Jordan Bardella donné vainqueur à 53% face à Édouard Philippe en 2027

Un sondage Odoxa place le président du RN en tête dans tous les duels de second tour testés, avec des scores variant de 53% à 74%

Jordan Bardella donné vainqueur à 53% face à Édouard Philippe en 2027
Jordan Bardella en meeting politique avec drapeaux français et foule Claire Delattre / INFO.FR

53% des intentions de vote face à Édouard Philippe, 58% contre Raphaël Glucksmann, 74% face à Jean-Luc Mélenchon : selon un sondage Odoxa publié ce mardi 25 novembre 2025, Jordan Bardella l'emporterait dans tous les scénarios de second tour de la présidentielle 2027 testés. Des résultats qui bouleversent le paysage politique français à moins de dix-huit mois du scrutin, alors que le Rassemblement national n'a cessé de progresser dans les urnes depuis 2022.

L'essentiel

  • Jordan Bardella obtiendrait 53% des voix face à Édouard Philippe au second tour de la présidentielle 2027 selon Odoxa
  • L'écart le plus important concernerait un duel avec Jean-Luc Mélenchon : 74% contre 26%, soit 48 points d'avance
  • Face à Raphaël Glucksmann, le président du RN l'emporterait avec 58% des intentions de vote
  • Gabriel Attal ne ferait pas mieux qu'Édouard Philippe, obtenant 44% face aux 56% de Jordan Bardella
  • Ces projections interviennent 18 mois avant le scrutin, dans un contexte de recomposition profonde du paysage politique français

Les chiffres sont sans appel. Dans une enquête d’opinion réalisée par l’institut Odoxa, Jordan Bardella, président du Rassemblement national depuis novembre 2022, arrive en tête dans l’ensemble des hypothèses de second tour de l’élection présidentielle de 2027. Face à Édouard Philippe, l’ancien Premier ministre et maire du Havre, le jeune dirigeant du RN obtiendrait 53% des suffrages contre 47% pour son adversaire. Un écart de six points qui témoigne d’une recomposition profonde du paysage politique français.

Ces projections interviennent dans un contexte où le vote d’adhésion au Rassemblement national s’est considérablement renforcé depuis les élections législatives de 2022 et les européennes de 2024. La stratégie de dédiabolisation menée par Marine Le Pen puis amplifiée par Jordan Bardella semble porter ses fruits auprès d’un électorat élargi, bien au-delà du socle historique du parti.

Des écarts variables selon les adversaires potentiels

L’étude Odoxa révèle des dynamiques contrastées selon les personnalités politiques opposées à Jordan Bardella. Face à Raphaël Glucksmann, député européen et figure de la gauche sociale-démocrate, l’écart se creuse à 58% contre 42%, soit seize points d’avance. Le scénario le plus favorable au président du RN le verrait affronter Jean-Luc Mélenchon : dans cette configuration, Jordan Bardella atteindrait 74% des intentions de vote, reléguant le leader de La France insoumise à 26%, un écart abyssal de quarante-huit points.

Gabriel Attal, actuel Premier ministre et plus jeune chef de gouvernement de la Ve République, ne ferait guère mieux qu’Édouard Philippe. Face à lui, Jordan Bardella obtiendrait 56% des suffrages contre 44%, soit douze points d’écart. Ces résultats suggèrent que ni la jeunesse ni le bilan gouvernemental d’Attal ne constituent des remparts suffisants face à la dynamique du Rassemblement national.

Le vote utile, arme à double tranchant

Ces projections pour 2027 doivent être analysées à l’aune des mécanismes électoraux observés lors des scrutins précédents. Selon une étude de l’Ifop sur les comportements électoraux, 23% des Français déclarent privilégier lors du premier tour « un candidat qui ne correspond pas totalement à leurs idées mais qui a le plus de chances d’être au second tour ». Ce phénomène de vote utile, historiquement plus marqué à gauche, pourrait redistribuer les cartes au premier tour.

L’institut Ifop notait dans ses analyses que cet effet vote utile était « nettement plus présent parmi les électeurs de S. Royal (39%) que parmi ceux de N. Sarkozy (21%) » lors de la présidentielle de 2007. Cette asymétrie persiste aujourd’hui et pourrait expliquer en partie la fragmentation du camp opposé au RN, incapable de s’unir derrière un candidat unique dès le premier tour.

Un climat politique sous haute tension

La perspective d’une victoire de Jordan Bardella en 2027 cristallise déjà les oppositions. En juin 2024, à quelques jours des élections législatives anticipées, les Flash de La Courneuve, club de football américain, avaient envisagé de boycotter la finale du championnat de France à Perpignan, ville dirigée par le RN. Dans un communiqué publié par L’Indépendant, le club expliquait ses réticences.

« Partout en France, sportifs et citoyens que nous sommes, nous devons tous nous sentir concernés par les événements électoraux, politiques et médiatiques qui peuvent amener le racisme, la discrimination et la xénophobie du RN au pouvoir », déclaraient les dirigeants du club francilien.

Le club avait finalement participé à la finale, considérant qu’un boycott aurait constitué « un abandon de la lutte pour nos idées et nos valeurs ». Cet épisode illustre la polarisation croissante de la société française face à la montée du Rassemblement national, qui dépasse désormais le seul cadre électoral pour irriguer l’ensemble de la vie sociale et culturelle.

Dix-huit mois pour recomposer l’opposition

Les forces politiques opposées au RN disposent encore de dix-huit mois pour tenter de renverser ces tendances. Édouard Philippe, qui a quitté Matignon en juillet 2020, construit méthodiquement sa candidature à travers son parti Horizons et multiplie les déplacements en régions. Raphaël Glucksmann, auréolé de son succès aux européennes de 2024 où sa liste Place publique-PS a dépassé les 13%, incarne une gauche de gouvernement rénovée mais peine à fédérer au-delà de son électorat urbain et diplômé.

Gabriel Attal, à 34 ans, représente le renouvellement générationnel au sein du camp présidentiel mais souffre de son association au bilan du gouvernement et à l’impopularité persistante d’Emmanuel Macron. Quant à Jean-Luc Mélenchon, triple candidat à la présidentielle, il cristallise les oppositions bien au-delà de la droite et peine à élargir son socle électoral au-delà des 22% obtenus en 2022.

Les leçons des scrutins précédents

Ces projections à dix-huit mois du scrutin doivent être relativisées. En 2017, Emmanuel Macron n’était crédité que de 17% d’intentions de vote en janvier, avant de l’emporter largement en mai. Les campagnes présidentielles françaises se caractérisent par leur volatilité, amplifiée par le poids des débats télévisés et des événements de campagne. Le taux d’indécis reste élevé, autour de 26% selon les dernières mesures, offrant une marge de manœuvre considérable aux candidats.

Néanmoins, la solidité du socle électoral du Rassemblement national, estimé à près de 30% de l’électorat, constitue un avantage stratégique majeur. Contrairement aux scrutins précédents où Marine Le Pen bénéficiait d’un « plafond de verre » limitant sa progression au second tour, Jordan Bardella semble avoir dépassé cette barrière symbolique dans l’opinion publique. Sa jeunesse, son absence de passif gouvernemental et sa maîtrise des codes médiatiques contemporains en font un adversaire redoutable pour des figures politiques plus traditionnelles.

La présidentielle de 2027 s’annonce comme un moment de vérité pour la démocratie française. Les partis traditionnels sauront-ils se réinventer pour proposer une alternative crédible, ou assisterons-nous à la première victoire d’un candidat du Rassemblement national à l’Élysée, soixante-quinze ans après la fondation de la Ve République ?

Sources

  • Odoxa (25 novembre 2025)
  • Ifop (septembre 2025)
  • L'Indépendant (28 juin 2024)
Claire Delattre

Claire Delattre

Journaliste spécialisée dans l'analyse politique et les affaires publiques. Formation en sciences politiques et journalisme. Plusieurs années d'expérience en presse écrite et digitale, notamment sur la couverture des institutions françaises et européennes. Rejoint INFO.FR en novembre 2025 pour développer la rubrique politique.