Ce lundi 24 novembre 2025, Laurent Wauquiez franchit une nouvelle étape dans son combat contre ce qu'il qualifie d'"islamisme politique". Le président du groupe Les Républicains à l'Assemblée nationale dépose une proposition de loi visant à interdire le port du voile pour les mineures dans l'espace public. Une initiative qui s'appuie sur des chiffres jugés "alarmants" : selon une étude Ifop publiée le 18 novembre, 44% des jeunes filles musulmanes de 15 à 24 ans portent aujourd'hui le voile, contre seulement 16% en 2003. Un texte qui promet d'enflammer l'hémicycle et de raviver les débats sur la laïcité et la place de la religion dans la société française.
L'essentiel
- Laurent Wauquiez dépose ce lundi 24 novembre 2025 une proposition de loi visant à interdire le port du voile pour les mineures dans l'espace public, s'appuyant sur des chiffres jugés alarmants
- L'étude Ifop du 18 novembre 2025 révèle que 44% des jeunes filles musulmanes de 15 à 24 ans portent le voile, contre 16% en 2003, soit une multiplication par près de trois en vingt-deux ans
- Le texte cible directement la responsabilité parentale en interdisant aux parents d'imposer ou d'autoriser leur fille mineure à porter une tenue dissimulant sa chevelure dans l'espace public
- La proposition s'appuie sur le rapport du ministère de l'Intérieur sur les Frères musulmans publié en mai 2025, bien que ce document soit controversé et contesté par plusieurs associations
- Selon un sondage CSA de mars 2025, 69% des Français se déclarent favorables à l'interdiction du voile dans l'espace public, témoignant d'un durcissement de l'opinion sur ces questions
Dans le silence feutré du Palais-Bourbon, une nouvelle bataille législative se prépare. Selon Europe 1, qui a pu consulter le texte en exclusivité, Laurent Wauquiez s’apprête à déposer ce lundi 24 novembre une proposition de loi d’une portée considérable : l’interdiction du port du voile pour les mineures dans l’espace public. Une initiative qui s’inscrit dans la continuité de la loi de 2010 interdisant la dissimulation du visage, mais qui va beaucoup plus loin en ciblant spécifiquement les jeunes filles.
Le député de Haute-Loire ne cache pas ses ambitions. Pour lui, il s’agit de « veiller, à chaque instant, à ce que ces principes soient préservés et, le cas échéant, d’agir pour les garantir », comme le rapporte Le Parisien. Une démarche qui intervient dans un contexte politique tendu, à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, où Wauquiez ne cache plus ses ambitions nationales.
Une progression statistique qui alarme la droite républicaine
Les chiffres sur lesquels s’appuie le président du groupe LR sont sans équivoque. D’après BFMTV, l’étude Ifop publiée le 18 novembre 2025 révèle que 45% des jeunes filles musulmanes de moins de 25 ans portent le voile, contre 16% en 2003. Une multiplication par près de trois en vingt-deux ans qui constitue, selon le député, un « phénomène des plus alarmants ».
Le texte s’appuie également sur le rapport du ministère de l’Intérieur intitulé « Frères musulmans et islamisme politique en France », publié en mai 2025. Ce document, bien que controversé selon Midi Libre, décrit une « augmentation massive et visible du nombre de petites filles portant le voile ». Un constat qui ne fait pas l’unanimité, certaines associations ayant porté plainte contre l’étude Ifop, l’accusant de distiller « le poison de la haine dans l’espace public ».
Paradoxalement, la même étude Ifop révèle une tendance inverse chez les femmes plus âgées : seulement 16% des plus de 50 ans portent le voile en 2025, contre 35% en 2003. Une donnée qui illustre les transformations générationnelles au sein de la communauté musulmane française, mais que Laurent Wauquiez n’a pas jugé utile de mettre en avant dans sa proposition.
Un dispositif législatif qui vise directement les parents
La proposition de loi ne se contente pas d’interdire le port du voile aux mineures. Elle cible directement la responsabilité parentale. Selon CNews, le texte stipule explicitement :
« Il est interdit à tout parent d’imposer à sa fille mineure, ou de l’autoriser, à porter, dans l’espace public, une tenue destinée à dissimuler sa chevelure. »
Cette formulation juridique vise à compléter l’article 1 de la loi du 11 octobre 2010, qui interdit la dissimulation du visage dans l’espace public et prévoit une amende de 150 euros, pouvant être assortie d’un stage de citoyenneté. Le nouveau dispositif introduirait donc une dimension supplémentaire : la responsabilisation des parents dans le respect de ce que Wauquiez appelle les « exigences minimales de la vie en société », une expression empruntée au Conseil constitutionnel.
Pour justifier son initiative, le député LR invoque trois piliers : « la protection de l’enfant », « la liberté de conscience » et « l’égalité entre les hommes et les femmes ». Dans son texte, il estime que « qu’une enfant ou qu’une jeune fille en vienne à porter un voile est souvent le fait de contraintes et de pressions qui attentent à sa liberté ». Une affirmation qui entre en contradiction avec les résultats de l’étude Ifop elle-même, qui révèle que 80% des femmes voilées interrogées déclarent le faire pour respecter une obligation religieuse, et seulement 2% sous pression de leur entourage.
Un précédent qui ravive les tensions politiques
Cette proposition de loi s’inscrit dans un contexte de tensions récurrentes sur la question du voile. Le 5 novembre dernier, l’Assemblée nationale avait été le théâtre d’une polémique après la présence d’écolières portant le voile dans les tribunes du Palais-Bourbon. Selon CNews, la présidente de l’Assemblée Yaël Braun-Pivet avait jugé « inacceptable que de jeunes enfants puissent porter des signes religieux ostensibles dans les tribunes », invoquant une « cohérence républicaine » dans le lieu où la loi de 2004 sur la laïcité à l’école a été votée.
Laurent Wauquiez n’en est pas à son premier affrontement sur ce sujet. En avril dernier, rapporte Le Parisien, le ton était monté entre François Bayrou et lui lors d’un petit-déjeuner des cadres du socle commun à Matignon, notamment sur la question du voile dans le sport. L’ancien Premier ministre s’était dit « pas favorable à cette loi » qui risquait de « stigmatiser 9 millions de nos compatriotes musulmans ».
Un texte qui divise au-delà des clivages traditionnels
La proposition de Laurent Wauquiez pose une question philosophique et juridique complexe : où s’arrête la protection de l’enfant et où commence la liberté religieuse des familles ? Pour le député LR, le « voilement d’une enfant » revient à « instiller » dans son jeune esprit « des conceptions aussi éloignées de la civilité française que l’infériorité de la femme ou que sa responsabilité dans l’attirance que la vision de sa chevelure pourrait susciter chez l’homme ».
Cette argumentation soulève néanmoins de nombreuses interrogations juridiques. La loi de 2004 interdit déjà le port de signes religieux ostensibles dans les établissements scolaires publics et lors des sorties scolaires encadrées. Mais l’espace public dans son ensemble reste, jusqu’à présent, un lieu où la liberté religieuse s’exerce pleinement, sous réserve de ne pas dissimuler son visage. L’extension de cette interdiction aux mineures constituerait une rupture majeure dans l’équilibre entre laïcité et liberté religieuse établi depuis la loi de 1905.
Selon un sondage CSA pour CNEWS, Europe 1 et le JDD datant du 30 mars 2025, 69% des Français se déclarent favorables à l’interdiction du voile dans l’espace public. Un chiffre qui témoigne d’un durcissement de l’opinion sur ces questions, mais qui masque également des divisions profondes sur les modalités et les limites d’une telle interdiction.
Des réactions contrastées dans un paysage politique fragmenté
Le dépôt de cette proposition de loi intervient dans un contexte politique particulièrement instable. Avec une Assemblée nationale fragmentée et un gouvernement en quête de majorité, les chances de voir ce texte adopté restent incertaines. Si le Rassemblement national pourrait être tenté de soutenir une telle initiative, la gauche et une partie du centre s’y opposeront fermement, dénonçant une mesure stigmatisante et liberticide.
Pour Laurent Wauquiez, cette proposition constitue néanmoins un marqueur politique fort à quelques mois de l’élection présidentielle. Dans un entretien exclusif accordé à La Dépêche du Midi, le député avait confié : « Mon objectif, c’est la présidence de la République ». Une ambition qui passe, selon lui, par une posture ferme sur les questions de laïcité et d’identité nationale.
Reste à savoir si cette stratégie portera ses fruits dans un pays où les questions religieuses cristallisent les tensions et où chaque initiative législative sur ces sujets ravive les fractures de la société française. Le débat parlementaire qui s’annonce promet d’être houleux, entre défenseurs d’une laïcité stricte et partisans d’une approche plus libérale des libertés individuelles. Une chose est certaine : la question du voile des mineures dans l’espace public ne laissera personne indifférent dans les semaines à venir.
Sources
- Europe 1 (24 novembre 2025)
- BFMTV (24 novembre 2025)
- Le Parisien (24 novembre 2025)
- CNews (24 novembre 2025)
- Midi Libre (24 novembre 2025)
- La Dépêche (24 novembre 2025)