Dimanche 14 décembre 2025, les électeurs chiliens ont porté José Antonio Kast à la présidence avec 58% des suffrages, une victoire sans appel face à Jeannette Jara qui n'en obtient que 42%. Pour la première fois depuis la fin de la dictature de Pinochet en 1990, l'extrême droite accède au pouvoir suprême dans ce pays de 16 millions d'électeurs. Ce scrutin intervient dans un contexte régional marqué par le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche et sa volonté affichée de restaurer l'influence américaine sur l'ensemble du continent.
L'essentiel
- José Antonio Kast remporte l'élection présidentielle chilienne avec 58% des voix contre 42% pour la communiste Jeannette Jara le 14 décembre 2025
- Il devient le président le plus à droite du Chili depuis la fin de la dictature de Pinochet en 1990, qui avait fait 3 200 morts et disparus
- Au premier tour du 16 novembre, les forces de droite totalisaient 70% des suffrages, annonçant cette large victoire parmi 16 millions d'électeurs
- Le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio salue immédiatement cette élection, y voyant un alignement sur les priorités de l'administration Trump en matière de sécurité et d'immigration
- Cette victoire s'inscrit dans une vague conservatrice qui touche l'Amérique latine avec l'Argentine de Milei, le Salvador de Bukele et l'Équateur de Noboa
À 58% des voix contre 42% pour sa rivale communiste, José Antonio Kast a remporté dimanche une victoire écrasante qui fait de lui le président le plus à droite qu’ait connu le Chili depuis 35 ans. Selon Les Dernières Nouvelles d’Alsace, l’ultraconservateur de 59 ans devient ainsi le chef d’État le plus radical depuis la fin de la dictature d’Augusto Pinochet en 1990. Près de 16 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes pour ce second tour décisif qui consacre un basculement politique majeur.
Devant des milliers de partisans rassemblés au siège du Parti républicain dans le quartier aisé de Las Condes à Santiago, le président élu a martelé son message sécuritaire dès l’annonce des résultats. Selon la presse, il a déclaré avec fermeté que son gouvernement allait « instaurer le respect de la loi dans toutes les régions ». L’annonce de sa victoire a déclenché des scènes de liesse à travers le pays, avec des cortèges de drapeaux chiliens et des concerts de klaxons qui ont retenti pendant plusieurs heures dans la capitale.
Une campagne axée sur la sécurité et l’immigration
Le scrutin du 14 décembre marque l’aboutissement d’une campagne dominée par les thématiques sécuritaires et migratoires. Au premier tour du 16 novembre, aucun candidat n’avait obtenu les 50% nécessaires pour l’emporter directement : Jeannette Jara était arrivée en tête avec 26,85% des voix, devançant de peu José Antonio Kast qui en avait recueilli 23,92%. Mais comme le souligne DNA, les forces de droite totalisaient ensemble 70% au premier tour, annonçant le raz-de-marée du second.
Maribel Saavedra, travailleuse sociale de 42 ans présente au QG de campagne, a exprimé le sentiment d’une partie de l’électorat : « Nous étions très fatigués, à l’échelle du pays, par l’usure économique (…) La droite nous manquait », a-t-elle confié en ouvrant une bouteille de champagne. Elle espère que le nouveau président « renforce le pays par le travail » et « régularise la question migratoire ». À l’inverse, du côté des électeurs de gauche, la déception était palpable. Gabriela Acevedo, étudiante de 21 ans, a regretté que « beaucoup de gens se sont laissé emporter par la campagne de la peur et par l’ignorance ».
L’ombre persistante de Pinochet
La victoire de José Antonio Kast ravive des blessures encore vives dans la société chilienne. Comme le rappelle RFI, le nouveau président est un « admirateur assumé du dictateur chilien, dont le coup d’État le 11 septembre 1973, avec le soutien des États-Unis, a plongé le pays dans des années noires, des années de sang ». La dictature de Pinochet a fait quelque 3 200 morts et disparus entre 1973 et 1990, une période traumatique dont le Chili porte encore les stigmates.
Une fois le résultat annoncé, un groupe de sympathisants n’a pas hésité à scander « Pinochet, Pinochet » en brandissant des portraits de l’ancien dictateur au siège du Parti républicain. Cette scène illustre la fracture profonde qui traverse le pays. À peine élu, José Antonio Kast a dû affronter sa première manifestation sur la Plaza Italia, épicentre de la révolte sociale de 2019, où des dizaines de protestataires ont été dispersés par la police à l’aide de canons à eau, selon la presse locale.
Washington salue un allié régional
La victoire de Kast s’inscrit dans un contexte géopolitique favorable à l’administration Trump. Le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio a immédiatement félicité le président élu chilien, y voyant l’occasion de renforcer l’influence de Washington en Amérique latine. Dans un communiqué rapporté par La Libre, Rubio a déclaré que sous la direction de José Antonio Kast, « nous sommes convaincus que le Chili fera avancer des priorités communes, notamment le renforcement de la sécurité publique, la fin de l’immigration illégale et la revitalisation de notre relation commerciale ».
Cette élection s’inscrit dans la stratégie de sécurité nationale américaine publiée il y a une dizaine de jours, qui mentionne explicitement la doctrine Monroe de 1823. Comme l’explique RFI, cette doctrine théorise « la prééminence des États-Unis sur le continent américain, à l’exclusion de toute autre puissance non américaine ». Donald Trump y ajoute même un « corollaire Trump » pour restaurer la puissance américaine face à l’influence chinoise croissante dans la région.
Une vague conservatrice qui déferle sur le continent
Le Chili rejoint ainsi une liste croissante de pays latino-américains dirigés par des leaders d’extrême droite ou conservateurs. L’Argentine de Javier Milei affiche ouvertement sa proximité avec l’administration Trump, tout comme le Salvador de Nayib Bukele, qui détient des expulsés des États-Unis dans sa prison de haute sécurité. En Équateur, le président Daniel Noboa, également citoyen américain, a fait le déplacement jusqu’à Mar-a-Lago, la résidence floridienne de Donald Trump, pour signer des accords bilatéraux.
Jeannette Jara, la candidate communiste battue, a rapidement reconnu sa défaite tout en promettant une opposition « exigeante ». Pour elle et ses électeurs, cette défaite marque la fin d’un cycle politique ouvert par la révolte sociale de 2019 qui avait secoué le pays. José Antonio Kast prendra officiellement ses fonctions en mars 2026, devenant ainsi le 40e président du Chili. Son mandat sera scruté de près, tant par ses opposants qui craignent une dérive autoritaire que par ses partisans qui espèrent un redressement économique et sécuritaire.
« Le Chili a gagné (…) L’espoir de vivre sans peur a gagné », a déclaré l’ex-député ultraconservateur lors de son discours de célébration à Santiago, selon La Libre.
Cette élection pose la question du devenir des démocraties latino-américaines face à la montée des populismes de droite. Le Chili, longtemps considéré comme un modèle de stabilité démocratique dans la région, entre dans une nouvelle ère dont les contours restent à définir. Les prochains mois diront si José Antonio Kast parviendra à réconcilier un pays profondément divisé ou si son élection marquera au contraire l’approfondissement des fractures sociales et politiques qui traversent la société chilienne.
Sources
- RFI (15 décembre 2025)
- Les Dernières Nouvelles d'Alsace (15 décembre 2025)
- La Libre Belgique (15 décembre 2025)
- L'Humanité (12 décembre 2025)
- Le Courrier du Vietnam (15 décembre 2025)