Le 31 janvier 2026, le marché mondial de l'argent a vécu une journée historique : tandis que le métal physique s'échangeait à 135 dollars l'once à Shanghai, les contrats à terme sur le COMEX américain s'effondraient à 74 dollars, enregistrant une chute de 34% en 24 heures. Cette divergence sans précédent de 82,4% entre les deux principales places mondiales soulève des questions sur la manipulation des cours et la réalité de l'offre physique. Depuis près de cinq ans, la Chine fait face à une pénurie structurelle d'argent physique, créant des tensions inédites sur les approvisionnements.
L'essentiel
- L'argent physique s'échange à 135 dollars l'once à Shanghai tandis que les contrats à terme COMEX s'effondrent à 74 dollars, créant un écart historique de 82,4% entre les deux marchés
- Les réserves du Shanghai Futures Exchange ont chuté de 573,81 à 544,24 tonnes en quelques semaines, révélant une pénurie structurelle qui dure depuis près de cinq ans en Chine
- Le ratio entre contrats papier et argent physique aux États-Unis atteint 350:1, permettant aux institutions de manipuler les cours sans détenir le métal physique correspondant
- L'argent a enregistré sa plus forte baisse journalière historique avec une chute de 34% en 24 heures le 31 janvier 2026, effaçant une progression de 60% réalisée en janvier
- La demande industrielle représente désormais 60% de la consommation annuelle d'argent, avec la Chine absorbant plus de la moitié de l'argent industriel mondial pour les panneaux solaires et véhicules électriques
Le 31 janvier 2026 restera gravé dans l’histoire des marchés de matières premières. Alors que Cryptopolitan rapportait une chute spectaculaire de 34% du cours de l’argent à terme en 24 heures, atteignant un plancher de 74 dollars l’once sur le COMEX américain, le métal physique continuait de s’échanger à des niveaux stratosphériques en Asie. À Shanghai, les transactions d’argent physique atteignaient 135 dollars l’once selon les derniers relevés, créant un écart de prix de 82,4% entre les deux principales places mondiales. Cette divergence inédite révèle une fracture profonde entre les marchés papier occidentaux et la réalité physique asiatique.
Une pénurie chinoise qui creuse les écarts de prix
La situation en Chine explique largement cette distorsion. Selon BDOR, le pays traverse « une phase de pénurie historique d’argent physique » qui dure depuis près de cinq ans. Les réserves du Shanghai Futures Exchange sont passées de 573,81 tonnes à 544,24 tonnes en quelques semaines seulement, selon les données publiées par CEIC et relayées par BDOR le 27 janvier 2026. Cette hémorragie de stocks physiques intervient dans un contexte où la demande industrielle chinoise reste particulièrement soutenue, notamment pour les secteurs électroniques et photovoltaïques.
Les restrictions à l’exportation imposées par Pékin pour sécuriser l’approvisionnement domestique ont mécaniquement réduit les volumes disponibles sur les marchés internationaux. Résultat : les acteurs chinois doivent consentir à des primes considérables pour obtenir du métal physique. Au 28 janvier 2026, le cours de l’argent au comptant à Shanghai évoluait autour de 114 dollars l’once, affichant déjà une progression supérieure à 2% sur la journée. Quelques jours plus tard, les prix atteignaient 135 dollars, témoignant d’une accélération brutale de la tension sur l’offre.
Le règne des contrats papier et les soupçons de manipulation
Du côté occidental, la situation est radicalement différente. Une analyse récente de Cryptopolitan révèle que « le commerce de l’argent est dominé par des contrats papier qui traquent le cours du métal, et la majeure partie du volume échangé ne correspond pas à de l’argent physique acheté ou vendu ». Le ratio entre contrats papier et argent physique aux États-Unis est estimé à environ 350:1, ce qui signifie que pour chaque once d’argent physique échangée, il existe plus de 350 contrats papier.
Cette structure de marché permet aux grandes institutions de vendre d’importantes quantités de contrats à terme sans détenir le métal physique correspondant, exerçant une pression baissière artificielle sur les cours. L’effondrement du 31 janvier 2026, où l’argent a perdu 34% en une seule journée pour atteindre 74 dollars, constitue « la plus forte baisse journalière jamais observée » selon les données historiques. Cette chute intervient paradoxalement alors que le métal avait progressé de plus de 60% rien qu’en janvier et devrait enregistrer une hausse de 140% sur l’ensemble de 2025.
« L’argent est soutenu par une demande continue d’actifs tangibles et par des perspectives d’approvisionnement tendues, favorables aux prix », déclarait l’équipe stratégique de la plateforme de produits dérivés Saxo Bank dans une note publiée mi-décembre 2025.
Les précédents historiques et le rôle du CME
Cette situation n’est pas sans rappeler les précédentes bulles sur l’argent. Investing.com rappelle qu’en 2011, le Chicago Mercantile Exchange (CME) avait relevé les exigences de marge à cinq reprises en neuf jours, provoquant un désendettement massif des marchés à terme et une chute de près de 30% en quelques semaines. Le même scénario s’est reproduit fin 2025, lorsque le CME Group a augmenté les exigences de marge pour les contrats à terme sur l’argent, contraignant de nombreux investisseurs à effet de levier à liquider leurs positions.
Les volumes de négociation témoignent de l’intensité de ces mouvements. Le 15 décembre 2025, BullionVault rapportait que le volume des transactions sur les contrats à terme et les options sur l’argent du COMEX américain avait atteint « un niveau quotidien qui n’a été dépassé que deux fois depuis le rebond spectaculaire de 2020 ». Les volumes de négociation des contrats à terme sur l’argent à la Bourse des matières premières de Shanghai avaient ensuite bondi pour atteindre leur plus haut niveau depuis mai 2024.
La demande industrielle comme catalyseur structurel
Au-delà des dynamiques spéculatives, la demande industrielle constitue un facteur fondamental de soutien aux prix. Près de 60% de la demande annuelle d’argent provient désormais d’utilisations industrielles, notamment pour l’électronique, les panneaux solaires et les applications liées à la transition énergétique. Vietnam.vn souligne que « la demande d’argent pour la production de panneaux solaires, de véhicules électriques et de composants électroniques a explosé, notamment en Chine, pays qui consomme plus de la moitié de l’argent industriel mondial ».
Cette consommation soutenue absorbe une part croissante de la production mondiale, créant une concurrence entre usages industriels et investissement. Les déficits d’offre durent depuis près de cinq ans, réduisant progressivement les réserves disponibles. L’essor des secteurs technologiques et énergétiques joue un rôle central dans cette dynamique, maintenant une pression structurelle sur les prix malgré la volatilité à court terme des marchés à terme.
Les implications pour les investisseurs et l’avenir du marché
Cette divergence historique entre marchés physiques et papier pose des questions fondamentales sur la formation des prix de l’argent. Alors que les investisseurs occidentaux subissent la volatilité extrême des contrats à terme, les acheteurs asiatiques de métal physique évoluent dans une réalité économique totalement différente, où la rareté physique dicte les prix. Le gigantesque ETF SLV adossé à l’argent avait augmenté de 0,1% mi-décembre 2025 pour atteindre son plus haut niveau depuis juillet 2022, témoignant d’un intérêt soutenu des investisseurs pour l’exposition au métal.
« Le principal moteur de la hausse de l’or vendredi a sans doute été la forte remontée de l’argent », expliquait Bruce Ikemizu, directeur général de la Japan Bullion Market Association, soulignant l’interconnexion croissante entre les deux métaux précieux.
L’effondrement de plus de 3.000 milliards de dollars de valorisation en moins de 24 heures, touchant à la fois l’or et l’argent selon Cryptopolitan, a affecté de nombreux investisseurs, particuliers comme professionnels. Cette correction, davantage d’ordre technique que fondamental selon les analystes, met en garde contre les risques d’une entrée sur le marché à des niveaux de prix ayant connu une hausse trop brutale. La question demeure : le marché mondial de l’argent peut-il continuer à fonctionner avec un tel écart entre réalité physique asiatique et valorisation papier occidentale, ou assistons-nous aux prémices d’un rééquilibrage majeur qui pourrait redéfinir la formation des prix des métaux précieux pour les années à venir ?
Sources
- BDOR (25 janvier 2026)
- Cryptopolitan (31 janvier 2026)
- BDOR (27 janvier 2026)
- BullionVault (15 décembre 2025)
- Vietnam.vn (27 janvier 2026)
- Investing.com France (24 décembre 2025)