Jessica Johanna Oseguera González, fille d’El Mencho, dirigeait un café en Californie
La fille du baron du cartel Jalisco Nueva Generación, tué le 22 février 2026, menait une vie discrète aux États-Unis
Dix jours après l'élimination de Nemesio Oseguera Cervantes, alias El Mencho, par l'armée mexicaine, la découverte de sa fille Jessica Johanna à la tête d'un modeste café en Californie révèle les trajectoires contrastées au sein des familles de narcotrafiquants. Alors que son père dirigeait le cartel Jalisco Nueva Generación, qualifié de troisième organisation criminelle la plus dangereuse au monde, elle aurait choisi une existence ordinaire loin de l'empire criminel familial qui a causé plus de 450.000 morts au Mexique depuis 2006.
- Jessica Johanna Oseguera González, fille d'El Mencho, dirigeait discrètement un café en Californie pendant que son père contrôlait le cartel Jalisco Nueva Generación
- Son père Nemesio Oseguera Cervantes a été tué le 22 février 2026 par l'armée mexicaine après avoir été trahi par une petite amie à Tapalpa
- Le cartel CJNG était considéré comme la troisième organisation criminelle la plus dangereuse au monde avec une prime de 15 millions de dollars sur la tête d'El Mencho
- Son parcours contraste avec celui d'Alejandrina Guzman, fille d'El Chapo, qui a transformé le nom paternel en empire commercial "El Chapo 701"
- Les violences liées aux cartels ont causé plus de 450.000 morts et 100.000 disparus au Mexique depuis 2006
Le contraste saisit immédiatement. Tandis que son père Nemesio Oseguera Cervantes, dit El Mencho, tombait le 22 février dernier sous les balles de l’armée mexicaine après avoir été trahi par une petite amie, selon Le Parisien, sa fille Jessica Johanna Oseguera González menait une existence discrète en Californie. La jeune femme, dont l’identité vient d’être confirmée par les autorités américaines, dirigeait un petit établissement de café dans une ville de taille moyenne de l’État californien, loin des projecteurs et de l’ultraviolence qui caractérisait l’organisation paternelle.
L’héritage encombrant du cartel le plus violent du Mexique
Le père de Jessica Johanna, El Mencho, était à la tête du cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), fondé en 2009 sous le nom initial de « Mata Zetas ». Selon 20 Minutes, cette organisation était considérée comme « la troisième organisation criminelle la plus dangereuse du monde », derrière la mafia russe et les triades chinoises, d’après le quotidien mexicain La Jornada. Le cartel s’était rendu tristement célèbre en 2011 en abandonnant 35 cadavres près du lieu d’une réunion de procureurs dans le Veracruz.
Né en 1966 dans une famille pauvre du Michoacan cultivant l’avocat, Nemesio Oseguera Cervantes avait lui-même immigré en Californie dans sa jeunesse, où il fut condamné pour trafic d’héroïne après avoir tenté de vendre de la drogue à un policier sous couverture. Cette première incarcération américaine précédait de plusieurs décennies l’ascension fulgurante qui ferait de lui l’homme le plus recherché après l’extradition aux États-Unis des fondateurs du cartel de Sinaloa, Joaquin « El Chapo » Guzman et Ismael « Mayo » Zambada. Le département d’État américain avait placé une prime de 15 millions de dollars sur sa tête.
Un parcours à contre-courant des dynasties criminelles
Le choix de Jessica Johanna Oseguera González de tenir un café en Californie tranche radicalement avec les trajectoires habituelles des enfants de narcotrafiquants. L’exemple le plus médiatisé reste celui d’Alejandrina Guzman, fille d’El Chapo, qui a transformé le nom paternel en empire commercial. Selon Le Point, cette dernière avait créé en 2019 l’entreprise « El Chapo 701 » visant à
« combiner le style urbain avec la mode haut de gamme »
, tout en distribuant pendant la pandémie de Covid-19 des colis d’aide alimentaire marqués du portrait de son père emprisonné à perpétuité.
Alejandrina Guzman avait même profité de la journée de l’enfance au Mexique, le 3 mai 2020, pour offrir des centaines de cadeaux aux enfants de Guadalajara, incluant des ballons décorés de la moustache d’El Chapo et des figurines du baron de la drogue vendues habituellement entre 50 et 60 dollars. Dans une lettre accompagnant ses distributions, elle écrivait :
« Au nom d’El Chapo 701, nous voulons aider nos aînés qui nous ont enseigné le respect des traditions. »
Les femmes dans l’ombre des cartels mexicains
Le cas de Jessica Johanna interroge également sur le rôle des femmes dans les organisations criminelles mexicaines. Emma Coronel Aispuro, l’épouse d’El Chapo, avait été condamnée en novembre 2021 à trois ans de prison par le juge fédéral américain Rudolph Contreras, comme le rapporte Le Monde, pour participation au trafic de drogue, blanchiment d’argent et transactions avec un narcotrafiquant étranger. Elle avait admis avoir eu connaissance de l’importation aux États-Unis d’au moins 450 kg de cocaïne, 90 kg d’héroïne, 45 kg de méthamphétamine et 90 tonnes de marijuana.
Selon RMC Crime, Emma Coronel a été libérée le 13 septembre 2023 après avoir purgé sa peine et payé une amende de près d’1.5 million de dollars au gouvernement américain. L’ancienne reine de beauté avait notamment été accusée d’avoir aidé El Chapo à s’évader en 2015 de la prison mexicaine de l’Altiplano en lui fournissant une montre GPS pour creuser un tunnel d’un kilomètre et demi caché sous la douche de sa cellule.
L’opération qui a mis fin au règne d’El Mencho
L’élimination du père de Jessica Johanna, le 22 février 2026, a marqué un tournant dans la lutte contre le narcotrafic mexicain. Selon Le Parisien, les services de renseignement militaire ont identifié et suivi une petite amie du baron jusqu’à Tapalpa, dans l’État de Jalisco. Le secrétaire mexicain de la Défense, Ricardo Trevilla, a précisé lors d’une conférence de presse le 23 février que les services américains avaient fourni des
« informations supplémentaires très importantes »
pour confirmer l’emplacement exact.
L’opération s’est terminée tragiquement : El Mencho a tenté de s’échapper avant d’être localisé « caché dans les broussailles ». Mortellement blessé, il a succombé à ses blessures dans un avion en direction de Mexico. Huit personnes sont mortes lors de l’assaut et trois soldats ont été blessés. La mort du baron a déclenché des représailles massives avec des automobiles incendiées, des axes routiers bloqués et une population confinée dans plusieurs régions du Mexique.
Une Californie refuge des héritiers du crime organisé
Le choix de la Californie comme lieu de résidence pour Jessica Johanna n’est pas anodin. C’est précisément dans cet État que son père avait connu sa première condamnation pour trafic d’héroïne avant d’être expulsé vers le Mexique. La Californie représente historiquement une zone de transit majeure pour les drogues en provenance du Mexique et une terre d’accueil pour de nombreux membres de familles liées aux cartels cherchant à échapper à la violence endémique de leur pays d’origine.
Depuis 2006, les violences liées aux cartels ont causé plus de 450.000 morts au Mexique et généré plus de 100.000 disparus, selon les chiffres rapportés par 20 Minutes. En mars 2020, au plus fort de la pandémie de Covid-19, 2.585 personnes avaient été tuées dans le pays en un seul mois. Face à cette hécatombe, de nombreux membres de familles impliquées dans le narcotrafic ont choisi l’exil américain, parfois pour rompre définitivement avec l’héritage criminel familial.
Le parcours de Jessica Johanna Oseguera González soulève désormais une question fondamentale : peut-on véritablement échapper à l’ombre portée d’un père classé parmi les criminels les plus dangereux de la planète ? Alors que le CJNG, déclaré organisation terroriste par les États-Unis en 2025, continue ses activités malgré la mort de son fondateur, l’avenir de cette jeune femme et sa capacité à préserver l’anonymat qu’elle s’était construit en Californie demeurent incertains. Les autorités américaines n’ont pas précisé si elle fait l’objet d’une enquête ou si sa vie discrète à la tête d’un café suffira à la protéger des répercussions de l’héritage paternel.
Sources
- Le Parisien (24 février 2026)
- 20 Minutes (23 février 2026)
- Le Point (9 mai 2020)
- Le Monde (30 novembre 2021)
- RMC Crime (13 septembre 2023)