La taxe Shein-Temu fait chuter de 95% l’activité d’un dédouaneur de Roissy

Clevy Links accuse le gouvernement d'une mesure « inefficace et brutale » qui détourne 50 vols hebdomadaires vers la Belgique et les Pays-Bas

La taxe Shein-Temu fait chuter de 95% l’activité d’un dédouaneur de Roissy
L'activité de dédouanement s'est effondrée de 95% en seize jours Illustration INFO.FR

Seize jours après l'entrée en vigueur de la taxe sur les petits colis importés, le bilan s'alourdit. Selon Le Parisien, l'entreprise Clevy Links, spécialisée dans le dédouanement à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, a perdu 95% de son activité depuis le 1er mars. Une cinquantaine de vols cargo hebdomadaires ne se posent plus sur le tarmac français, préférant les plateformes belges ou néerlandaises.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • Clevy Links, entreprise de dédouanement à Roissy, a perdu 95% de son activité depuis le 1er mars 2026 (Le Parisien)
  • 50 vols cargo hebdomadaires ne transitent plus par Roissy-Charles-de-Gaulle, détournés vers la Belgique et les Pays-Bas (Le Parisien)
  • La taxe vise les petits colis de Shein, Temu et AliExpress depuis le 1er mars 2026 (Le Parisien)
  • Bercy assume cette stratégie qualifiée de « guerre de mouvement » contre les plateformes asiatiques (Le Parisien)
  • Une centaine d'emplois potentiellement menacés chez Clevy Links, selon des sources non confirmées

Il y a moins de trois semaines, Frédéric Campagnac dirigeait une entreprise en activité. Aujourd’hui, ses entrepôts sont vides. Selon Le Parisien, le patron de Clevy Links, société de dédouanement installée à Roissy, accuse la taxe gouvernementale sur les petits colis d’avoir provoqué un effondrement de 95% de son chiffre d’affaires depuis le 1er mars. La mesure, qui vise les vêtements, objets de décoration et bijoux commandés sur Shein, Temu ou AliExpress, a produit un effet immédiat : les avions-cargos qui transportaient ces marchandises atterrissent désormais en Belgique ou aux Pays-Bas, où la fiscalité reste plus clémente.

L’ampleur du détournement se mesure à l’aune des chiffres d’Aéroports de Paris. Cinquante vols hebdomadaires ne transitent plus par la plateforme de Roissy-Charles-de-Gaulle, ce qui, rapporté à une année, représente environ 2 600 rotations perdues pour le premier aéroport français. Or, chaque vol cargo génère des revenus de redevances aéroportuaires, mobilise des équipes de manutention, des déclarants en douane, des transporteurs routiers pour l’acheminement final vers les consommateurs français (qui, eux, continuent de commander ces produits, simplement livrés depuis Bruxelles ou Amsterdam).

Bercy assume une « guerre de mouvement » aux conséquences sociales

Du côté du ministère de l’Économie, on ne recule pas. Selon Le Parisien, Bercy qualifie cette séquence de « guerre de mouvement » face aux géants de l’e-commerce asiatique. La formule a le mérite de l’honnêteté : elle reconnaît implicitement que la stratégie relève davantage du coup de force que de la finesse fiscale. Frédéric Campagnac, lui, parle d’une décision « inefficace et brutale », ce qui résume assez bien le paradoxe d’une taxe censée protéger l’emploi industriel français en sacrifiant, dans l’intervalle, l’emploi logistique français.

Car si le nombre exact de postes menacés chez Clevy Links reste à confirmer (une centaine d’emplois selon certaines sources non vérifiées), la logique économique ne laisse guère de place au doute. Une entreprise qui perd 95% de son activité en 16 jours ne peut maintenir ses effectifs bien longtemps, sauf à disposer de réserves financières considérables. À rebours de l’objectif affiché , ralentir l’afflux de produits à bas prix , la mesure a surtout déplacé le problème de quelques centaines de kilomètres vers le nord, sans réduire la consommation finale des ménages français.

Un précédent qui interroge la coordination européenne

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L’affaire soulève une question de fond sur la pertinence des politiques fiscales nationales dans un espace douanier intégré. Si la France taxe lourdement les petits colis en provenance d’Asie tandis que la Belgique et les Pays-Bas maintiennent des régimes plus souples, le résultat est mécanique : les flux se déportent vers les juridictions les moins contraignantes, comme l’eau contourne un barrage. Les plateformes logistiques de Liège ou de Schiphol, qui bénéficiaient déjà d’une position stratégique dans le fret européen, voient leur attractivité renforcée aux dépens de Roissy.

Pour autant, Bercy ne semble pas envisager de marche arrière. L’argument de la « concurrence déloyale » des géants asiatiques reste politiquement porteur, en substance parce qu’il flatte le sentiment protectionniste ambiant. Reste à savoir si le gouvernement dispose d’une estimation chiffrée du gain fiscal attendu de cette taxe, et s’il l’a comparé aux pertes de recettes indirectes (TVA, cotisations sociales, redevances aéroportuaires) générées par le départ des vols cargo. À ce stade, aucun chiffre officiel n’a été communiqué, ce qui, convenons-en, complique singulièrement l’évaluation rationnelle de la mesure.

Sources

Alexandre Mercier

Alexandre Mercier

Analyste économique et journaliste à INFO.FR. Formation supérieure en économie et communication. Spécialisé en rédaction web et analyse des marchés financiers. Couvre l'actualité économique française et internationale au quotidien. Passionné par la vulgarisation des sujets économiques complexes.

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