Lundi 12 janvier 2026, à quelques heures de l'ouverture du procès en appel de l'affaire des assistants parlementaires du FN, Jordan Bardella a réaffirmé avec force qu'il n'était "pas candidat à l'élection présidentielle" de 2027. Lors de ses vœux à la presse, le président du Rassemblement national a réitéré son "soutien total" à Marine Le Pen, dont l'avenir politique se joue dans ce nouveau procès. Une posture stratégique qui intervient alors qu'une enquête récente montre que les sympathisants RN le jugent pourtant plus susceptible d'être élu que sa mentore.
L'essentiel
- Jordan Bardella a réaffirmé lundi 12 janvier 2026 qu'il n'était pas candidat à la présidentielle 2027 mais au poste de premier ministre, à la veille du procès en appel de Marine Le Pen
- Marine Le Pen risque une condamnation à 5 ans d'inéligibilité avec exécution provisoire dans l'affaire des assistants parlementaires du FN, ce qui l'empêcherait de se présenter en 2027
- Une enquête Verian pour Le Monde montre que les sympathisants RN considèrent désormais Bardella comme ayant de meilleures chances d'être élu que Marine Le Pen
- Bardella dénonce une atteinte à la démocratie et affirme qu'il n'existe aucune différence politique entre lui et Marine Le Pen, tout en maintenant un contact quotidien avec elle
- Le procès en appel qui débute le 13 janvier 2026 pourrait contraindre le RN à revoir sa stratégie présidentielle si la condamnation de Marine Le Pen était confirmée
À la veille de l’ouverture du procès en appel qui pourrait sceller définitivement le destin présidentiel de Marine Le Pen, Jordan Bardella a choisi ses mots avec soin. Lundi 12 janvier 2026, lors de la traditionnelle cérémonie des vœux à la presse, le jeune président du Rassemblement national, âgé de 30 ans, a martelé sa position : il n’est « pas candidat à l’élection présidentielle » mais « au poste de premier ministre ». Une déclaration qui intervient dans un contexte judiciaire explosif pour son parti, alors que Marine Le Pen risque une condamnation à cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire.
Selon Le Monde, Jordan Bardella a profité de cette allocution pour « redire avec force [son] soutien total et [son] amitié à Marine Le Pen », présente à ses côtés lors de cette prise de parole. La cheffe de file des députés d’extrême droite avait été condamnée en première instance dans l’affaire des assistants parlementaires du Front national, une sanction qui l’empêcherait de briguer l’Élysée en 2027 si elle était confirmée en appel.
Une charge frontale contre la justice française
Le ton de Jordan Bardella n’a laissé place à aucune ambiguïté. Une nouvelle condamnation « serait profondément inquiétant[e] pour la démocratie », a-t-il affirmé devant les journalistes, dénonçant une justice qui « prive[rait] les Français d’une candidate à l’élection présidentielle, déjà qualifiée à deux reprises pour le second tour et aujourd’hui donnée comme favorite incontestée du scrutin ». Cette rhétorique du complot judiciaire, désormais classique dans le répertoire du RN, s’accompagne d’une défense appuyée de sa mentor : « La démocratie suppose le libre choix du peuple, sans entrave ni acte de déloyauté ».
Le président du RN a même anticipé l’issue du procès en affirmant avec assurance : « Elle démontrera son innocence. Faire de la politique ne vous place pas au-dessus des lois, mais cela ne vous place pas non plus en dessous. » Une formule soigneusement calibrée qui tente de concilier respect apparent de l’institution judiciaire et dénonciation implicite d’un acharnement présumé. Bardella a précisé que, comme en première instance, il n’assisterait pas au procès « d’un commun accord » avec Marine Le Pen, tout en maintenant un contact quotidien avec elle.
Un positionnement stratégique face aux attentes des sympathisants
Cette réaffirmation publique intervient dans un contexte particulièrement révélateur. Comme le rapporte une enquête annuelle réalisée par le cabinet Verian pour Le Monde et la revue L’Hémicycle publiée dimanche, les sympathisants du RN semblent désormais convaincus que Jordan Bardella présenterait de meilleures chances d’être élu président que Marine Le Pen. Un signal politique que le principal intéressé a tenu à contrer immédiatement.
« Il n’y a pas de différence politique » entre les deux têtes du RN, a insisté Bardella, cherchant à dissiper toute impression de rivalité ou de divergence stratégique. Cette ligne de défense vise à préserver l’unité du parti tout en maintenant Marine Le Pen au centre du projet présidentiel, malgré les incertitudes judiciaires qui pèsent sur elle. Le jeune leader politique, dont le parcours a été qualifié de « produit politique préfabriqué » par ses détracteurs comme Jean-François Copé dans L’Express, tente ainsi de démontrer sa loyauté indéfectible.
Les contradictions d’un discours sous surveillance
La posture de Jordan Bardella n’est pourtant pas sans soulever des questions. Depuis plusieurs mois, le président du RN multiplie les prises de parole et les déplacements, se comportant de facto comme un candidat en campagne. En novembre 2025, il était à Nîmes pour dédicacer son deuxième livre, un événement qui avait mobilisé plusieurs centaines de supporters mais aussi 200 manifestants antifascistes selon Midi Libre.
Ses adversaires politiques ne manquent pas de relever les incohérences de son positionnement. Jean-François Copé, dans une tribune cinglante publiée en décembre 2025, dénonçait « l’entreprise de récupération des électeurs LR » menée par le RN et rejetait toute comparaison entre Bardella et Jacques Chirac. L’ancien ministre pointait notamment l’épisode du contre-budget RN publié sur TikTok, où Bardella prétendait dégager 100 milliards d’euros d’économies en moins de quatre minutes, tout en votant avec LFI à l’Assemblée « près de 40 milliards de hausses d’impôts ».
Un procès aux enjeux démocratiques majeurs
Le procès en appel qui s’ouvre ce mardi 13 janvier constitue un tournant décisif pour l’avenir du Rassemblement national. Si la condamnation à cinq ans d’inéligibilité de Marine Le Pen était confirmée, le parti d’extrême droite se retrouverait contraint de revoir entièrement sa stratégie pour 2027. Dans ce scénario, la position actuelle de Jordan Bardella, qui se dit candidat à Matignon et non à l’Élysée, deviendrait intenable.
Les observateurs politiques scrutent chaque mot du jeune leader, conscients que sa loyauté affichée pourrait rapidement se transformer en nécessité de candidature si Marine Le Pen était définitivement écartée de la course présidentielle. Le RN, qui se présente désormais comme le premier parti de France dans les sondages, ne pourrait se permettre de renoncer à présenter un candidat crédible en 2027. La question n’est donc peut-être pas de savoir si Jordan Bardella sera candidat, mais quand il annoncera officiellement une candidature que les circonstances judiciaires pourraient lui imposer malgré ses dénégations actuelles.
« La démocratie suppose le libre choix du peuple, sans entrave ni acte de déloyauté », a martelé Jordan Bardella lors de ses vœux à la presse, selon Le Monde.
L’issue du procès, attendue dans les prochaines semaines, déterminera si cette fidélité proclamée de Bardella à Marine Le Pen peut tenir face à la réalité politique. En attendant, le président du RN continue d’occuper le terrain médiatique, multipliant les interventions sur des sujets régaliens comme la sécurité et le narcotrafic, où il proposait en novembre dernier de s’inspirer « de ce qui a été fait en Italie dans la lutte contre les mafias », comme le rapportait Europe 1. Une présence médiatique qui ressemble fort à celle d’un candidat en campagne, quoi qu’il en dise.
Sources
- Le Monde (12 janvier 2026)
- L'Express (16 décembre 2025)
- Europe 1 (18 novembre 2025)
- Midi Libre (2 novembre 2025)
- Enquête Verian pour Le Monde et L'Hémicycle (11 janvier 2026)