L’argent franchit la barre des 83,75 dollars l’once, un record historique
Le métal blanc double de valeur en moins d'un an, porté par la demande industrielle et les tensions d'approvisionnement
83,75 dollars l'once. C'est le nouveau sommet historique atteint par l'argent fin décembre 2025, pulvérisant tous les records précédents. Une ascension fulgurante qui voit le métal blanc doubler de valeur en moins de douze mois, passant de 28 euros début 2025 à près de 60 euros mi-décembre. Derrière cette envolée spectaculaire se cachent des tensions industrielles inédites et un déficit structurel qui perdure depuis cinq années consécutives.
- L'argent atteint un record historique à 83,75 dollars l'once le 26 décembre 2025, doublant de valeur en moins d'un an depuis les 28 euros de début d'année
- Le monde consomme plus d'argent qu'il n'en produit depuis cinq années consécutives, créant un déficit structurel qui alimente la hausse des prix
- 48% de la demande mondiale d'argent provient de l'industrie (530 millions d'onces en 2023), contre seulement 7% pour l'or, faisant de l'argent un métal avant tout industriel
- Le secteur photovoltaïque et les ambitions de production de géants comme Samsung amplifient involontairement les tensions d'approvisionnement sur le marché
- Les utilisateurs de Polymarket estiment à 88% la probabilité d'un maintien des taux de la Fed au 28 janvier 2025, un contexte qui pourrait continuer à soutenir les actifs refuges
L’once d’argent a franchi le 26 décembre 2025 un seuil jamais atteint dans son histoire : 83,75 dollars, selon les données rapportées par Cryptoast. Ce nouveau record historique (ATH) intervient après une progression fulgurante qui a vu le métal précieux doubler de valeur en moins d’une année. Une performance qui efface les précédents sommets, y compris celui de 2011 atteint dans le sillage de la crise financière mondiale, et même la flambée spéculative de 1980.
Cette ascension vertigineuse s’inscrit dans un contexte économique particulier où les investisseurs se tournent vers les valeurs refuges, mais surtout dans une tension industrielle sans précédent. Contrairement à l’or qui reste avant tout un actif de stockage, l’argent circule massivement dans les chaînes de production mondiales, créant une pression structurelle sur l’offre.
Un déficit structurel qui s’aggrave année après année
Les chiffres du Silver Institute, rapportés par Numerama, révèlent une réalité préoccupante : le monde consomme plus d’argent qu’il n’en produit, et ce pour la cinquième année consécutive. Cette situation inédite crée une raréfaction progressive du métal disponible sur les marchés, alimentant mécaniquement la hausse des prix.
En 2023, près de 48% de la demande mondiale d’argent provenait directement de l’industrie, soit environ 530 millions d’onces. Un volume colossal qui contraste radicalement avec l’utilisation industrielle de l’or, limitée à 7% de sa demande totale avec approximativement 296 tonnes. Cette différence fondamentale explique pourquoi l’argent subit des pressions bien plus fortes que son cousin doré, dont 47% de la demande provient de la bijouterie, 29% de l’investissement et 23% des banques centrales.
Samsung et la transition énergétique, catalyseurs involontaires
Si l’argent possède la meilleure conductivité électrique et thermique de tous les métaux, cette caractéristique en fait un composant indispensable pour les équipements où l’efficacité énergétique est critique. Le métal blanc est omniprésent dans les circuits électroniques, les connecteurs, les capteurs, les systèmes de gestion de l’énergie et même dans la RAM des ordinateurs.
Mais c’est surtout le secteur photovoltaïque qui tire la demande vers le haut. Chaque panneau solaire utilise de l’argent pour capter et transporter l’électricité produite. Malgré les efforts des fabricants pour réduire les quantités utilisées, la multiplication des installations à l’échelle mondiale génère une consommation exponentielle. Les projections et ambitions de production de géants comme Samsung, évoquées par Numerama, alimentent involontairement les spéculations autour de cette tension d’approvisionnement.
« La transition énergétique amplifie l’utilisation de l’argent, c’est d’ailleurs l’un des principaux moteurs de la hausse de ces dernières années », souligne une analyse sectorielle.
Un contexte crypto qui amplifie les mouvements
L’envolée de l’argent intervient dans un environnement financier particulièrement volatil pour les actifs alternatifs. Selon Cryptoast, la nuit du 25 au 26 décembre 2025 a été marquée par plusieurs événements significatifs sur les marchés crypto, avec notamment des pertes non réalisées de 3,5 milliards de dollars pour Bitmine sur ses investissements en Ethereum.
Dans ce contexte d’incertitude, les utilisateurs de Polymarket estiment à 88% la probabilité que la Réserve fédérale ne modifie pas ses taux lors de la réunion prévue le 28 janvier 2025. Cette attente d’une politique monétaire stable, conjuguée à une Fed qui paraît plus ouverte vis-à-vis des crypto-monnaies et à la perspective d’un président crypto-friendly, nourrit les anticipations d’un assouplissement monétaire futur qui pourrait continuer à soutenir les actifs refuges comme l’argent.
Des répercussions en cascade sur l’économie réelle
Cette flambée des prix de l’argent n’est pas sans conséquences pour l’industrie mondiale. Avec un cours qui est passé de 28 euros l’once en début d’année 2025 à près de 60 euros mi-décembre selon les données de Numerama, avant d’atteindre 83,75 dollars fin décembre, les fabricants d’électronique et de panneaux solaires voient leurs coûts de production s’envoler.
Cette situation pourrait ralentir le déploiement des énergies renouvelables, paradoxalement freiné par le succès même de la transition énergétique. Les industriels sont désormais confrontés à un dilemme : continuer à utiliser l’argent malgré son coût croissant, ou investir massivement dans la recherche d’alternatives moins performantes mais plus économiques.
Perspectives et interrogations pour 2026
La trajectoire de l’argent pour les mois à venir reste incertaine. Si le déficit structurel persiste, les prix pourraient continuer leur ascension, franchissant potentiellement la barre symbolique des 100 dollars l’once. Certains analystes évoquent même un scénario où la raréfaction du métal pourrait provoquer des tensions géopolitiques, l’argent devenant un enjeu stratégique comparable aux terres rares.
À l’inverse, une récession économique mondiale pourrait tempérer la demande industrielle et provoquer une correction des cours. Le développement de technologies alternatives utilisant moins d’argent, ou le recyclage massif des équipements électroniques en fin de vie, pourrait également alléger la pression sur l’offre. Reste à savoir si ces solutions pourront être déployées assez rapidement pour inverser la tendance haussière qui semble solidement installée. Dans quelle mesure cette envolée de l’argent va-t-elle redessiner les équilibres industriels et énergétiques de la prochaine décennie ?
Sources
- Cryptoast (26 décembre 2025)
- Numerama (20 décembre 2025)
- Silver Institute (2023)
- Polymarket (décembre 2025)