Pierre Ouzoulias invoque le syndrome de Gilbert après un malaise au Sénat

Le sénateur PCF des Hauts-de-Seine dénonce la médiatisation de son malaise et évoque une maladie génétique liée au stress

Pierre Ouzoulias invoque le syndrome de Gilbert après un malaise au Sénat
Hémicycle du Sénat français lors d'une séance parlementaire au Palais du Luxembourg Claire Delattre / INFO.FR

Pierre Ouzoulias, sénateur communiste des Hauts-de-Seine et vice-président du Sénat, a connu un malaise en pleine séance parlementaire qui a suscité une vive polémique médiatique. L'élu a réagi en dénonçant le traitement de l'incident par les médias, expliquant que ses vomissements étaient liés au syndrome de Gilbert, une maladie génétique hépatique qui se manifeste en situation de stress intense. Cette séquence intervient alors que le sénateur, archéologue et historien de formation, multiplie les prises de position sur la laïcité et l'équilibre républicain.

L'essentiel

  • Pierre Ouzoulias, sénateur PCF des Hauts-de-Seine et vice-président du Sénat, a été victime d'un malaise avec vomissements en pleine séance parlementaire
  • L'élu attribue ces symptômes au syndrome de Gilbert, une maladie génétique hépatique bénigne touchant 3% à 10% de la population et se manifestant en cas de stress
  • Le sénateur dénonce vivement la médiatisation de l'incident par les médias, estimant qu'il s'agit d'une atteinte à sa vie privée et à sa dignité
  • Archéologue et historien spécialiste de la Gaule romaine, Pierre Ouzoulias s'est récemment illustré par ses prises de position sur la laïcité, dénonçant aussi bien l'entrisme islamiste que catholique
  • Le malaise intervient dans un contexte parlementaire tendu, avec des négociations budgétaires cruciales portant notamment sur 6,7 milliards d'euros pour la Défense et 200 millions d'euros pour les municipales 2026

La scène a provoqué un émoi considérable dans l’hémicycle du Palais du Luxembourg. Pierre Ouzoulias, sénateur PCF des Hauts-de-Seine depuis plusieurs mandats, a été victime d’un malaise en pleine séance parlementaire, contraignant l’élu à quitter précipitamment les débats. Une séquence immédiatement relayée par plusieurs médias, suscitant la colère du principal intéressé qui dénonce aujourd’hui une instrumentalisation de son état de santé.

Dans sa réaction, Pierre Ouzoulias a tenu à apporter des précisions médicales sur son malaise. Selon ses explications, ces vomissements seraient directement liés au syndrome de Gilbert, une pathologie génétique hépatique bénigne qui affecte entre 3% et 10% de la population générale. Cette maladie se caractérise par une élévation intermittente de la bilirubine dans le sang, provoquant des symptômes digestifs notamment en période de stress, de jeûne ou de fatigue intense.

Un sénateur au profil atypique, entre archéologie et engagement politique

Comme le rappelle La Gazette des Communes dans un portrait publié le 9 décembre 2025, Pierre Ouzoulias incarne une figure singulière du paysage politique français. Chercheur au CNRS, archéologue et historien spécialiste de la Gaule romaine, l’élu communiste dispose d’un bureau de vice-président du Sénat offrant une vue plongeante sur le Panthéon. Un symbole qui résonne particulièrement avec ses combats politiques, notamment sa lutte contre l’antisémitisme et son engagement pour faire entrer Alfred Dreyfus au Panthéon.

Militant inlassable des valeurs républicaines, Pierre Ouzoulias s’est imposé comme l’un des défenseurs les plus actifs de la laïcité au Sénat. Dans une tribune publiée par Libération le 9 décembre 2025, le sénateur dénonçait avec l’avocat François Lambert les atteintes à la laïcité, pointant du doigt aussi bien l’entrisme islamiste que ce qu’il qualifie d' »entrisme catholique ».

Un engagement récent sur la laïcité qui fait débat

Les dernières semaines ont été particulièrement intenses pour Pierre Ouzoulias sur le front de la laïcité. Le sénateur a notamment interpellé Manuel Aeschlimann, maire LR d’Asnières-sur-Seine dans les Hauts-de-Seine, pour l’installation d’une crèche de Noël dans l’hôtel de ville. Selon Libération, l’élu communiste a dénoncé sur LCP le 10 décembre cette pratique qui perdure « depuis onze ans », malgré une décision de justice défavorable en 2023.

Dans un article publié par L’Humanité le 8 décembre 2025, à l’occasion des 120 ans de la loi de séparation des Églises et de l’État, Pierre Ouzoulias développait sa vision de la laïcité comme « un chantier inachevé ». Le sénateur y citait Jean Jaurès qui écrivait dans L’Humanité du 23 avril 1905 : « La séparation est faite », avant de se corriger dans la Dépêche du 1er juillet 1905 en déclarant : « La séparation n’est pas faite : elle est commencée ».

« La laïcité est un projet politique exigeant, qui affirme la primauté de la loi républicaine sur toutes les croyances », rappelait récemment le sénateur dans ses interventions publiques.

Une activité parlementaire soutenue au-delà de la laïcité

Le malaise de Pierre Ouzoulias intervient dans un contexte de forte activité parlementaire. Le Sénat indique que l’élu a récemment corapporté, aux côtés de Laure Darcos et Agnès Evren, un rapport sur l’intelligence artificielle et les contenus culturels, adopté le 9 juillet 2025. Ce travail de cinquantaine d’auditions milite pour le passage d’une IA « pirate » à une IA « éthique », capable de concilier respect du droit d’auteur et innovation en Europe.

Selon Public Sénat, le sénateur participe également activement aux débats budgétaires en cours. Le Sénat a notamment voté ce jeudi les crédits de la mission Défense, en hausse de 6,7 milliards d’euros dans le budget 2026, tandis que l’organisation des municipales 2026 nécessite une enveloppe estimée à 200 millions d’euros dont l’adoption reste incertaine.

Le syndrome de Gilbert, une pathologie méconnue du grand public

L’évocation par Pierre Ouzoulias du syndrome de Gilbert met en lumière une maladie hépatique bénigne largement méconnue. Cette anomalie génétique, transmise sur un mode autosomique récessif, se traduit par un déficit partiel de l’enzyme hépatique responsable de la conjugaison de la bilirubine. Les personnes atteintes présentent des épisodes d’ictère léger, des nausées et des troubles digestifs, particulièrement lors de périodes de jeûne, de stress intense ou d’infections.

La maladie, totalement bénigne et ne nécessitant aucun traitement spécifique, peut néanmoins provoquer des symptômes gênants en situation de forte pression. Les conditions de travail parlementaire, avec des séances prolongées, des débats tendus et un rythme soutenu, constituent précisément le type d’environnement susceptible de déclencher une crise chez les personnes porteuses du syndrome.

Une polémique sur la médiatisation de la vie privée des élus

La réaction de Pierre Ouzoulias soulève la question délicate de la frontière entre information d’intérêt public et respect de la vie privée des élus. Le sénateur reproche aux médias d’avoir relayé les images de son malaise sans considération pour sa dignité et son état de santé. Cette position fait écho aux débats récurrents sur le traitement médiatique des problèmes de santé des responsables politiques.

« Il y a une instrumentalisation politique », dénonçait récemment le sénateur dans un autre contexte sur Public Sénat, une formule qui pourrait s’appliquer à sa propre situation actuelle.

L’incident intervient à un moment charnière pour le Sénat, alors que la Haute Assemblée joue un rôle crucial dans les négociations budgétaires. Emmanuel Macron a reçu jeudi les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale, Gérard Larcher et Yaël Braun-Pivet, en présence du ministre Sébastien Lecornu, pour tenter de trouver un compromis avant la réunion de la commission mixte paritaire prévue dans une semaine. Le sort du projet de loi de finances 2026 dépend largement de la capacité des députés et sénateurs à s’accorder, faute de quoi le gouvernement devrait reprendre le dossier en début d’année 2026.

Cette affaire pose finalement une question plus large : jusqu’où peut aller la transparence exigée des élus de la République concernant leur état de santé, et où commence l’atteinte à leur vie privée ? Une interrogation qui résonne particulièrement dans un contexte où les responsables politiques sont soumis à une pression médiatique et à un rythme de travail toujours plus intenses.

Sources

  • La Gazette des Communes (9 décembre 2025)
  • Libération (9 décembre 2025)
  • L'Humanité (8 décembre 2025)
  • Public Sénat (12 décembre 2025)
  • Sénat (9 juillet 2025)
Claire Delattre

Claire Delattre

Journaliste spécialisée dans l'analyse politique et les affaires publiques. Formation en sciences politiques et journalisme. Plusieurs années d'expérience en presse écrite et digitale, notamment sur la couverture des institutions françaises et européennes. Rejoint INFO.FR en novembre 2025 pour développer la rubrique politique.