Landes : plainte pour homicide involontaire contre le SDIS après la mort d’un pompier en entraînement
Décédé le 10 avril lors d'une course individuelle, Pascal Auvinet laisse ses collègues « anéantis » et un syndicat en colère contre le SDIS 40.
Pascal Auvinet, 60 ans, pompier volontaire au centre d'intervention de Saint-Sever, est mort d'un arrêt cardiaque le 10 avril 2026 pendant un entraînement physique individuel. Le syndicat national des sapeurs-pompiers volontaires a déposé plainte le 19 mai pour homicide involontaire contre le SDIS des Landes. Le service refuse toute responsabilité, estimant que le décès s'est produit sur temps personnel.
Pascal Auvinet, 60 ans, pompier volontaire au centre d’intervention et de secours (CIS) de Saint-Sever, est mort d’un arrêt cardiaque le 10 avril 2026 lors d’une course de préparation aux tests physiques imposés par le SDIS des Landes. Neuf jours plus tard, un second volontaire, cette fois basé à Sabres, a subi un grave accident cardiaque après un entraînement similaire. Il a survécu de justesse. Ces deux incidents en moins d’un mois ont conduit le syndicat national à franchir le pas judiciaire.
L’essentiel
- 10 avril 2026 : Pascal Auvinet, 60 ans, pompier volontaire à Saint-Sever (Landes), décède d’un arrêt cardiaque lors d’un entraînement physique individuel.
- 3 mai 2026 : un second volontaire, du CIS de Sabres, subit un grave accident cardiaque après un entraînement sportif et survit de justesse.
- 19 mai 2026 : le syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France dépose plainte pour homicide involontaire et mise en danger de la vie d’autrui contre le SDIS 40, deux conseillers sportifs et les deux directeurs départementaux.
- 1 804 volontaires sur 2 192 : les pompiers volontaires représentent environ 82 % des effectifs du SDIS des Landes.
- Position du SDIS : le service qualifie le décès d’incident survenu sur « temps personnel » et n’a apporté aucune réponse officielle aux médias.
Ce qui s’est passé le 10 avril à Saint-Sever
Pascal Auvinet s’entraînait seul, en dehors de ses gardes. Selon le syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France, cette course s’inscrivait dans la préparation aux tests physiques (ICP, pour indicateur de condition physique) rendus obligatoires par une note de service du directeur départemental prise en début d’année 2026. L’enjeu était concret : tout volontaire ne satisfaisant pas aux critères risquait une radiation du service.
Il n’y avait ni encadrement médical, ni défibrillateur à portée, ni entraînement supervisé prévu pour les volontaires. Pascal Auvinet laisse une femme et deux enfants, selon les informations rapportées par France 3 Nouvelle-Aquitaine et le site ICI Gascogne.
La plainte : homicide involontaire et mise en danger
Le 19 mai 2026, le syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France a déposé plainte auprès de la gendarmerie de Mortagne-sur-Sèvre, en Vendée, pour homicide involontaire et mise en danger de la vie d’autrui. La plainte vise le SDIS des Landes en tant qu’institution, mais aussi deux conseillers d’activités sportives et les deux directeurs départementaux nommément, selon ICI Gascogne et franceinfo.
Bruno Ménard, secrétaire général du syndicat, formule l’accusation sans détour : « On a un gars qui a donné des dizaines d’années de sa vie pour les pompiers, on lui dit de s’entraîner de son côté. Il fait un arrêt cardiaque, il meurt, il laisse deux enfants et une femme, mais on lui dit qu’il est parti seul s’entraîner et que ce n’est pas de la responsabilité des pompiers », a-t-il déclaré à ICI Gascogne.
La plainte est déposée à Mortagne-sur-Sèvre et non dans les Landes : le syndicat n’a pas précisé publiquement les raisons de ce choix de juridiction.
Ce que dénonce le syndicat : une inégalité de traitement structurelle
Au cœur de la plainte, une distinction que le syndicat juge intenable. Les pompiers professionnels s’entraînent pendant leurs gardes, encadrés, avec accès à un suivi médical et à du matériel de secours. Les volontaires, eux, doivent se préparer aux mêmes tests sur leur temps libre, sans accompagnement. Bruno Ménard résume la situation : les volontaires doivent selon lui « se démerder » sans défibrillateurs ni médecins présents, selon France 3 Nouvelle-Aquitaine.
La note de service du début d’année 2026 a durci les exigences : les tests sont désormais conditionnels au maintien en activité. Le syndicat demande la suspension immédiate de ces épreuves, la mise en place d’entraînements supervisés, un suivi médical et une traçabilité des incidents. La question de la préparation physique encadrée des secouristes dépasse ainsi les seules Landes.
L’accident du 3 mai à Sabres : un second signal d’alarme
Moins d’un mois après le décès de Saint-Sever, un pompier volontaire du CIS de Sabres a été victime d’un grave accident cardiaque à l’issue d’un entraînement sportif, le 3 mai 2026. Il a survécu, selon France 3 Nouvelle-Aquitaine et ICI Gascogne. Le syndicat cite cet épisode comme confirmation que le problème n’est pas isolé. La coïncidence de deux incidents cardiaques graves en moins d’un mois, dans deux centres différents du même département, constitue l’un des arguments centraux de la plainte.
La réponse du SDIS : temps personnel, pas de responsabilité
Le SDIS des Landes n’a pas répondu aux sollicitations des médias depuis le dépôt de la plainte. Sa position, relayée par ICI Gascogne et France 3, est que le décès du 10 avril s’est produit hors service, sur temps personnel, ce qui exclurait selon lui toute responsabilité institutionnelle. Cette ligne de défense est précisément ce que conteste le syndicat : l’entraînement était effectué en réponse à une obligation posée par l’institution, même si formellement accompli en dehors des gardes.
Aucun communiqué officiel du SDIS 40 n’avait été publié au 21 mai 2026.
Contexte dans les Landes
Le SDIS des Landes compte 2 192 membres au total, dont 1 804 pompiers volontaires, soit environ 82 % des effectifs, selon les données croisées de France 3 et du site officiel du SDIS 40. Cette proportion est supérieure à la moyenne nationale, où les volontaires représentent environ 79 % des sapeurs-pompiers (source : DGSCGC). Dans un département rural et forestier comme les Landes, les volontaires constituent le maillage de première intervention sur une grande partie du territoire. Les risques naturels propres aux Landes, qu’il s’agisse des feux de forêt ou des noyades en mer, rendent leur disponibilité opérationnelle particulièrement critique.
La remise en cause de leurs conditions d’entraînement touche donc directement la capacité de réponse du département. Bruno Ménard qualifie la situation de « scandaleuse » et appelle à une réforme du dispositif à l’échelle nationale, pas seulement landaise.
La question du statut des pompiers volontaires et de leur protection fait l’objet de débats récurrents en France. Des parlementaires interpellent régulièrement le gouvernement sur des dossiers où la responsabilité institutionnelle de l’État est en jeu.
Ce que demande le syndicat
Outre la plainte pénale, le syndicat réclame la suspension des tests physiques dans leur forme actuelle, la mise en place d’entraînements collectifs encadrés pour les volontaires, un suivi médical systématique, et une traçabilité des accidents liés à la préparation physique. Ces demandes s’adressent au SDIS 40 mais aussi, implicitement, au cadre réglementaire national qui définit les obligations des services départementaux vis-à-vis de leurs volontaires.
La gendarmerie de Mortagne-sur-Sèvre doit désormais décider des suites à donner à la plainte. Une enquête préliminaire ou une instruction pourraient être ouvertes ; aucune information n’avait filtré sur ce point au 21 mai 2026.
Sources
- ICI Gascogne : Le syndicat des pompiers volontaires porte plainte contre le SDIS des Landes après la mort d'un collègue en entraînement
- France 3 Nouvelle-Aquitaine : "Les collègues sont anéantis" : après la mort d'un pompier volontaire, un syndicat porte plainte contre le SDIS des Landes
- franceinfo : Le syndicat des pompiers volontaires porte plainte pour homicide involontaire contre le SDIS après la mort d'un pompier lors d'un entraînement dans les Landes
- SDIS 40 : Site officiel du SDIS des Landes