avec éjaculation. Selon Télérama, les enquêteurs ont établi que ce « personnage totalement fictif » de Catherine Leclerc constituait une « figure maternelle et sécurisante inspirant confiance », manipulation particulièrement efficace sur les candidats les plus vulnérables.

Gabriel, le plaignant principal, incarnait cette vulnérabilité. Comédien sans agent, sans formation et sans expérience du milieu cinématographique, il a été la cible privilégiée de cette manipulation. En août 2015, il a notamment reçu deux courriels de la fausse Catherine Leclerc, signés « maman », lui demandant s’il était prêt à faire une fellation à Jean-Marc Morandini « qui n’est pas n’importe qui ». Cette approche progressive visait, selon les juges, à l’inciter « à toujours repousser ses limites dans l’acte de nature sexuelle, sous le prétexte allégué de travailler sa posture de comédien ».

Une double condamnation définitive en treize jours

Cette affaire de harcèlement sexuel constitue le second volet d’un diptyque judiciaire accablant. Le 14 janvier 2026, la Cour de cassation avait déjà rendu définitive une première condamnation de Jean-Marc Morandini à deux ans de prison avec sursis et 20.000 euros d’amende pour corruption de mineurs. Dans ce dossier distinct, l’animateur avait été reconnu coupable d’avoir envoyé des messages à caractère sexuel à trois adolescents entre 2009 et 2016. Cette condamnation s’accompagne d’une interdiction définitive d’exercer une profession en contact avec des mineurs et d’une inscription au fichier des auteurs d’infractions sexuelles.

Selon Le Dauphiné Libéré, l’accumulation de ces deux condamnations définitives en l’espace de treize jours seulement constitue un tournant majeur dans la trajectoire de l’animateur, qui avait multiplié les recours pour retarder l’échéance judiciaire. Son désistement du 22 janvier marque l’abandon de sa stratégie procédurale, même si CNews évoque un éventuel recours devant la Cour européenne des droits de l’homme.

CNews sous pression, le RN prend ses distances

Le maintien de Jean-Marc Morandini à l’antenne de CNews provoque des remous croissants. Plusieurs figures de la chaîne ont publiquement exprimé leur malaise. Sonia Mabrouk a déclaré ne pas « cautionner » cette décision qui ne lui « appartient pas », tandis que Pascal Praud a jugé que sa collègue avait « trouvé les mots justes ». Laurence Ferrari s’est dite « interpellée au-delà du plan professionnel par la situation », selon Le Monde.

La pression s’est intensifiée avec la décision de Jordan Bardella. Le président du Rassemblement national a donné consigne fin janvier aux élus et porte-parole du RN de ne plus participer à l’émission Morandini Live, confirmant ainsi une information du Point. Cette directive intervient environ huit jours après le rejet du pourvoi en cassation pour corruption de mineurs, alors que plusieurs responsables RN, dont l’eurodéputé Matthieu Vallet et le conseiller régional Andréa Kotarac, s’étaient encore rendus sur le plateau dans les jours suivant la première condamnation définitive.

Un parcours médiatique brutalement interrompu

À 60 ans, Jean-Marc Morandini voit sa carrière médiatique gravement compromise par ces condamnations successives. L’homme qui avait construit sa notoriété sur la critique des médias et l’animation de talk-shows se retrouve désormais au cœur d’une controverse qui dépasse largement sa personne. La révélation initiale par Les Inrocks en 2016 avait déjà provoqué un premier séisme, mais les procédures judiciaires s’étaient étirées sur près de dix ans entre enquête, jugements et appels.

La question de sa présence à l’antenne de CNews cristallise aujourd’hui les tensions entre liberté éditoriale, responsabilité médiatique et exemplarité face aux condamnations pour infractions sexuelles. Alors que la chaîne invoque le combat judiciaire de son animateur, les voix dissidentes se multiplient en interne et parmi les partenaires politiques habituels. Cette affaire pose également la question plus large du traitement des personnalités condamnées dans l’audiovisuel français, entre devoir d’information et risque de normalisation de comportements condamnés par la justice. Le silence de la direction de CNews face aux prises de position de ses animateurs vedettes illustre l’impasse dans laquelle se trouve la chaîne, prise entre fidélité à l’un de ses programmes phares et pression morale croissante.

Sources

  • BFMTV (27 janvier 2026)
  • Brut (27 janvier 2026)
  • Télérama (27 janvier 2026)
  • Le Dauphiné Libéré (27 janvier 2026)
  • Le Monde (26 janvier 2026)
  • AFP (27 janvier 2026)
Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.