Au terme de près de cinq heures de débats extrêmement tendus, l'Assemblée nationale a adopté jeudi 22 janvier 2026 une proposition de résolution appelant à inscrire la mouvance des Frères musulmans sur la liste européenne des organisations terroristes. Le texte, porté par Les Républicains dans le cadre de leur niche parlementaire, a été voté par 157 voix contre 101, avec le soutien du camp gouvernemental et du Rassemblement national, malgré l'opposition unanime de la gauche.
L'essentiel
- 157 députés ont voté pour la résolution contre 101, avec le soutien de la droite, du camp présidentiel et du RN, jeudi 22 janvier 2026
- Le texte demande à la Commission européenne d'inscrire les Frères musulmans sur la liste des organisations terroristes et de mener une évaluation juridique
- La séance a été marquée par de multiples incidents, notamment des propos du député RN Laurent Jacobelli comparant un vote LFI à un soutien à la lapidation
- Le gouvernement a rendu un avis de sagesse, la ministre Éléonore Caroit jugeant le texte juridiquement fragile malgré un objectif partagé
- Cette résolution non contraignante intervient dans un contexte de forte instabilité politique, quelques jours après l'utilisation du 49.3 sur le budget
L’hémicycle du Palais-Bourbon a été le théâtre d’une journée particulièrement tendue ce jeudi 22 janvier. Entre incidents de séance, échanges virulents et accusations croisées, les députés ont finalement adopté une résolution non contraignante mais symboliquement forte : demander à la Commission européenne d’engager une procédure pour inscrire les Frères musulmans, mouvement fondé en 1928 en Égypte, sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne. Selon France Info, le texte a recueilli 157 voix favorables contre 101 voix contre, dans une configuration politique inhabituelle réunissant la droite républicaine, le camp présidentiel et l’extrême droite.
Une initiative portée par la droite républicaine dans un contexte politique tendu
La proposition de résolution constituait le texte principal de la niche parlementaire accordée au groupe Droite républicaine, mené par Laurent Wauquiez. Comme le rapporte Le JDD, le rapporteur Éric Pauget a défendu une initiative visant un « mouvement politique » dont le projet serait de
« faire triompher la charia sur la loi de la République »
, estimant qu’une telle inscription permettrait notamment de geler des financements et de faciliter les échanges d’informations entre États membres.
Le texte adopté appelle concrètement la Commission européenne à engager une procédure afin d’inscrire
« la mouvance des Frères musulmans et ses responsables sur la liste européenne des organisations terroristes »
. Il demande également à l’Union européenne
« une évaluation juridique et factuelle du réseau transnational des Frères musulmans »
, selon les termes rapportés par France Info. Laurent Wauquiez a salué « une victoire » pour son camp après le vote, estimant que cette adoption permettait de « sortir de la lâcheté » et marquait « le début du combat ».
Un gouvernement en retrait face aux divisions de l’Assemblée
Face à ce texte clivant, le gouvernement de Sébastien Lecornu a choisi la prudence en rendant un avis de sagesse. La ministre de la Francophonie, Éléonore Caroit, a déclaré partager « l’objectif » de lutter contre « la mouvance des Frères musulmans et son idéologie séparatiste », tout en jugeant le texte juridiquement fragile. Cette position en demi-teinte intervient dans un contexte politique délicat pour l’exécutif, qui a dû recourir au 49.3 quelques jours plus tôt pour faire passer le budget de l’État, comme le rappelle Le Monde.
Le premier ministre avait alors déclaré :
« Le Parlement ne pouvant prendre sa responsabilité jusqu’au bout de donner un budget à la nation à cause d’agissements de différents groupes politiques (…) qui devront en rendre compte devant les Français, le gouvernement engage sa responsabilité »
. Cette fois, l’exécutif a préféré laisser les députés trancher, conscient que le texte non contraignant ne nécessitait pas un engagement direct du gouvernement.
Des incidents de séance révélateurs des tensions politiques
La séance du 22 janvier restera marquée par plusieurs incidents particulièrement violents. Le plus notable a impliqué le député RN Laurent Jacobelli, qui a lancé à la tribune :
« Les Frères musulmans veulent lapider les homosexuels, et bien, si vous voulez lapider les homosexuels, votez LFI »
. Ces propos ont provoqué une vive réaction des députés insoumis, comme le relate France Info.
Pierre-Yves Cadalen, député La France insoumise se déclarant lui-même homosexuel, a vertement répondu : « Je ne peux un seul instant tolérer que vous insinuiez que mon engagement aille à l’encontre de l’égalité humaine ». La question des sanctions sera tranchée lors d’une réunion du bureau de l’Assemblée prévue le 18 février, a annoncé Sébastien Chenu, vice-président RN. Un autre incident a opposé ce dernier au député LFI Antoine Léaument, le premier affirmant avoir saisi le bureau pour des « menaces physiques », ce que le second a formellement démenti.
Une gauche unie dans l’opposition au texte
L’ensemble des groupes de gauche ont voté contre la résolution, dénonçant une initiative stigmatisante et juridiquement contestable. Laurent Wauquiez a vivement critiqué l’attitude de La France insoumise durant les discussions, dénonçant « un travail de blocage ». Selon Le JDD, le chef de file de la Droite républicaine a déclaré : « Jusque-là, au sein de l’Assemblée, il y avait une règle, c’est qu’on respectait le travail des autres groupes. Il n’y a aucun respect de la France insoumise, ni pour la laïcité, ni pour la République, ni pour le débat de l’Assemblée nationale ».
Cette séquence parlementaire s’inscrit dans une période de forte instabilité politique. Quelques jours auparavant, l’Assemblée avait adopté de justesse le budget de la Sécurité sociale par 247 voix contre 234, grâce à l’abstention des écologistes, évitant au gouvernement de recourir une nouvelle fois au 49.3. La résolution sur les Frères musulmans, bien que non contraignante, pose désormais la question de sa mise en œuvre au niveau européen et de la capacité du gouvernement français à porter ce dossier auprès de la Commission européenne, dans un contexte où les priorités de l’exécutif restent dominées par les enjeux budgétaires et la survie politique du gouvernement Lecornu.
Sources
- France Info (22 janvier 2026)
- Le JDD (22 janvier 2026)
- Le Monde (20 janvier 2026)
- LCP (6 décembre 2025)