Larry Fink à Davos : BlackRock gère 12.500 milliards et pilote le Forum
Le PDG de BlackRock, coprésident par intérim du WEF depuis août 2025, évoque une 'crise de légitimité' du capitalisme devant l'élite mondiale
Depuis le 20 janvier 2026, le Forum économique mondial de Davos réunit l'élite planétaire sous une nouvelle gouvernance. Larry Fink, PDG de BlackRock - premier gestionnaire d'actifs mondial avec 12.500 milliards de dollars sous gestion - copréside désormais l'institution aux côtés d'André Hoffmann, vice-président de Roche. Dans un discours remarqué, il a évoqué une 'crise de légitimité' du système financier, pointant la déconnexion entre les promesses du capitalisme et la réalité vécue par les populations.
- Larry Fink copréside le Forum économique mondial depuis août 2025 avec André Hoffmann, après le départ forcé du fondateur Klaus Schwab en avril 2025
- BlackRock gère 12.500 milliards de dollars d'actifs, soit cinq fois plus que le premier gestionnaire européen Amundi
- Le PDG de BlackRock évoque une 'crise de légitimité' du capitalisme, pointant la rupture du contrat social et la promesse non tenue d'une retraite confortable
- Larry Fink a abandonné le discours climatique dans sa lettre annuelle 2025 pour se concentrer sur les inégalités sociales et la démocratisation de la finance
- Le Forum de Davos 2026 se tient du 20 au 24 janvier sous le thème 'L'Esprit de Dialogue', avec un nombre record de dirigeants mondiaux présents
Dans les salons feutrés de Davos, Larry Fink a prononcé cette semaine des mots qui ont résonné bien au-delà des Alpes suisses. Le patron de BlackRock, gestionnaire de 12.500 milliards de dollars d’actifs, n’est plus un simple participant au Forum économique mondial : depuis août 2025, il en assure la coprésidence par intérim avec André Hoffmann, héritier du géant pharmaceutique Roche. Selon le Journal du Coin, son diagnostic sur l’état du capitalisme mondial constitue un aveu historique : le système traverse une ‘crise de légitimité’.
Une ascension au sommet de l’influence mondiale
La nomination de Larry Fink à la tête du Forum économique mondial n’est pas anodine. Comme le rapporte Le Monde, cette décision intervient après le départ forcé de Klaus Schwab, fondateur du WEF âgé de 87 ans, contraint à la démission en avril 2025 suite à des accusations de malversations. Une enquête interne a finalement conclu qu’« il n’existait aucune preuve de mauvais comportement significatif de la part de Klaus Schwab », mais l’institution avait besoin d’un nouveau souffle.
Selon Le Temps, André Hoffmann a décrit sa relation avec Fink dans la Handelszeitung :
« Nous nous rencontrons lorsque nous sommes tous les deux dans la même région et échangeons également beaucoup d’autres informations. Nous avons une vision commune pour le WEF »
. Cette vision commune s’articule autour d’une refonte profonde du dialogue entre élites économiques et populations.
Le constat d’une rupture du contrat social
Dans son intervention à Davos, Larry Fink a dressé un tableau sans concession de la situation économique mondiale. Comme le souligne le Journal du Coin, il a expliqué que pour de nombreuses personnes, la promesse selon laquelle
« si vous travaillez dur et investissez, vous aurez une retraite confortable »
ne tient plus. Cette rupture du contrat social alimente, selon lui, la montée du populisme et de la défiance envers les institutions.
Le patron de BlackRock a également pointé la déconnexion entre Davos et la réalité économique, citant des villes comme Detroit pour illustrer l’économie réelle, loin des montagnes suisses. Cette autocritique, rare dans ce milieu, intervient alors que le Forum affiche un nombre record de dirigeants mondiaux sous le thème de « L’Esprit de Dialogue ». Mais derrière cette façade, l’ambiance en coulisses serait « bien plus sombre », selon plusieurs observateurs.
BlackRock, un empire financier aux ramifications mondiales
Pour comprendre le poids des paroles de Larry Fink, il faut mesurer l’influence de son entreprise. Selon Le Point, BlackRock gère environ 11.600 milliards de dollars d’actifs, soit cinq fois plus que le numéro un européen, Amundi. Cette puissance financière lui confère une influence considérable dans les conseils d’administration des plus grandes multinationales, mais aussi auprès des gouvernements et banques centrales.
Fils d’un vendeur de chaussures de Los Angeles, Larry Fink a bâti un empire qui fait de lui une véritable star dans le milieu financier. Le Point rapporte une anecdote révélatrice : lors de sa venue au Trianon Palace de Versailles en mai 2025, ses équipes avaient dépêché un assistant au Starbucks le plus proche car
« Larry préfère le café Starbucks »
. Un détail qui illustre le niveau d’attention dont bénéficie cet homme d’affaires de 72 ans.
Un virage stratégique loin du climat
L’évolution du discours de Larry Fink mérite attention. Selon Novethic, sa très attendue lettre annuelle de 2025 ne mentionne plus le risque climatique. Le PDG de BlackRock s’intéresse désormais davantage aux inégalités sociales, notamment face à la retraite, délaissant le volet environnemental qui avait fait sa réputation ces dernières années.
Sa solution pour résoudre la crise de légitimité du capitalisme ? Démocratiser la finance en rendant accessible les actifs privés encore réservés aux initiés. Un positionnement qui fait débat : certains y voient une volonté sincère d’inclusion financière, d’autres une stratégie pour étendre l’emprise de BlackRock sur l’épargne mondiale. Dans son entretien avec Le Point en mai 2025, Fink défendait cette vision : « Il ne faut pas moins de capitalisme. Au contraire, il faut accélérer sa démocratisation afin qu’un plus grand nombre de personnes puisse bénéficier des fruits de la croissance. »
Entre transparence affichée et questions persistantes
La prise de parole de Larry Fink à Davos intervient dans un contexte particulier pour le Forum économique mondial. Après le départ de Klaus Schwab, dont l’épouse Hilde aurait « soutenu le Forum pendant cinq décennies sans aucune rémunération » selon le communiqué officiel, l’institution cherche à restaurer sa crédibilité.
Le nom de Christine Lagarde, membre du conseil d’administration prestigieux du WEF, circule régulièrement comme potentielle successeure permanente. Mais selon Le Figaro, l’intéressée assure vouloir rester à la Banque centrale européenne jusqu’au terme de son mandat en octobre 2027. En attendant, Larry Fink et André Hoffmann pilotent un intérim qui pourrait bien durer, aux côtés du président exécutif Borge Brende.
Reste une question centrale : le discours de Larry Fink sur la crise de légitimité du capitalisme traduit-il une réelle volonté de transformation, ou constitue-t-il une stratégie de communication pour préserver l’ordre établi face à la montée des contestations ? La réponse se dessinera dans les mois à venir, au fil des décisions prises par la nouvelle gouvernance du Forum de Davos.
Sources
- Le Temps (17 janvier 2026)
- Journal du Coin (20 janvier 2026)
- Le Monde (19 août 2025)
- Le Figaro (18 août 2025)
- Le Point (28 mai 2025)
- Novethic (2 avril 2025)