La France passe sous Chypre : richesse par habitant en recul pour la 3ème année

Selon Eurostat, le PIB par habitant français glisse sous la moyenne européenne et derrière Chypre en 2025

La France passe sous Chypre : richesse par habitant en recul pour la 3ème année
Commerçant français préoccupé devant sa boutique en plein jour Alexandre Mercier / INFO.FR (img2img)

Pour la troisième année consécutive, la richesse par habitant de la France se situe désormais en dessous de la moyenne de l'Union européenne, révèlent les dernières données d'Eurostat. Plus inquiétant encore, l'Hexagone est désormais dépassé par Chypre dans ce classement économique. Ce décrochage progressif intervient dans un contexte où les entreprises de proximité françaises accusent également un recul d'activité de 1% en 2025, malgré une croissance nationale affichée à 1,2%.

L'essentiel

  • La richesse par habitant de la France passe sous la moyenne européenne et derrière Chypre pour la troisième année consécutive selon Eurostat
  • Les entreprises de proximité françaises accusent une baisse d'activité de 1% en 2025, avec un recul de 1,6% au quatrième trimestre
  • Les TPE sans salariés sont les plus touchées avec un recul de 2,6% de leur chiffre d'affaires, contre 0,6% pour les structures de plus de 5 salariés
  • Tous les secteurs sont impactés : construction (-3,3%), fabrication et services (-2,2%), alimentation (-1,8%), seules les professions libérales résistent
  • Près de 70.000 faillites d'entreprises enregistrées en 2025, les perspectives pour le premier trimestre 2026 restent négatives selon l'enquête U2P-Xerfi auprès de 7.675 dirigeants

La France connaît un décrochage économique progressif mais significatif. Selon les dernières données publiées par Eurostat, la richesse par habitant du pays se situe pour la troisième année consécutive en dessous de la moyenne de l’Union européenne et vient même de passer sous celle de Chypre. Cette tendance baissière s’inscrit dans un contexte économique paradoxal où, malgré une croissance nationale estimée à 1,2% en 2025, les acteurs économiques de terrain peinent à maintenir leur activité.

Un décrochage qui frappe d’abord les plus petites structures

Le malaise économique français se lit particulièrement dans les chiffres des entreprises de proximité. Selon la dernière enquête menée par l’U2P avec Xerfi, les TPE ont accusé un nouveau recul d’activité avec une baisse de chiffre d’affaires de l’ordre de 1% en 2025. Au dernier trimestre 2025, l’activité s’est même repliée de 1,6%, marquant une accélération de la tendance négative.

La taille de l’entreprise joue un rôle déterminant dans cette capacité à résister au climat économique maussade. D’après les données du Figaro, les entreprises sans salariés ont accusé le coup plus durement que les autres, avec un recul du chiffre d’affaires de 2,6%, contre 1,6% dans les TPE de 1 à 5 salariés, et seulement 0,6% dans celles de plus de 5 salariés. Cette fracture révèle une économie à plusieurs vitesses où les plus fragiles subissent de plein fouet la consommation poussive des Français.

Tous les secteurs touchés par la morosité ambiante

Aucun secteur n’échappe aux difficultés. Selon la note de conjoncture publiée le 3 février 2026 par l’U2P Auvergne-Rhône-Alpes, la fabrication et les services enregistrent un recul de 2,2%, tandis que la construction accuse une baisse de 3,3% en volume dans la région, un niveau supérieur à la moyenne nationale. Le secteur de l’alimentation affiche quant à lui une baisse de 1,8%, pénalisé par les difficultés persistantes de l’artisanat, du commerce alimentaire de proximité et de la filière hôtellerie-café-restaurant.

Seules les professions libérales se montrent relativement plus résistantes, avec un repli limité à 0,6% au niveau national. En Auvergne-Rhône-Alpes, elles enregistrent même une légère progression de 0,7%, constituant l’exception dans ce tableau globalement sombre. Cette résilience relative s’explique par une demande moins sensible à la conjoncture et des modèles économiques plus stables.

Des chefs d’entreprise en attente de gestes politiques

Face à cette érosion continue, les petits patrons attendent des signaux forts du gouvernement. Bien que rassurés par un budget 2026 qui les a relativement épargnés au détriment des grands groupes, Michel Picon, président de l’U2P, estime que ce budget « va sortir les chefs d’entreprise de l’incertitude ». Mais cela ne suffit pas.

« Il faut procéder aux grands arbitrages qui s’imposent au pays », souligne Michel Picon, qui attend toujours que la puissance publique s’attaque aux immenses chantiers que sont le coût du travail et le financement de la protection sociale.

Le projet de loi de simplification de la vie des entreprises, lancé en 2023, reste toujours en attente d’adoption. Mis au calendrier parlementaire fin janvier, son vote a été repoussé une nouvelle fois par l’exécutif qui jugeait le moment malvenu. Cette temporisation alimente la frustration des entrepreneurs qui voient leur situation se dégrader trimestre après trimestre.

Un contexte européen qui accentue le retard français

Le décrochage français prend une dimension encore plus préoccupante lorsqu’on le replace dans le contexte européen. Le fait que la richesse par habitant de l’Hexagone soit désormais inférieure à celle de Chypre, selon les données d’Eurostat, constitue un signal d’alarme. Chypre, dont l’économie représente une fraction de celle de la France, a su maintenir et développer sa compétitivité grâce notamment à une fiscalité attractive et des réformes structurelles.

Cette situation intervient alors que d’autres indicateurs économiques français restent dégradés. Les faillites ont tutoyé des records en 2025, atteignant près de 70.000 défaillances d’entreprises. L’investissement des entreprises reste atone, en raison d’un accès au crédit plus difficile et d’un manque de visibilité sur les perspectives économiques et institutionnelles.

Des perspectives moroses pour 2026

Les chefs d’entreprise interrogés dans le cadre de l’enquête Xerfi menée en octobre 2025 auprès de 7.675 dirigeants expriment majoritairement des opinions négatives quant à l’évolution de leur activité à court terme. Selon l’U2P, les résultats ne laissent pas présager de redémarrage significatif au premier trimestre 2026.

Marie-Françoise Gondard-Argenti, présidente de l’U2P Auvergne-Rhône-Alpes, rappelle pourtant que les entreprises de proximité continuent de jouer un rôle essentiel dans la cohésion économique et sociale des territoires. Elle appelle à simplifier les règles, à renforcer la confiance entre acteurs publics et économiques et à associer davantage les entrepreneurs aux décisions publiques, notamment à l’approche des élections municipales.

Ce décrochage progressif de la richesse française par rapport à la moyenne européenne pose une question fondamentale : la France dispose-t-elle encore des leviers nécessaires pour inverser cette tendance, ou assiste-t-on à un repositionnement structurel durable dans la hiérarchie économique européenne ?

Sources

  • Eurostat (février 2026)
  • Le Figaro (29 janvier 2026)
  • Lyon-Entreprises.com (3 février 2026)
  • Le Revenu (30 janvier 2026)
  • U2P Auvergne-Rhône-Alpes (3 février 2026)
Alexandre Mercier

Alexandre Mercier

Analyste économique et journaliste à INFO.FR. Formation supérieure en économie et communication. Spécialisé en rédaction web et analyse des marchés financiers. Couvre l'actualité économique française et internationale au quotidien. Passionné par la vulgarisation des sujets économiques complexes.