Le compte officiel du Parquet de Paris sur X (anciennement Twitter) a été désactivé ce mercredi 4 février 2026, deux jours après une perquisition menée au siège français de la plateforme détenue par Elon Musk. Cette suspension soulève des interrogations sur les relations entre l'institution judiciaire française et le réseau social américain, dans un contexte de tensions croissantes entre autorités européennes et géants du numérique.
L'essentiel
- Le compte X du Parquet de Paris, suivi par 127 000 abonnés, a été désactivé le 4 février 2026 à 6h15, deux jours après une perquisition de 7 heures au siège de X France
- La perquisition menée par l'OCLCTIC le 2 février 2026 s'inscrit dans le cadre de 3 enquêtes distinctes visant X depuis septembre 2025 pour non-respect du Digital Services Act
- X fait actuellement l'objet de 17 procédures d'investigation dans différents pays européens et risque une amende pouvant atteindre 252 millions de dollars (6% de son CA)
- Cette suspension pose la question de la dépendance des institutions publiques aux plateformes privées pour leur communication officielle avec les citoyens
- Une audience en référé est prévue dans les prochains jours pour obtenir le rétablissement du compte, tandis qu'une réunion ministérielle est programmée le 6 février 2026
Dans la matinée du 4 février 2026, les utilisateurs français de X cherchant à consulter le compte officiel du Parquet de Paris ont découvert un message laconique : « Ce compte n’existe pas ». La désactivation intervient exactement 48 heures après qu’une équipe d’enquêteurs a investi les bureaux parisiens de X France, situés dans le 9e arrondissement de la capitale. Selon plusieurs sources judiciaires citées par Le Monde, la perquisition s’inscrivait dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte en janvier 2026 concernant la modération des contenus sur la plateforme.
Une perquisition sous haute tension
Le lundi 2 février 2026, vers 9h30, une dizaine d’enquêteurs de l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information (OCLCTIC) se sont présentés au 4 place de l’Opéra, où X France occupe trois étages d’un immeuble haussmannien. D’après Le Figaro, qui a pu recueillir le témoignage d’employés présents sur place, la perquisition a duré près de 7 heures et concernait principalement les serveurs et archives numériques de l’entreprise.
L’enquête, confiée à la juridiction nationale chargée de la lutte contre la criminalité organisée (Junalco), porterait sur plusieurs infractions présumées : complicité de diffusion de contenus illicites, non-respect des obligations de modération imposées par le Digital Services Act européen, et défaut de coopération avec les autorités judiciaires françaises. Selon France Info, au moins 3 procédures judiciaires distinctes visant X ont été ouvertes depuis septembre 2025.
« Nous avons saisi l’ensemble des données nécessaires à la manifestation de la vérité. L’entreprise X France devra répondre de ses obligations légales sur le territoire français », a déclaré une source proche du dossier à Libération.
La riposte silencieuse d’Elon Musk
Si Elon Musk n’a pas publiquement réagi à la perquisition, la désactivation du compte du Parquet de Paris semble constituer une réponse indirecte. Le compte, qui comptait environ 127 000 abonnés, servait à diffuser les communiqués officiels de l’institution judiciaire parisienne, notamment sur les affaires sensibles et les grandes opérations de police. Sa disparition a été constatée le mercredi 4 février aux alentours de 6h15 du matin, heure de Paris.
Contactée par l’Agence France-Presse, la direction de X France n’a pas souhaité commenter cette suspension. Un porte-parole s’est contenté d’indiquer que « les décisions de modération et de gestion des comptes relèvent de processus automatisés et de l’application de nos conditions générales d’utilisation ». Une explication qui convainc peu les observateurs, compte tenu du caractère officiel et institutionnel du compte concerné.
Selon Reuters, plusieurs parlementaires européens ont déjà saisi la Commission européenne pour demander des éclaircissements sur cette affaire. Le député européen Stéphane Séjourné a notamment évoqué « une possible violation du principe de neutralité des plateformes » et appelé à une enquête approfondie.
Un précédent qui inquiète les institutions
Cette affaire n’est pas sans rappeler plusieurs incidents similaires survenus ces derniers mois. En novembre 2025, le compte du ministère brésilien de la Justice avait été temporairement suspendu après qu’une décision de justice locale avait ordonné le blocage de certains comptes sur X. En décembre, c’était au tour du compte officiel de la police allemande de disparaître pendant 36 heures, avant d’être rétabli sans explication.
D’après une analyse des Échos, ces suspensions s’inscrivent dans une stratégie plus large d’Elon Musk visant à contester ce qu’il considère comme des « ingérences gouvernementales » dans la gestion de sa plateforme. Depuis son rachat de Twitter pour 44 milliards de dollars en octobre 2022, le milliardaire n’a cessé de critiquer les réglementations européennes sur la modération des contenus, qu’il qualifie régulièrement de « censure déguisée ».
« Cette situation est inédite et pose un problème démocratique majeur. Une institution judiciaire ne peut pas être privée de son principal canal de communication avec les citoyens par la décision unilatérale d’une entreprise privée », s’est insurgé un magistrat du Parquet de Paris sous couvert d’anonymat, dans des propos rapportés par Mediapart.
Les enjeux du bras de fer numérique
Au-delà du cas particulier du Parquet de Paris, cette affaire cristallise les tensions croissantes entre les États européens et les plateformes numériques américaines. Le Digital Services Act, entré en vigueur en août 2023, impose aux très grandes plateformes comme X des obligations strictes en matière de modération, de transparence et de coopération avec les autorités. Selon Euractiv, X fait actuellement l’objet de 17 procédures d’investigation dans différents pays de l’Union européenne.
La France se montre particulièrement vigilante. En janvier 2026, la ministre déléguée au Numérique avait annoncé la création d’une cellule spéciale chargée de surveiller le respect du DSA par les grandes plateformes. Cette cellule, dotée d’un budget de 8,3 millions d’euros et composée de 42 agents, a déjà notifié 11 manquements présumés à X depuis sa création.
Les experts juridiques interrogés par Dalloz Actualité estiment que cette affaire pourrait aboutir à des sanctions financières importantes. Le DSA prévoit en effet des amendes pouvant atteindre 6% du chiffre d’affaires mondial d’une entreprise en cas de violations graves. Pour X, dont le chiffre d’affaires 2025 est estimé à 4,2 milliards de dollars, cela représenterait une amende potentielle de 252 millions de dollars.
Vers une escalade juridique
Le Parquet de Paris a d’ores et déjà annoncé qu’il allait saisir le juge des référés pour obtenir le rétablissement immédiat de son compte. Une audience devrait se tenir dans les prochains jours devant le tribunal judiciaire de Paris. Parallèlement, le ministre de la Justice a convoqué les représentants de X France pour une réunion prévue le 6 février 2026.
Cette crise survient alors qu’Elon Musk multiplie les prises de position controversées sur la scène politique européenne. Le 28 janvier dernier, il avait publié une série de messages critiquant vertement la politique migratoire française et qualifiant le président Emmanuel Macron de « dictateur en costume ». Des propos qui avaient suscité l’indignation de la classe politique française, toutes tendances confondues.
La question qui se pose désormais est celle de l’avenir des relations entre institutions publiques et plateformes privées. Faut-il continuer à dépendre de ces réseaux sociaux pour communiquer avec les citoyens, au risque de subir des décisions arbitraires ? Plusieurs voix s’élèvent pour réclamer la création de plateformes publiques européennes, garantissant l’indépendance des institutions face aux géants du numérique. Une réflexion qui pourrait bien s’accélérer à la lumière de cette affaire inédite.
Sources
- Le Monde (4 février 2026)
- Le Figaro (4 février 2026)
- France Info (4 février 2026)
- Agence France-Presse (4 février 2026)
- Reuters (4 février 2026)
- Les Échos (4 février 2026)
- Mediapart (4 février 2026)
- Euractiv (4 février 2026)
- Dalloz Actualité (4 février 2026)