Le Lac Rose du Sénégal retrouve sa couleur et ses récolteurs de sel
Après quatre ans d'interruption due aux inondations de 2022, plus de 3 000 travailleurs ont repris l'extraction grâce à un système de drainage financé localement
Le Lac Retba, célèbre pour sa teinte rose, a officiellement rouvert à l'extraction de sel ce 22 juillet 2026. Une victoire locale après des années de crise environnementale qui avait fait disparaître sa couleur emblématique et paralysé une industrie de plusieurs millions de dollars.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Le Lac Rose (Retba) a repris l'extraction de sel le 22 juillet 2026 après quatre ans d'interruption
- Les inondations de 2022 avaient dilué la salinité et fait disparaître la couleur rose du lac
- La communauté locale a investi 40 000 dollars dans un système de drainage de 600 mètres
- Environ 3 000 récolteurs de sel ont repris le travail, relançant une industrie de plusieurs millions de dollars
- Le lac fait vivre directement ou indirectement près de 5 000 personnes dans la région de Niaga
Les pirogues chargées de sel blanc ont repris leur ballet sur le Lac Rose. Ce 22 juillet, les récolteurs de sel du Lac Retba, à une trentaine de kilomètres au nord de Dakar, ont officiellement relancé leur activité après quatre années d’interruption. La cause : les inondations de 2022 qui avaient dilué les eaux hypersalines du lac, faisant disparaître sa teinte rose mythique et paralysant toute l’économie locale.
Selon Reuters, environ 3 000 récolteurs ont repris le travail dans ce site qui était devenu une étendue d’eau terne et improductive. Ce redémarrage marque la fin d’une crise qui avait mis en péril une industrie valant plusieurs millions de dollars et fait vivre directement ou indirectement près de 2 000 personnes dans la région de Niaga.
Un chantier de drainage financé par la communauté
Le retour du rose n’a rien d’un miracle naturel. Les habitants ont dû investir 0 dollar dans un système de drainage de 600 mètres pour pomper l’eau douce excédentaire qui s’était accumulée après les fortes pluies de 2022. Ce canal permet d’évacuer progressivement l’eau non salée et de rétablir l’équilibre écologique nécessaire à la prolifération de la microalgue Dunaliella salina, responsable de la couleur rose caractéristique du lac.
Selon des chercheurs de l’Université Cheikh Anta Diop, cette algue ne se développe que dans des conditions de très haute salinité. La dilution avait donc provoqué un double désastre : disparition de la couleur touristique et impossibilité de récolter le sel, dont la concentration était devenue trop faible pour une extraction rentable.
Une industrie artisanale sous pression
L’extraction de sel au Lac Retba reste une activité entièrement manuelle. Les récolteurs plongent dans des eaux dont la salinité atteint désormais à nouveau 380 grammes par litre, soit dix fois celle de l’océan. Ils remontent le sel du fond à l’aide de longs bâtons et de paniers, puis le déposent en tas sur les rives pour le séchage. Les conditions de travail sont difficiles : l’eau hypersaline brûle la peau et exige l’application de beurre de karité pour se protéger.
L’arrêt de 2022 avait contraint de nombreux récolteurs à chercher d’autres sources de revenus, souvent dans l’agriculture ou la pêche. Le retour au lac représente pour beaucoup un soulagement économique, même si les salaires restent modestes et les journées longues.
Contexte au Sénégal
Le Lac Retba est situé dans la région de Dakar, à proximité de la ville de Niaga. Il est connu internationalement pour avoir été, jusqu’en 2007, l’arrivée du rallye Paris-Dakar. Le site est candidat au patrimoine mondial de l’UNESCO et constitue l’une des attractions touristiques majeures du pays, attirant des milliers de visiteurs chaque année pour sa couleur spectaculaire et son activité traditionnelle.
Selon les données de l’Université Cheikh Anta Diop, le lac s’étend sur environ 3 km² et sa salinité varie selon les saisons. Le tourisme et l’extraction de sel représentent les deux piliers économiques de la zone, employant des familles entières depuis plusieurs générations.
L’espoir d’un retour des touristes
Au-delà de l’extraction, c’est tout le secteur touristique local qui espère rebondir. Pendant quatre ans, les guides, hôteliers et transporteurs ont vu leur activité s’effondrer. Un lac grisâtre sans sel à récolter ne présentait plus aucun intérêt pour les visiteurs, qui venaient autant pour la couleur que pour le spectacle des récolteurs au travail.
Les premiers retours des opérateurs locaux sont prudents mais optimistes. La couleur rose est revenue, bien que moins intense qu’avant 2022, et devrait se stabiliser dans les mois à venir si les conditions climatiques restent favorables.
Prochaines étapes
Les autorités locales et les scientifiques de l’Université Cheikh Anta Diop surveillent de près l’évolution de la salinité et de la couleur du lac dans les semaines à venir. Le système de drainage devra être entretenu régulièrement pour prévenir toute nouvelle dilution en cas de fortes pluies. La question de la pérennité de cette solution reste posée, notamment dans un contexte de dérèglement climatique qui rend les précipitations plus imprévisibles dans la région sahélienne.