A Lampedusa, les pêcheurs pris entre épaves et mer qui chauffe
Filets déchirés par des épaves de migrants, mer trop chaude, carburant cher la flotte de l'île italienne a fondu de moitié depuis 2000
Sur l'île italienne de Lampedusa, les pêcheurs cumulent les difficultés filets abîmés par des épaves d'embarcations de migrants, réchauffement rapide de la Méditerranée et concurrence illégale venue d'Afrique du Nord. Selon l'AFP, la flotte locale a diminué de moitié depuis les années 2000.
L’essentiel
- Fait 1 : la flotte de pêche de Lampedusa a diminué de 50 % depuis le début des années 2000, selon l’AFP et le maire Salvatore Martello
- Fait 2 : le pêcheur Pietro Riso signale 7 à 10 accrochages par an avec des épaves de migrants, générant des frais de réparation importants
- Fait 3 : les marins locaux accusent des pêcheurs venus de Tunisie, d’Algérie et d’Égypte d’opérer illégalement dans les eaux italiennes
- Fait 4 : le réchauffement de la Méditerranée déplace les espèces et rend obsolètes certaines règles, comme la fermeture de la pêche au rouget en septembre
Sur le port de Lampedusa, petite île italienne à mi-chemin entre la Sicile et la Tunisie, les bateaux de pêche rentrent de plus en plus souvent avec des filets en lambeaux. Ce n’est pas seulement l’usure du métier. Selon un reportage de l’AFP relayé notamment par The Sun et Yahoo News, les équipages locaux accrochent régulièrement leurs filets sur des épaves immergées d’embarcations ayant servi à des traversées de migrants.
Des filets déchirés par les épaves des naufrages
Filippo Mannino, maire de Lampedusa, raconte à l’AFP que ses filets sont constamment abîmés par ces carcasses qui jonchent le fond marin autour de l’île. Lampedusa, point d’arrivée historique des traversées depuis l’Afrique du Nord, concentre au fil des années les débris de nombreuses embarcations qui n’ont jamais été récupérées.
Pietro Riso, un autre pêcheur cité par l’AFP, chiffre le problème : son bateau accroche une épave entre 7 et 10 fois par an. Chaque incident implique des réparations coûteuses, sur des filets et parfois sur la coque elle-même. Pour une flotte déjà fragilisée économiquement, ces frais répétés pèsent lourd sur des marges de plus en plus étroites.
Une mer qui se réchauffe trop vite
Le second facteur de crise tient au climat. La Méditerranée se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale des océans, et cette évolution bouleverse la répartition des espèces autour de Lampedusa. Les pêcheurs doivent désormais s’éloigner davantage des côtes pour trouver certaines espèces, ce qui augmente le temps de mer et les besoins en carburant.
Giulia Bonino, chercheuse au CMCC (Centre euro-méditerranéen sur le changement climatique), explique à l’AFP que les vagues de chaleur marine extrêmes poussent certaines espèces au-delà de leurs limites thermiques de tolérance. Conséquence concrète relevée par Salvatore Martello, ex-maire de Lampedusa cité par l’AFP : la réglementation qui interdit la pêche au rouget en septembre pour protéger la reproduction est devenue en partie inefficace, car les poissons naissent et grandissent désormais plus tôt dans l’année à cause de la hausse des températures de l’eau.
La concurrence illégale accusée d’aggraver la crise
Troisième front pour les marins de l’île : la concurrence jugée déloyale. Les pêcheurs locaux accusent des embarcations venues de Tunisie, d’Algérie et d’Égypte de pêcher illégalement dans les eaux territoriales italiennes, épuisant des ressources déjà sous pression. S’ajoute à cela la hausse des prix du carburant, accentuée selon l’AFP par les tensions géopolitiques liées à la guerre en Iran, qui renchérit chaque sortie en mer.
Contexte : Lampedusa, avant-poste de l’Italie en Méditerranée
Lampedusa, rattachée administrativement à la Sicile, est surtout connue en France pour son rôle de point d’entrée des traversées migratoires depuis l’Afrique du Nord. Moins visible : l’île vit aussi, depuis des générations, de la pêche artisanale, un secteur qui structure une partie de son économie et de son identité, aux côtés du tourisme estival. C’est précisément cette activité traditionnelle que les pêcheurs voient aujourd’hui s’éroder, prise en étau entre les conséquences indirectes des flux migratoires et le changement climatique. Pour un lecteur français, la situation évoque les tensions similaires observées sur d’autres façades méditerranéennes, où réchauffement de l’eau et pression sur les stocks de poissons redessinent les métiers de la mer.
Une flotte divisée par deux depuis les années 2000
Le maire Salvatore Martello, cité par l’AFP, résume l’ampleur du déclin : la flotte de pêche de Lampedusa a diminué de moitié depuis le début des années 2000. Ce recul s’étale sur plus de deux décennies et résulte, selon les témoignages recueillis sur place, de l’accumulation des difficultés plutôt que d’un choc unique : hausse des coûts, raréfaction de certaines ressources et désormais dégâts matériels liés aux épaves.
Les autorités locales n’ont pas détaillé, à ce stade, de plan précis pour indemniser les pêcheurs ou nettoyer systématiquement les épaves du fond marin autour de l’île.
Sources
- AFP : Reportage sur les pêcheurs de Lampedusa confrontés aux épaves et au réchauffement marin
- The Sun : Reprise du reportage AFP sur la crise de la pêche à Lampedusa
- Yahoo News : Reprise du reportage AFP sur la crise de la pêche à Lampedusa